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SWING CARAÏBE
PREMIERS JAZZMEN ANTILLAIS à PARIS

(1929-1946)

Caribbean jazz pioneers in Paris (1929-1946)






Cet album dédié aux premiers jazzmen antillais s'ouvre sur un enregistrement totalement inédit du saxophoniste guadeloupéen Robert Mavounzy interprétant en public "The Good Earth", grand succès de Woody Herman composé par Neal Hefti. Nous devons ce document unique à Jacques Lubin, ingénieur du son et critique de jazz, qui le réalisa lui-même en décembre 1946 sur un pont de gravure portable au cours d'une soirée organisée par le batteur Ivan Levine au "Malesherbes Club" à Paris. Robert Mavounzy, grande figure du jazz antillais, musicien autodidacte et prodigieux improvisateur, illustre bien avec quel bonheur les musiciens originaires des Antilles Françaises se sont tout naturellement intégrés au mouvement du jazz en France, en lui apportant cette coloration fraîche, gaie, sincère et généreuse, héritée de la biguine.Ce nouvel épisode vient à la suite d'une longue histoire qui commence aux origines du peuplement de ces îles, au soleil enchanteur certes, mais encore marquées du souvenir pesant de la colonisation et de l'esclavage. La Guadeloupe et la Martinique sont devenues françaises en 1635, bien avant Nice ou la Savoie. Deux siècles de traite des Noirs devaient inéluctablement engendrer une population métissée presque entièrement, emblème omniprésent de la fusion des deux mondes européen et africain. Après l'abolition de l'esclavage en 1848, une immigration nouvelle et diversifiée se développa. Les Antilles Françaises, formant ce "creuset de civilisation" cher à Gilbert Gratiant, furent le centre d'un formidable brassage ethnique et culturel, comparable à celui qui se produisit en Amérique du Nord à la Nouvelle-Orléans mais avec l'insularité en plus. La biguine, née dans le bouillonnement cosmopolite et frondeur de Saint-Pierre, est le produit de ce métissage. Une évolution possible vers des formes musicales plus élaborées s'arrêta le 8 mai 1902 quand la capitale économique et culturelle des Petites Antilles fut foudroyée avec ses trente mille âmes dans la nuée ardente de la Montagne Pelée. Alors que le jazz issu du blues, du ragtime et des parades de la Nouvelle-Orléans allait grandir et se diffuser par le disque en Amérique et en Europe dès le début des années vingt, c'est la biguine dans son style originel de Saint-Pierre qu'enregistre pour la première fois l'orchestre du clarinettiste Alexandre Stellio en 1929 à Paris, vingt-sept ans après la catastrophe (coffret Frémeaux & Associés réf. FA 023). La Martinique et la Guadeloupe n'étaient cependant pas restées à l'écart des courants musicaux venus d'outre-Atlantique. Ainsi peut-on lire dans le numéro du 25 février 1922 du journal "La Paix", publié à Fort-de-France, ces lignes nostalgiques :

"Le menuet, la gavotte, dont la grâce a charmé nos arrière-grand-mères, reposent depuis longtemps avec les vertugadins, la fraise et la crinoline dans le linceul de pourpre où dorment les vieux dieux morts. Les valses, polkas, mazurkas dont notre jeunesse a raffolé traînent une vie mourante. Ces vieilles danses françaises ou francisées par un long usage ont dû céder le pas à leurs soeurs étrangères : fox-trot, two-step et autres shimmies... Dans notre île, nous n'avons pas échappé à cette loi. Nos vieilles danses s'en vont, elles aussi". Les Antillais avaient découvert le phonographe. Dans une publicité parue le 7 mai 1927 dans le même journal, le "Magasin Général de musique, instruments, phonos et accessoires", 49 rue Schoelcher à Fort-de-France, annonce, parmi d'autres disques, ses "nouveautés par les meilleurs orchestres de jazz", sans les nommer d'ailleurs. Si les danseurs Guadeloupéens et Martiniquais commençaient à s'intéresser aux fox-trot, charleston, black-bottom... et si des musiciens locaux s'y essayaient sans aucun doute, les conditions n'étaient pas réunies pour voir se développer aux Antilles une véritable musique de jazz. Les disques et phonographes restaient cantonnés parmi une classe privilégiée d'aristocrates "békés" ou de mulâtres enrichis, les seuls aussi à pouvoir se payer de temps à autre un aller retour pour la Métropole. La référence à la culture occidentale dans tous les domaines, celui de la musique en particulier, restait de règle. Les concerts récréatifs donnés par les sociétés philharmoniques locales sous les kiosques à musique de Pointe-à-Pitre et de Fort-de-France ne tarissaient pas de marches, pas redoublés, valses, polkas, et autres genres européens surannés. Sylvio Siobud, né en 1911 à Pointe-à-Pitre, se rappelle les leçons de saxophone que lui donnait dans la pure tradition académique son père Armand Siobud, chef de la so­ciété musicale "La Minerve" et ancien élève du Conservatoire de Port-au-Prince (Haïti). Avec lui, il fallait filer droit... les sons, bien entendu! Pas question de risquer le moindre vibrato ou un effet quelconque, forcément jugé déplacé. Encore heureux qu'on pût se défouler ensuite en jouant des airs de danse chez les frères Martial, des camarades d'école qui avaient formé le "Tommy's Jazz", un petit orchestre amateur, fort prisé d'ailleurs à Pointe-à-Pitre.

Dans ces conditions, c'est en s'expatriant à Paris et en s'intégrant à des orchestres métropolitains que des musiciens antillais purent, dès les années vingt, se frotter au jazz et en découvrir les ressources. Il est intéressant de constater que la Guadeloupe, probablement moins "Vieille France" que sa soeur la Martinique, fut une véritable pépinière pour ces avant-gardistes du jazz antillais. Parmi eux : le trompettiste Abel Beauregard (1902-1957) et le tromboniste Jean Degrace, tous deux enrôlés dans l'orchestre du trompettiste américain Edgard E. Thompson peu après leur venue à Paris en 1924; le saxopho­niste Félix Valvert (1905-1995), arrivé en septembre 1921 à Saint-Nazaire et passé musicien professionnel en 1928; les guitaristes Pollo Malahel et Vincent Ricler; les batteurs Léonard Nadys, Pierre Jean-François, Christian Jean-Romain... Au fil des ans, bien d'autres Guadeloupéens quittèrent leur île pour emboîter le pas de ces défricheurs: Sylvio Siobud, les frères Tom (décédé en 1932), Claude (1913-1991) et Bruno Martial (1912-1984), Albert Lirvat, Robert Mavounzy, Émilien Antile... Beaucoup d'entre eux figurent dans cet album. L'un des rares Martiniquais à avoir joué du jazz à Paris avant 1930 est le batteur Florius Notte (et non Flavius comme on le voit parfois). Malheureusement, il ne nous est parvenu aucun enregistrement d'avant 1930 pour témoigner des orchestres de jazz antillais de ces années-là...

La première face de jazz gravée par un Antillais date en effet du début de l'année 1929. Encore s'agit-il d'un simple solo de saxophone alto avec accompagnement de piano. Ce fut une gageure pour Félix Valvert d'enregistrer ce petit disque alors qu'il n'avait touché un saxophone pour la première fois que quelques semaines auparavant! En effet, nous a-t-il raconté, il ne se produisait qu'au banjo dans une brasserie du boulevard Saint-Germain dénommée "Le Turquety", en compagnie d'une pianiste métropolitaine et du batteur Christian Jean-Romain. Pour le réveillon de Noël 1928, il avait demandé à Pierre Jouffroy, un camarade de régiment devenu professeur de conservatoire, de venir compléter la formation au saxophone alto. La soirée terminée, les musiciens prennent un dernier verre chez Félix puis se séparent. Pierre Jouffroy avait laissé son instrument en prévision du 31 décembre. Félix l'essaye, découvre qu'il peut en sortir des sons sans difficulté, se pique au jeu et travaille toute la semaine. Peut-être avait-il eu la chance de tomber sur un de ces binious rares et bénis qui ne demandent qu'à s'exprimer, comme en fit l'expérience, mais beaucoup plus tard, l'éminent saxophoniste Daniel Huck. Sans aucun doute, Félix bénéficia de sa pratique de la flûte, son premier instrument. Toujours est-il que, pour le réveillon du nouvel an 1929, Pierre Jouffroy fut prié d'apporter son ténor et il y eut deux saxophones au Turquety. Félix Valvert s'empressa de transformer cet essai en enregistrant "Halleluyah" chez le petit éditeur des disques IVE et INOVAT qui tenait boutique au pied de son immeuble, au numéro 39 de l'avenue des Gobelins. La performance fut homologuée par l'étiquette qui annonce de manière bien élogieuse : "le virtuose guadeloupéen Félix Valvert". À l'écoute de ce document rare et peu banal, on peut être étonné du résultat auquel le jeune saxophoniste était arrivé en un temps si court. En dépit de l'accompagnement guindé du piano et d'une sonorité encore malhabile sur son alto, Félix parvient à exprimer un swing plein de promesses à une époque où le jazz "hot" en était encore à ses balbu­tiements en France.

Exactement un an plus tard, en janvier 1930, Félix Valvert joue au "Pélican Blanc", boulevard Raspail, dans l'orchestre du batteur guadeloupéen Pierre Jean-François. Un soir, le violoniste martiniquais Ernest Léardée, devenu chef d'orchestre du Bal Blomet, vient le trouver. Léardée a quitté Stellio après avoir fait quelques disques avec lui chez ODÉON, et il est à la recherche d'un producteur phonographique. Félix Valvert lui indique la firme INOVAT. C'est avec la participation de Valvert et sous la direction occasionnelle de celui-ci que le "Creol's Band" du Bal Blomet va enregistrer six biguines dans un style inhabituel, qui n'avait encore jamais été aussi proche de l'esprit du jazz louisianais. L'arrangement est particulièrement réussi dans "Armide" où alternent parties d'improvisation collective, breaks et solos mettant tour à tour chacun des musiciens au premier plan. On peut dire que cette séance, avec pour la première fois l'incursion d'un saxophone dans une biguine, marque le début de son évolution vers le jazz. C'est le hasard, probablement, qui mit en présence dans le même studio, ce jour-là ou le lendemain, Félix Valvert et l'accordéoniste auvergnat Jean Vaissade (1911-1979). Félix lui-même, quand nous lui en avons parlé, avait oublié cette rencontre. Son nom figure pourtant en toutes lettres sur les étiquettes des six faces INOVAT de fox-trot et valses musettes enregistrées par l'accordéoniste et son inséparable banjoïste Latorre. Nous reproduisons ici "Sonny Boy", grand succès du chanteur américain Al Jolson dans le premier film parlant "The Singing Fool" sorti en 1928 aux États-Unis. Les amateurs de Jean Vaissade apprécieront certainement le regain de vitalité apporté à cette exécution par la présence imprévue du saxophone guadeloupéen et de ses envolées enthousiastes.Le mystère qui entoure l'orchestre du batteur Florius Notte ne sera probablement jamais complètement éclairci. Lazare Florius Notte est né le 18 décembre 1896 au Lamentin (Martinique) de Basile Notte, cultivateur, et de Constance Néja, commerçante de détail. À l'âge de treize ans, il émigre au Costa-Rica pour y travailler à la forge d'un Martiniquais établi dans ce pays.

En 1916, l'année de ses vingt ans, il s'embarque pour Paris et s'engage dans l'Armée Française en pleine guerre. Démobilisé en 1918, Florius peut enfin se consacrer à sa passion pour la musique et se produire comme batteur dans divers orchestres. En 1923, il est avec le trompettiste américain Arthur Briggs au "Régina" à Paris. Il intègre en 1928 l'orchestre du flûtiste et saxophoniste haïtien Bertin Depestre Salnave avec lequel il joue d'abord à l'Hôtel Princesse de Nice, puis de décembre 1929 à avril 1930 à l'Hôtel Beausite de Cannes. C'est à ce moment que "La Coupole" de Montparnasse, dont le dancing était ouvert depuis un an, cherche un orchestre de jazz pour alterner avec son orchestre de tango. Salnave et ses musiciens sont retenus. Pourtant, et c'est là le mystère, c'est sous le nom de "Notte and his Creole Band - Jazz de La Coupole" que la formation fera trois disques pour la petite marque ULTRAPHONE vers février 1931. Ces exécutions, caractérisées par leur belle cohésion, mettent en valeur les deux cuivres guadeloupéens. Abel Beauregard à la trompette fait preuve d'un sens aigu de la syncope, en dépit d'un phrasé plutôt empâté. Degrace au trombone, poussant ses énergiques contre-chants de quelques notes, revendique la stature d'un Honoré Dutrey. D'autres cires, sous le nom de Salnave cette fois, seront gravées par la suite, toujours pour la même firme. Mais en décembre 1933, alors qu'il faisait une saison d'hiver dans un grand hôtel de la Côte d'Azur, l'orchestre sera évincé de La Coupole par celui du Cubain Filiberto Rico, qui ne devait en principe rester que le temps de ce remplacement. Florius Notte en eut la surprise à son retour d'un séjour à la Martinique. Plus tard, après la seconde guerre mondiale, Notte jouera à "La Cabane Cubaine", 42 rue Fontaine à Paris. Il était également réputé pour sa fabrication artisanale de tumbas, bongos et autres instruments de percussion, activité qu'il exercera jusqu'à sa mort survenue le 15 juin 1957 à Paris 9e. Sa famille garde de lui le souvenir d'un homme intelligent, délicat, convivial et très généreux.

Peu d'informations nous sont parvenues sur l'orchestre du chanteur et danseur d'origine martiniquaise Mayamba, de son vrai nom Marcel Yamba (probablement né et élevé en France, de mère martiniquaise et de père africain). Il apparaît pour la première fois en 1932, accompagnant Sam Castendet dans la longue tournée qu'il fit dans le sud-ouest de la France après la fermeture de l'Exposition Coloniale. En mai 1933, Mayamba participe à un enregistrement chez COLUMBIA avec l'orchestre "Les Caraïs". À partir du 18 juillet 1934, il est directeur artistique du cabaret "Le Shanghaï", 28 rue Victor Massé à Paris. C'est cette année-là qu'il réalise l'enregistrement de "Shuffle Off to Buffalo" avec un orchestre composé en partie de musiciens européens et cubains. L'année suivante, il dirige un orchestre antillais dans un cabaret de la rue Frochot. En novembre 1937, il chante en duo avec Maïotte Almaby dans un disque de biguine. Pendant l'été 1938, il est chef d'orchestre de "La Potinière Hawaïenne" à La Baule. Ernest Léardée, qui faisait partie de cette dernière formation, nous l'a décrit comme un homme instruit, ayant avant tout le sens des affaires, doué de beaucoup de classe et de distinction, et rappelant Fred Astaire dans les numéros de danse qu'il pré­sentait.

Les spirituals afro-américains ont été tôt connus en Martinique. Le journal "La Paix" du samedi 19 janvier 1929 rend compte d'une "Conférence sur le chant nègre aux États-Unis" donnée le jeudi précédent à Fort-de-France dans la salle du "Manicou Volant" par Mlle Jane Nardal, dont la famille représentait le fleuron de l'élite intellectuelle noire de la Martinique. Conférence illustrée d'une audition de disques au phonographe et de plusieurs morceaux interprétés par un choeur de jeunes artistes. Cet événement apparemment anodin n'est pas sans lien avec les disques de negro-spiritual enregistrés à Paris en 1934 pour la marque LUMEN par le Martiniquais Louis-Thomas Achille, jeune cousin des soeurs Nardal. Né le 31 août 1909 à Fort-de-France, il arrive en 1926 à Paris où il fait trois années d'études littéraires supérieures au Lycée Louis-le-Grand tout en préparant une licence d'anglais à la Sorbonne. C'est pendant cette période que le jeune Louis-Thomas reçoit un jour la révélation du negro-spiritual au domicile de ses cousines, 7 rue Hébert à Clamart, en entendant chanter un artiste noir-américain de passage à Paris, invité par Paulette et Jane à leur réunion littéraire habituelle. Cette passion du negro-spiritual ne le quitte plus ensuite et devient même partie intégrante de sa vie. À partir de 1932, L.T. Achille séjourne aux États-Unis, y enseignant le Français dans les universités noires de Howard et d'Atlanta tout en continuant de travailler à son agrégation d'anglais. C'est alors qu'il fait la dure expérience de la ségrégation raciale. L'enregistrement de "Swing Low Sweet Chariot" fut réalisé à l'occasion d'un séjour à Paris pour y passer des examens. En dépit de l'accompagnement plutôt kitsch de l'orchestre de Roger Guttinguer (où figure une guitare hawaïenne!), cette interprétation irradie la ferveur spirituelle de son auteur, jouant le rôle de précurseur du negro-spiritual en France. La beauté mystique du chant religieux prend une dimension singulière sous la voix de ténor léger, presque féminine, aux nuances subtiles et aux inflexions pathétiques. En 1945, au sortir de la guerre, L.T. Achille fut nommé professeur agrégé d'anglais au Lycée du Parc à Lyon, où il resta jusqu'à sa retraite en 1974. Il a fondé en 1948 le "Park Glee Club", chorale d'étudiants exclusivement vouée à la pratique intuitive du negro-spiritual. Il s'est éteint le 11 mai 1994 dans sa ville adoptive, après y avoir créé en février 1987 le "Centre de Documentation sur la Musique Sacrée Afro-Américaine".

En juin 1936, quand Sam Castendet (1906-1993) enregistra "Sweet Georgia Brown" et "Eeny Meeny Miney Mo", il était chef d'orchestre du "Mikado", boulevard de Rochechouart à Paris. Il se préparait à partir en saison d'été au Touquet-Paris-Plage où l'attendait un contrat de deux mois à l'Hôtel Normandy. Il avait dû modifier sa formation pour l'occasion, afin de pouvoir aussi bien jouer jazz, tango, musette, rumba, biguine... Sam Castendet avait avec lui le trompettiste américain Bobby Jones, un vétéran de l'orchestre "Southern Syncopated Orchestra" de Will Marion Cook arrivé à Londres en 1919 avec ses cinquante musiciens. C'est Bobby Jones qui se chargea de recruter Henri Collot-Bonnet, pianiste au dancing de "l'Olympia", le violoniste et saxophoniste brésilien Peter Wanderley, le saxo ténor américain Frank "Big Boy" Goudie et le chanteur Bert Marshall. Castendet garda comme seuls Antillais les deux frères Martial : Claude à la guitare et Bruno à la batterie. Il ajouta encore à sa formation le célèbre accordéoniste Gus Viseur, qui fit la saison au Touquet avec lui mais ne figure pas dans les enregistrements. Sam, quant à lui, se partageait entre la contrebasse et la clarinette. C'est en constatant la valeur de l'ensemble dont il disposait tout à fait par hasard qu'il prit la décision de demander à COLUMBIA de l'enregistrer avant son départ. La veille de la séance, Big Boy fut pris d'une angine carabinée et devint incapable de souffler dans son instrument. Bobby Jones fut encore mis à contribution et réussit à trouver en catastrophe un ténor américain du nom de "Case" qui, selon les souvenirs de Castendet, aurait fait partie de l'orchestre de Duke Ellington. La séance, en définitive, fut presque improvisée. Il faut rendre grâce à Sam Castendet de nous avoir laissé ces deux chefs-d'oeuvre qui sont bien la démonstration que la richesse et l'imprévu du jazz résident dans la diversité des sensibilités et des cultures réunies lors d'une rencontre fugitive. L'enregistrement de "My Heart" en 1937 par l'orchestre d'Eugène Delouche est de la même veine, avec des musiciens tous antillais cette fois à l'exception du Cubain German Araco. Ce dernier n'est autre que le contrebassiste (orthographié à tort avec un "g") qui enregistra avec Louis Armstrong à Paris en octobre 1934. Le clarinettiste Eugène Delouche a réalisé dans les années trente de nombreux disques de biguines, valses, mazurkas... Cette face de jazz est la seule qu'il ait gravée avant-guerre, et l'une des rares où on l'entend au saxophone alto. Remarquons l'influence qu'avait un musicien comme Django Reinhardt qui semble avoir inspiré aussi bien Claude Martial jouant avec Castendet, que Pollo Malahel accompagnant Delouche.

Albert Lirvat, né à Pointe-à-Pitre le 12 février 1916, s'est intéressé à la musique dès le lycée, jouant du banjo alto et composant déjà des airs à succès. Il arrive à Paris en décembre 1935 pour y suivre des études d'ingénieur radio, sans cesser de faire de la musique en amateur. À cette époque, il est aussi gardien de but au "Racing-Club Antillais", le club de football du Docteur Zizine. C'est là qu'il fait la connaissance du Martiniquais Pierre Louise (auquel Frémeaux & Associés a consacré le CD réf. FA 042). Les deux musiciens amateurs vont se découvrir la même passion, à la fois pour la guitare et pour Louis Armstrong. Ils se retrouvent souvent au domicile de Pierre Louise pour répéter et composer. Le jour où ils sont prêts, celui-ci prend les contacts avec ODÉON pour réaliser un disque. La séance a lieu le 28 juillet 1939. Deux jours plus tard, Albert Lirvat, dont les études sont terminées, s'embarque pour la Guadeloupe. Les duos de guitare "Swing but Sweet" et "Cet Air convient à ma Mélancolie" sont des pièces uniques dans les annales du jazz antillais. Ces deux exquises ballades en forme de blues tirent assurément leur inspiration des sérénades qu'il était coutume d'aller donner sous la fenêtre de sa belle, par les douces nuits antillaises, dans la tiédeur des alizés...Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. Le surlendemain, le gouvernement français déclare la guerre à l'Allemagne. Les musiciens en âge de combattre, antillais comme tous les autres, sont mobilisés. Albert Lirvat, qui était sursitaire, fera ses classes pendant six mois à la Martinique avant d'être renvoyé par le premier bateau en Métropole pour y commencer une formation d'élève officier de réserve à l'école de Rochefort. Il y arrivera en mai 1940, au moment où les troupes allemandes pénètrent en France. Beaucoup de musiciens antillais font alors la tragique expérience du front. Les plus chanceux seront faits prisonniers, d'autres y perdront la vie comme le pianiste martiniquais Victor Collat ou le chanteur guadeloupéen Sosso Pé-En-Kin. Le 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy signe l'armistice de Rethondes et c'est le début de la sombre période de l'Occupation. Quand la démobilisation fut décrétée, la plupart des musiciens antillais se trouvaient dispersés dans l'armée française en déroute. Ils finirent par regagner Paris mais là, impossible de retrouver un engagement. Les quelques cabarets qui avaient rouvert étaient sous contrôle allemand et leurs patrons, par crainte de s'attirer des ennuis, refusaient d'embaucher des musiciens de couleur. Pour tenter de subsister, beaucoup durent se reconvertir à de petits métiers et d'aucuns gardent un souvenir meurtri de cette époque au cours de laquelle ils ne mangeaient pas tous les jours à leur faim.

C'est dans ce contexte qu'un orchestre cubano-antillais parvint quand même à se rassembler en 1941 et à donner une série de concerts dans plusieurs grandes salles de Paris, puis en Belgique à Bruxelles et à Anvers. Mais à la fin de l'année la situation s'aggrave. Les actions de résistance se multiplient. Plusieurs officiers et soldats allemands sont tués dans une vague d'attentats qui secoue Paris. À partir de fin novembre, les autorités allemandes décrètent le couvre-feu de 18 heures à 5 heures du matin. Tous les lieux publics doivent être fermés à partir de 17 heures. Début décembre 1941, les USA entrent dans la guerre. Les allemands procèdent alors à la rafle de tous les Cubains et Américains résidant à Paris pour les envoyer dans des camps de prisonniers. De nombreux musiciens comme Don Barreto, Ricardo Bravo, Arthur Briggs, Harry Cooper... et même le Guyanais Paul Cordonnié vont se retrouver à Royallieu, près de Compiègne, dans un camp de sinistre mémoire. Tous ces événements rendent la vie impossible à un orchestre de couleur dans la Capitale. C'est ce qui décide Félix Valvert à s'éloigner de Paris en février 1942 avec une grande formation réunissant le gratin des musiciens antillais du moment : Eugène Delouche, Robert Mavounzy, Emilio Clotilde et Félix Valvert aux saxophones; Abel Beauregard, Paul Lude et Jean Degrace à la trompette; Albert Lirvat à la guitare mais s'essayant depuis peu au trombone; Claude Martial au piano; le contrebassiste cubain Alberto Borgiano, miraculeusement passé au travers des rafles de décembre; et Fred Alexis à la batterie. La tournée, en dépit d'un accueil triomphal de la population de Dijon, tourne court dès le départ après un violent incident survenu entre un soldat allemand et le trompettiste Paul Lude. Toute l'équipe se voit obligée de rentrer à Paris. Félix Valvert ne renonce pas pour autant à son idée mais il a compris qu'il ne sera tranquille qu'en zone non occupée. Avec l'aide d'un ancien boxeur camerounais du nom de Malapa (le Cameroun étant ancienne colonie allemande), il obtient un laissez-passer collectif, valable jusqu'au 4 octobre, qui lui permet de franchir la ligne de démarcation avec son orchestre. Cette seconde tournée se déroulera sans encombre de mai à septembre 1942 et les musiciens se produiront à Marseille, Aix-en-Provence, Nice, et Hyères. Ils feront relâche, tous frais payés, pendant plusieurs semaines à Carry-le-Rouet, le contrat suivant pour la Corse ayant été annulé au dernier moment.

Robert Mavounzy avait regagné Paris dès le mois de juin. Il avait pu se faire engager à la brasserie de "La Cigale" dans l'orchestre du batteur Fredy Jumbo - autre Camerounais - qui avait autrefois fait partie d'un cirque en Allemagne. Ce dernier n'avait eu aucun mal à se faire délivrer par la Propaganda Staffel un ausweiss l'autorisant à présenter un orchestre noir à La Cigale, exploitée à l'époque par Monsieur Drapier à l'angle de la rue des Martyrs et du boulevard de Rochechouart. En juin 1942, l'orchestre comprenait les Guadeloupéens Robert Mavounzy au saxophone alto et Sylvio Siobud au ténor, le pianiste haïtien Maurice Thibault, le contrebassiste guyanais Henri Godissard, et Fredy Jumbo à la batterie. En juillet, Maurice Thibault se brouille avec le patron pour une banale histoire de consommations. Le trompettiste métropolitain Pierre Lamidiaux, qui venait souvent épauler les musiciens, le remplace au pied levé au piano. Il y restera jusqu'à la mi-décembre. En octobre, Félix Valvert et ses compagnons sont de retour à Paris et Albert Lirvat vient compléter la formation à la guitare et au trombone. Si ce personnel constituait le noyau permanent de l'orchestre, la brasserie n'en était pas moins à l'époque le lieu de rencontre privilégié de beaucoup de musiciens, antillais ou non, qui venaient quotidiennement y faire un boeuf. L'orchestre n'était pas payé par le patron qui se bornait à fournir une consommation par individu.

On se rémunérait sur le produit d'une quête qu'un musicien passait récolter dans la salle entre deux morceaux. En cette période difficile, il fallait s'estimer heureux de pouvoir assurer sa subsistance par ce moyen. Pierre Lamidiaux, que nous avons rencontré en mai 1984, nous a décrit l'ambiance magique de ce lieu qui a fortement marqué tous ceux qui l'ont connu. Le pilier de l'orchestre, arrangeur de la plupart des morceaux, était Robert Mavounzy qui transmettait son aura à tous les musiciens sans exception. Capable de s'exprimer avec le même brio au soprano, à l'alto, au ténor, au baryton ou à la clarinette, il passait d'un instrument à l'autre et poussait la fantaisie jusqu'à en jouer de deux à la fois! En octobre 1942, La Cigale offrait à son public une section de quatre saxophones : Eugène Delouche et le Cubain Chico Cristobal à l'alto, Sylvio Siobud au ténor, et Robert Mavounzy qui s'était adjugé la quatrième partie sur un baryton de location. Un vrai feu d'artifice! Né le 2 avril 1917 à Colon (Panama) d'une mère guadeloupéenne et d'un père panaméen, Robert Mavounzy avait 11 ans au moment de son arrivée en Guadeloupe avec sa mère devenue veuve. Il avait débuté comme batteur dans l'orchestre le plus connu de Pointe-à-Pitre : le "Fairness's Jazz" de Roger Fanfant, y jouant même de la scie musicale! Il s'était acheté un saxophone alto en 1933 et avait fait de rapides progrès. En 1937, l'orchestre au complet avait traversé l'Atlantique pour se produire au "Pavillon de la Guadeloupe" dans le cadre de l'Exposition Internationale des Arts et Techniques à Paris. La manifestation à peine terminée, l'équipe s'était rembarquée pour la Guadeloupe, non sans avoir pris le soin d'enregistrer en octobre trois disques de biguines chez PATHÉ (coffrets Frémeaux & Associés BIGUINE vol. 1 et 2, réf. FA 007 et FA 027). Dès l'année sui­vante, Robert Mavounzy était revenu seul à Paris. Il n'avait alors pas tardé à se faire connaître dans le cercle des musiciens de la Capitale, jouant notamment avec le trompettiste Bill Coleman au "Club des Champs Élysées", puis au "Chantilly" avec le guitariste argentin Oscar Aleman.

L'événement discographique de l'année 1942 aura lieu le 18 novembre avec le premier enregistrement de "Fredy Jumbo et son ensemble", chez POLYDOR. Pour la circonstance, les musiciens sont placés sous la houlette du pianiste Charles-Henry, instigateur de la séance, compositeur et professeur de jazz à ses heures. Sur les six faces burinées ce jour-là, cinq furent commercialisées que nous reproduisons dans cet album. Ces exécutions nous donnent aujourd'hui le plaisir de redécouvrir les deux saxophonistes qui se placent dans la lignée des meilleurs américains. Robert Mavounzy à l'alto possède l'aisance déconcertante, la logique sophistiquée et intui­tive, l'élégance, l'invention, l'exubérance d'un saxophoniste comme Benny Carter, dans des chorus où chaque attaque est un cri de joie. Sylvio Siobud, quant à lui, a retrouvé sur son ténor la générosité véhémente, l'assise inébranlable, la flexibilité chaude et moelleuse d'un Coleman Hawkins. Albert Lirvat à la guitare as­sure le soutien métronomique et harmonique d'un Freddie Green. La version swing du tube de la chanteuse Léo Marjane "Je suis seul ce Soir" n'a probablement jamais été égalée depuis. Dans le supplément de février 1943 à son catalogue, POLYDOR ne cache pas sa fierté en annonçant "Une surprise pour les amateurs de swing : le merveilleux orchestre noir de Fredy Jumbo et son ensemble swing".

C'est bien le qualificatif qui convient à des enregistrements providentiels pour un public sevré de disques américains depuis le début de la guerre. Une seconde séance suivra huit semaines plus tard. Cette fois, c'est le Guadeloupéen aveugle Claude Martial qui tient le piano. Trois des six faces enregistrées sont reproduites ici. On en trouvera une quatrième dans le coffret "BIGUINE vol. 2" (FA 027), une polka où Fredy Jumbo fait un numéro de virtuosité au pipeau mais où Robert Mavounzy nous donne une démonstration éblouissante de sa verve et de sa fantaisie à la clarinette. On reconnaîtra dans "Boogie Woogie" une version camouflée du "One O'Clock Jump" de Count Basie. Pour les curieux de précisions, signalons que "Voyage au long cours" est le premier chorus de trombone enregistré par Albert Lirvat, moins d'un an après ses débuts sur cet instrument. Un essai encore bien timide, mais qui n'empêchera pas le jeune Albert de figurer deux ans plus tard parmi les meilleurs trombones de jazz en France. Une évolution fondamentale est en train de s'accomplir dans les goûts musicaux des Français. L'heure n'est plus à la musique typique mais au jazz. Arrivé des États-Unis depuis plus de deux décennies, c'est pendant l'Occupation que le jazz va trouver une soudaine popularité en France en prenant la dimension d'un phénomène de société. Il faut saluer ici le rôle majeur joué dans ce vaste mouvement par Charles Delaunay et le Hot-Club de France sous l'égide duquel furent organisés de nombreux concerts à Paris et en province. Sous le nom de "swing", et souvent associé à la mode "zazou", le jazz devient une forme tacite de résistance culturelle aux Allemands. On s'ingénie à rebaptiser les standards américains sous de faux noms français, non parfois sans une bonne dose d'humour. Paradoxalement, et bien que le jazz, qualifié de "musique décadente", eût été depuis longtemps mis à l'index par l'idéologie nazie, les occupants fermaient les yeux. Le swing, paraît-il, était fort apprécié de certains soldats vert-de-gris, lesquels ne passaient pas inaperçus parmi les habitués de La Cigale. Musique... quand tu nous tiens!

Tout au long de l'année 1943, les musiciens antillais vont participer à Paris, au sein de formations changeantes, à de multiples sessions d'enregistrement. Les disques issus de ces rencontres furent produits pour la plupart par la firme SWING, créée dès 1937 par Charles Delaunay. Les plus passionnants sont certainement ceux du trompettiste américain Harry Cooper, qui n'était pas resté enfermé longtemps au camp de Compiègne. Il avait pu en être libéré grâce à l'intervention de sa femme, alsacienne, auprès des Allemands, comme nous l'a raconté Félix Valvert. Bien lui en prit! Le soir même de son départ, le camp fut bombardé et la baraque où il aurait dû se trouver fut désintégrée avec son compagnon de chambrée, le contrebassiste portoricain Juan Fernandez. Né en 1903 à Lake Charles, à vingt kilomètres de la Nouvelle-Orléans, Harry Cooper avait appris la trompette à Kansas City, pendant ses études à la High School. Il y était devenu à 19 ans chef de musique de la fanfare militaire du "Reserve Officers Training Corps". Il eut alors l'occasion de se joindre à des orchestres de la ville comme ceux de Bennie Moten ou George Lee. En 1922, Harry Cooper avait commencé des études d'architecture à l'institut de Hampton (Virginie). Un premier emploi chez un archi­tecte de Baltimore (Maryland) lui fit vite comprendre que la musique payait mieux que le bâtiment. Jouant du cornet le soir dans une boîte de la ville, il avait été remarqué par la chanteuse de blues Virginia Liston qui l'avait fortement incité à venir l'accompagner à New-York. Il eut ainsi l'occasion d'y faire en 1924 ses premiers enregistrements chez Okeh. Avec les "Seminole Syncopators" du pianiste Graham W. Jackson, Harry Cooper avait ensuite été engagé au "Bailey's Theater" à Atlanta. De retour à New-York, il avait joué à partir de 1925 au Cotton-Club, dans l'orchestre des "Missourians". En 1926, Duke Ellington l'intégra à ses "Washingtonians" qui se produisaient au Kentucky-Club. Cependant, dans les premiers jours de 1928, Harry Cooper avait préféré quitter les USA pour suivre à Londres un chef d'orchestre du "Savoy" de Harlem, le violoniste Léon Abbey. En 1931, au terme d'une tournée en Belgique dans l'orchestre de Sam Wooding, Harry Cooper avait fini par se retrouver en France où il s'était marié et fixé à demeure. Dans les deux séances SWING de 1943, Harry Cooper se taille la part du lion avec un jeu allègre et dépouillé qui pourrait se comparer à celui de Tommy Ladnier si ce n'étaient certaines faiblesses de lèvres... La première séance de janvier réunit les trois meilleurs saxophonistes guadeloupéens du moment : Robert Mavounzy, Sylvio Siobud et Félix Valvert. L'enregistrement de "Blues 43" permet de comparer les styles de chacun d'eux. Dans le dernier chorus au ténor, Félix Valvert, forçant le vibrato, ne parvient pas à se distancier de l'influence "biguine".

Notons au passage la composition de Robert Mavounzy intitulée "La Cigale", coup de chapeau à ce lieu qu'il a marqué de son empreinte et où il jouait encore, trente et un ans plus tard, quand il fut pris d'un malaise auquel il devait succomber le 24 mars 1974. Dans la séance de mai 1943, Robert Mavounzy est le seul Antillais, au ténor cette fois. C'est son émule, le Cubain Chico Cristobal, qui tient l'alto. Mais on a parfois du mal à différencier les deux saxophonistes tant Robert Mavounzy s'ingénie à rester dans le registre aigu de son instrument, et tant Chico Cristobal parvient à reproduire les traits de style de Mavounzy. Ainsi, dans "Caprice en Ut", bien malin serait celui qui, sans l'avoir su par ailleurs, oserait parier que ce n'est pas Robert Mavounzy qui prend le chorus d'alto. Le titre "Partie de Plaisir", est l'une des cinq faces que Robert Mavounzy enregistra chez SWING avec Gus Viseur, roi de l'accordéon-jazz. Quel contraste avec la séance de Vaissade et Valvert en 1930, et comme il est dommage que la place ait manqué pour en mettre davantage! Le jour précédent, dans le grand orchestre de Django Reinhardt, Robert Mavounzy avait enregistré, toujours pour la marque SWING, les trois titres: "Gaiement", "Blues d'Autrefois" et "Place de Brouckere" qu'on trouvera prochainement dans l'intégrale Frémeaux & Associés du grand guitariste. Passionnantes encore sont les deux faces "Hot-Club Parade" et "Saint-Louis Pelouze" (du nom du studio de la rue Pelouze) gravées en juillet 1943 par la formation du pianiste Léo Chauliac. Il s'agit en réalité d'une jam-session dans laquelle notre vaillant trio Lirvat-Siobud-Mavounzy (ce dernier empoignant l'alto avant de conclure à la clarinette) nous donne en final une époustouflante improvisation collective emmenée par Mavounzy dans la pure tradition de la Nouvelle-Orléans. Nous retrouvons ensuite Sylvio Siobud faisant cette fois cavalier seul à la clarinette dans le sixtette du guitariste gitan "Matlo" Ferret en décembre 1943. Il ne s'y trouve d'ailleurs nullement dépaysé et prend avec une belle assurance d'énergiques solos dans "Swing Guitars". Saki Bamboo, batteur de la séance, n'est autre que le Guadeloupéen Jacques Bourgarel (1916-1994, né et décédé à Paris) qui, sous le pseudonyme de "Jacky Bamboo", fera après la Libération une carrière de plusieurs années dans l'orchestre de Jacques Hélian.

Ce même mois de décembre 1943, la circulaire n° 9 du Hot-Club de France annonce les débuts du premier grand orchestre français de couleur, celui du "Hot-Club Colonial". Cette association de musiciens d'Outre-mer, sous-titrée "Club Artistique et Musical des Coloniaux", venait d'être créée cette année-là par Abel Beau­regard, qui en fut le président. L'association ne fut signalée au Journal Officiel que le 26 octobre 1945. L'article II des statuts précise que son objet est de "resserrer les liens de camaraderie et de solidarité entre les adhérents, de leur apporter l'aide morale dont ils ont besoin, de faciliter leur perfectionnement dans leur art respectif et de défendre leurs intérêts professionnels". Le premier concert du Hot-Club Colonial eut lieu à la Salle Pleyel l'après-midi du dimanche 19 décembre 1943, avec un grand orchestre sous la direction de Félix Valvert et une moyenne formation dirigée par Robert Mavounzy. Le compte-rendu qui nous en est donné dans le numéro de janvier 1944 de la circulaire du Hot-Club de France est plutôt réservé, mais il reconnaît toutefois les bonnes performances de Lirvat au trombone, de Claude Martial au piano, et de Bourgarel à la batterie. Exactement trois semaines plus tard, les musiciens sont à nouveau réunis dans les studios POLYDOR pour réaliser le premier enregistrement d'une moyenne formation de jazz (8 éléments) exclusivement antil­laise. En dépit de la qualité imparfaite de la gravure et du pressage, nous pouvons maintenant juger du haut niveau de professionnalisme des musiciens antillais de cette époque. Dans une ambiance faisant penser à des orchestres comme ceux de Count Basie ou de Lionel Hampton, ces exécutions maintiennent un swing ininterrompu, dû en partie à l'habileté des arrangements faisant se succéder tutti, solos juste appuyés de la section rythmique, chorus assaisonnés de riffs augmentant la tension. Dans "Georgina", composition de Robert Mavounzy, celui-ci développe un chorus de clarinette débordant de jubilation. L'autre titre, "J'adore la musique", donne à Lirvat et Beauregard l'occasion d'un bel échange trombone-trompette. Tout au long de ces exécutions se dégage la sonorité galvanisante du saxo ténor de Siobud, tandis que Claude Martial nous fait une brillante démonstration de piano "stride" à la manière de Willie Smith et de Earl Hines. Les musiciens antillais sont en 1944 au meilleur de leur forme. Cet état de grâce se révélera dans les suffrages des amateurs de jazz. Début 1945, le Hot-Club de France publie les résultats du référendum annuel qu'il organise auprès de ses abonnés. Albert Lirvat arrive en tête parmi les trombones devant Guy Paquinet et Maurice Gladieu. Dans la catégorie saxophone, Robert Mavounzy se classe deuxième, après André Ekyan mais devant Hubert Rostaing.

Cet album a débuté avec Robert Mavounzy, nous le terminerons en sa compagnie avec "Misty Sunrise", enregistré fin 1946 dans le cadre d'une de ces fameuses jam-sessions organisées après la Libération par Charles Delaunay. Mais une révolution se prépare avec l'avènement du be-bop révélé par les disques qui commencent à arriver des USA et par des prestations de musiciens venus à Paris avec l'armée américaine. Mavounzy sera l'un des premiers en France à se lancer dans cette nouvelle vague qui bouleversait les idées reçues et donnait lieu à d'ardentes polémiques. Délaissant les circonvolutions d'un Benny Carter pour faire l'expérience de la modernité anguleuse de Charlie Parker, il sera aussi l'un des premiers à enregistrer du be-bop à Paris, six mois avant que le trompettiste Dizzy Gillespie ne vienne faire la démonstration de ce style déton(n)ant sur la scène de la salle Pleyel en février 1948. En un peu plus de quinze ans, que de chemin parcouru depuis les premiers pas de l'orchestre du Bal Blomet vers la terre promise du jazz! Mais aussi, quelle remarquable continuité dans cette progression! La contribution des musiciens antillais à l'émergence du jazz en France a été trop souvent méconnue, pour ne pas dire occultée, au profit du modèle américain qui en est sans conteste le fondateur. La présente antho­logie, en rassemblant et fixant les dernières traces sonores avant qu'elles ne s'effacent, veut rendre justice aux musiciens français d'Outre-mer et garder témoignage de la ferveur avec laquelle ils se sont investis et réalisés dans l'art du swing qu'ils avaient - eux aussi - dans leurs gènes. Leur activité, alors que la quasi totalité des jazzmen américains étaient repartis au pays, avait d'autant plus d'importance qu'elle apportait oubli et consolation aux Français à un moment le plus désespéré de leur histoire, celui de l'Occupation par l'Allemagne nazie.
Jean-Pierre MEUNIER
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1997

Très vifs remerciements à Étienne Achille, Dominique Cravic, Jacques David, Maurice Desramé, Albert Lirvat, Éliane Louise, Jacques Lubin, Jean Meysonnier, Marc Monneraye, Daniel Nevers, M. et Mme Georges Notte, Roland Paterne, Lionel Risler, Gérard Roig, Armand Roulleau, Sylvio Siobud, Claude Thuillier, Patrick Tricoit.Nota : Ce double CD constitue la reprise partielle et le complément de l'album Antilles-Jazz réalisé en 1993 par Daniel Nevers. Celui-ci nous a obligeamment prêté son concours en nous confiant plusieurs documents d'une qualité sonore exceptionnelle. Nous voulons à cette occasion rendre hommage à l'oeuvre d'utilité publique accomplie par cet éminent discographe et critique de jazz tout au long de sa série de rééditions intitulée Jazz Time. Cette indispensable collection n'est malheureusement plus disponible aujourd'hui. La compagnie "major" qui la produisait, estimant sans doute qu'elle ne répondait plus à ses critères de rentabilité, a décidé de l'ôter de son catalogue.

Swing Caraïbe
Caribbean Jazz Pioneers in Paris (1929-1946)

This album of early Antillean jazz musicians begins with a previously unissued live recording by the Guadeloupean saxophonist Robert Mavounzy, playing Neal Hefti’s “The Good Earth” in a Paris club in 1946. Mavounzy was a major figure in Caribbean jazz and, like many other musicians from the French Antilles, he brought a new island freshness to the Paris jazz scene. The islands of Guadeloupe and Martinique became French in 1635. Two centuries of slave-trading produced an almost entirely mixed-race population of Afro-Europeans. With the abolition of slavery in 1848, a new, more diversified wave of immigration to the French Caribbean produced an extraordinary cultural and ethnic melting-pot, much like New Orleans. The biguine was the immediate musical result, but things came to a sudden halt when, on 8th May 1902, St. Pierre, the cultural and economic capital, was destroyed by the eruption of Mount Pelée, with the loss of 30,000 lives. From the early 1920s, phonograph records spread New Orleans jazz across the United States, but the first recording of authentic biguine music did not appear until the clarinettist Alexandre Stellio and his band visited a Parisian studio in 1929, a good 27 years after the St. Pierre disaster1. Martinique and Guadeloupe were not immune to American music, however, and in 1922 a local newspaper reported the decline of old French dances in favour of the foxtrot, the two-step and the shimmy. By 1927 music stores were stocking the latest jazz tunes, but record players remained the privilege of aristocratic colonists and rich mulattos, and the main musical references were still European. The bandstands of Point-à-Pitre and Fort-de-France rang to the sound of ancient marches, waltzes and polkas. Musicians were encouraged to develop a strictly classical technique, although some local college boys were able to form “Tommy’s Jazz”,  an amateur band well-thought of in Pointe-à-Pitre. 

This meant that, in the 1920s, French Caribbean musicians had to go to Paris to have any significant contact with jazz. Guadeloupe was less conservative than Martinique in this respect and spawned many Caribbean jazz pioneers: trumpet player Abel Beauregard (1902-1957); trombonist Jean Degrace; saxophonist Félix Valvert (1905-1995); guitarists Pollo Malahel and Vincent Ricler; drummers Léonard Nadys, Pierre Jean-François, Christian Jean-Romain, etc. In due course, a host of other Guadeloupeans followed, such as Sylvio Sioboud, the brothers Tom (d.1932), Claude (1913-1991) and Bruno Martial (1912-1984), Albert Lirvat, Robert Mavounzy, Emilien Antile, many of whom are featured on this album. However, there are no records of Antillean jazz bands before 1930 . Early in 1929, Félix Valvert became the first Antillean to make a jazz record in Paris, an alto saxophone solo of Hallelujah  with piano accompaniment. Remarkably, Valvert’s “real” instrument was banjo, and he had only picked up the saxophone a few weeks before. The record came out on the small Inovat label, where the soloist was credited as “the Guade­loupean virtuoso Félix Valvert”! At a time when “hot jazz” in France was in its infancy, Valvert managed to convey a sense of swing, despite his rough technique. In January 1930, Valvert was contacted by the Martinican violinist Ernest Léardée, who was looking for a label to record with. Valvert suggested Inovat, and the upshot was a session that produced six unusual, jazz-inflected biguines,  under the pseudonym “Creol’s Band”. The best is Armide, where solos and breaks alternate with ensemble passages. The inclusion of the saxophone was unprecedented in biguine recordings. Also in the studio that day was accordionist Jean Vaissade (1911-1979), with whom Valvert then recorded Sonny Boy , Al Jolson’s hit from the 1928 talkie, “The Singing Fool”.         

The Martinican drummer Florius Notté was born on 18 December 1896. After a spell in Costa Rica, he sailed for Paris in 1916 and joined the French army. He was demobilized after the1918 Armistice and devoted himself to music. He was with the American trumpet player Arthur Briggs in 1923, and then with the Haitian flutist and saxophonist Bertin Depestre Salnave from 1928. Curiously, when Salnave’s band came to record for the small Ultraphone label in 1931, it was under Notté’s name. There is fine work from Abel Beauregard on trumpet and Degrace on trombone. The band played at “La Coupole” in the Montparnasse district of Paris, until it was replaced at the end of 1933. After World War II, Notté was based at “La Cabane Cubaine”. He was also involved in the manufacture of percussion instruments until his death in 1957. Information is scarce about singer and dancer Mayamba and his orchestra. His mother was Martinican, his father African, and his real name was Marcel Yamba. He first appeared on tour in France in 1932 and made his first recordings for Columbia in 1933 with a band called “Les Caraïs”. In 1934 he was in charge of entertainment at “LeShanghaï”. He recorded Shuffle Off To Buffalo the same year with a band of Cubans and Europeans.   Singer Louis-Thomas Achille (b. Fort-de-France, 14 August 1909 ) was from a respected black Martinican family and went to Paris in 1926 to study.  He discovered Negro Spirituals when a visiting black American artist sang at his cousins’ Paris home. He later taught French in the U.S. at Howard and Atlanta universities. He recorded Swing Low Sweet Chariot  while on a trip back to Paris. He had a distinguished academic career as a professor of English in Lyon, where he founded the “Park Glee Club” in 1948. He died in 1994.    

When he recorded Sweet Georgia Brown and Eeny Meeny Miney Mo ,  Sam Castendet led the band at the “Mikado” in Paris. Musicians included trumpet player Bobby Jones - a veteran of Will Marion Cook’s Southern Syncopated Orchestra, the American tenor player Frank “Big Boy Goudie” and the Caribbean guitarist Claude Martial, with his brother Bruno Martial on drums. Sam himself played clarinet and double-bass. Because of a throat infection,  Goudie was replaced at the last minute by another American, called “Case”, who had supposedly played with Duke Ellington. Despite this hitch, the resulting sides are admirable. The Eugène Delouche band’s 1937 recording of My Heart has the same hybrid vigour. Here all the band members are Antillean, except for the Cuban bass player German Araco, who had recorded with Louis Armstrong in Paris in 1934.  Guitarist Albert Lirvat (b. Pointe-à-Pitre, 12 February 1916) arrived in Paris in December 1935 to study radio engineering. He was also goalkeeper for the “Racing-Club Antilleans” soccer team, where he met the Martinican Pierre Louise, who shared his passion for Louis Armstrong and playing the guitar. Their exquisite 1939 guitar duets Swing But Sweet and Cet Air convient à ma Mélancholie   are unique in the annals of French Caribbean jazz and are plainly influenced by Antillean serenades. With the German invasion of Poland on 1st September 1939, France declared war on Germany. Musicians of military age, including Antilleans, were called up. After the fall of France in 1940, the scattered remnants of the French army were demobilized. Those Caribbean musicians who survived made their way back to Paris. However, under the Occupation, Parisian club owners were reluctant to hire black musicians for fear of problems with the German authorities. Many such French Caribbeans were forced to take up other trades to make ends meet, and they frequently went hungry. Even so, a Cubano-Antillean band managed to get together in 1941 for some concerts in Paris, Brussels and Antwerp. Towards the end of that year, increasing Resistance attacks on German personnel made the authorities impose a curfew in Paris from 6 pm to 5 am. Public premises had to close by 5 pm. When the U.S. entered the war in early December 1941, all Americans and Cubans were rounded up and put into camps.  Félix Valvert decided to form a band from the best Antillean musicians and get out of Paris. Despite initial problems, the band made a succesful summer tour of the French Riviera in 1942.       

Another Caribbean band flourished in Paris under the Occupation, because its leader, drummer Freddy Jumbo, came from the German Cameroons and had no problems getting the appropriate club permit. In June 1942, the band included two Guadeloupeans: the gifted alto player and arranger Robert Mavounzy (b. Panama, 2 April 1917) and the tenor player Sylvio Siobud. Pianist Maurice Thibault was from Haiti, and the French Guyanese Henri Godissard was on bass. In October, guitarist and trombone player Albert Lirvat also joined the Jumbo band.  They played at “La Cigale”, where the musicians were not actually paid, and the club only provided one drink per man. The rest of the time they would pass the hat around. Still, by all accounts, there was a terrific atmosphere. In its February 1943 catalogue supplement, the Polydor label was enthusiatic: “A surprise for Swing fans...Freddy Jumbo’s wonderful black orchestra and swing band.” Although jazz had been played in Paris for a couple of decades, it only became truly popular under the Occupation, something we should thank Charles Delaunay and the Hot-Club of France for. Under the guise of “swing”, jazz became a form of unstated cultural resistance to the Germans. Ingenious new French titles were dreamt up for American standards. Paradoxically, while Nazi ideology had long condemned jazz as “decadent”, the Occu­pation turned a blind eye. Swing, it seemed, had some major fans in German uniform.    

Throughout 1943, Caribbean musicians took part in various recordings made in Paris, mostly for Charles Delaunay’s Swing label. The most interesting of these are by the American trumpet player Harry Cooper, who was not interned for long, thanks to his Alsatian wife’s negotiations with the Germans. Cooper was born in Lake Charles, Louisiana in 1903 and learnt trumpet at high school in Kansas City. In the 1920s he played with Bennie Moten, George E. Lee, the Missourians and Duke Ellington, before leaving for Europe in 1928 and settling in Paris in 1931. On his two sessions for Swing,  Cooper gets the lion’s share of the solos, where his deft playing is slightly reminiscent of Tommy Ladnier. The first session brought together the three Guadeloupean reed men, Mavounzy, Siobud and Valvert, the latter still sometimes audibly influenced by biguine  music. Mavounzy composed La Cigale  as a tribute to the club where he was still working at his death in 1974. Partie de Plaisir is one of five numbers that Mavounzy cut with Gus Viseur, the king of jazz accordion. The July 1943 sides led by Léo Chauliac are basically a studio jam, with impressive contributions from the three Caribbean reed players, including some fine New Orleans-style collective improvisation. Siobud plays clarinet on Swing Guitars  with gypsy guitarist “Matlo” Ferret’s six-piece band. December 1943 saw the founding of the “Hot-Club Colonial”, which produced the first black French big band. The declared aims of this overseas musicians’ club were to create solidarity between its members, help them perfect their art, and defend their professional interests. There was a concert by the big band and a medium-size group in the Salle Pleyel on 19th December. Three weeks later the musicians were in the Polydor studios to make the first-ever recordings by an entirely Antillean eight-piece band. These reveal the high standard of French Caribbean musicians at this period. Stylistically, these excellent 1944 sides recall the Count Basie and Lionel Hampton bands.   We close the album more or less where we started, jamming with Robert Mavounzy in 1946. The latest American records and the playing style of U.S. army musicians were proof that the scene was clearly changing. Malvounzy was one of the first in France to embrace bebop. In the rush of adulation for American artists, the contributions of Antillean musicians to the development of jazz in France have too often been ignored, particularly with regard to their crucial role during the dark days of the Nazi occupation. This album is intended to set the record straight.
Abridged and adapted by Tony Baldwin from the French text by Jean-Pierre Meunier.
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA 1997

CD 1 :
1. THE GOOD EARTH (Neal Hefti)    ACÉTATE PRIVÉ
2. HALLELUJAH (Vincent Youmans)  I.V.E. 6442-NB
3. ARMIDE (folklore)     INOVAT 5128-AB
4. SONNY BOY (Jolson, De Silva, Brown, Henderson) INOVAT 5135-AB
5. HE'S MY SECRET PASSION (Arthur Young, Val Valentine)          ULTRAPHONE KU 390-1
6. I'VE FOUND A WONDERFUL GIRL (Max Knight et E. Paoli)   ULTRAPHONE KU 392-1
7. SHUFFLE OFF TO BUFFALO (Al Dubin et Harry Warren)   CONSORTIUM CM 277
8. SWING LOW SWEET CHARIOT (negro spiritual)       LUMEN XC 124
9. EENY MEENY MINEY MO (Malneck, Mercer)  COLUMBIA CL 5803-1
10. SWEET GEORGIA BROWN (Pinkard)       COLUMBIA CL 5805-1
11. MY HEART (Eugène Delouche)     PATHÉ CPT 3248-1
12. SWING BUT SWEET (Pierre Louise)          ODÉON KI 9019-1
13. CET AIR CONVIENT À MA MÉLANCOLIE (Albert Lirvat)      ODÉON KI 9020-1
14. OH! CETTE MUSIQUE (Charles-Henry, Henri Bertonneau)       POLYDOR 6141-1 DRPP
15. SEUL CE SOIR (P. Durand, Rose Noël, Casanova)     POLYDOR 6142-2 DRPP
16. BÉGONIA SWING (Robert Mavounzy)         POLYDOR 6143-2 DRPP
17. SWING 42 (Django Reinhardt)        POLYDOR 6145-2 DRPP
18. BOOGIE WOOGIE (Charles-Henry, Henri Bertonneau)       POLYDOR 6146-2 DRPP

1           Jam session au "Malesherbes Club" fin décembre 1946
Robert Mavounzy (as), André Persiany (p), Georges Bellamy (b), Ivan Levine (dm, annonce parlée). Enregistrement PYROLAC réalisé en public au "Malesherbes Club", 112 bd Malesherbes à Paris, par Jacques Lubin. (micro Mélodium 50A, pont de gravure DUAL équipé d'un graveur CLÉMENT).
2      Solo de saxophone par le virtuose guadeloupéen Félix Valvert prob. janvier 1929
Félix Valvert (as), non identifié (p).
3          Orchestre Creol's Band. Dir. Félix Valvert prob. janvier 1930
Félix Valvert (as), Robert Claisse (cl), Ernest Léardée (vl), Robert Charlery (bj), Victor Collat (p), Bernard Zélier (dm).
4       Vaissade et Latorre prob. janvier 1930
Jean Vaissade (acc), Latorre (bj), Félix Valvert (as), A. Huwyler (p).
5, 6        Notte and his creole band (Jazz de "La Coupole" de Montparnasse)        vers février 1931
Prob. : Abel Beauregard (tp), Jean Degrace (tb), Bertin Depestre Salnave (as), Émile Chancy (ts, cl), Hilton Wiles (bj), Oscar Calle (p), non identifié (b), Florius Notte (dm).
7            Mayamba et son Jazz        vers mars 1934
Poss. Paul Haughner (cl, as), Crémas Orphélien (dm). Non identifiés : tp, tb, ts, bs, g, p, b.
8       Louis-Thomas Achille, orchestre Roger Guttinger      avril 1934
Louis Thomas Achille (voc), personnel d'orchestre non connu.
9, 10            Jazz Sam Castendet            23 juin 1936
Bobby Jones (tp), Case (ts), Peter Wanderley (as, vl dans 9), Claude Martial (g), Henri Collot-Bonnet (p), Sam Castendet (b), Bruno Martial (dm), Bert Marshall (voc).
11          Del's Jazz Biguine, direction Eugène Delouche     29 avril 1937
Eugène Delouche (as), Sylvio Siobud (ts), Pollo Malahel (g solo), Richard Alexis (g), René Léopold (p), German Araco (b), Robert Mommarché (dm).
12, 13       Louise et Lirvat        28 juillet 1939
Pierre Louise (1ère g dans 12, 2ème g dans 13), Albert Lirvat (1ère g dans 13, 2ème g dans 12).
14 à 18        Fredy Jumbo et son ensemble, dirigé par Charles-Henry            18 novembre 1942
Robert Mavounzy (as, cl), Sylvio Siobud (ts), Albert Lirvat (g), Henri Godissard (b), Pierre Lamidiaux (p), Fredy Jumbo (dm).

CD 2 :
1. CE SOIR (Siniavine, Spada, R. Thoreau)            POLYDOR 6197-1 JSPP
2. LE WA DI WA WA OU (Paul Durand)            POLYDOR 6198-1 JSPP
3. VOYAGE AU LONG COURS (Gauthier)      POLYDOR 6199-2 JSPP
4. INSPIRATION (Harry Cooper)         SWING OSW 310-1
5. BLUES 43 (Harry Cooper)      SWING OSW 311-1
6. NUAGES (Django Reinhardt) SWING OSW 312-1
7. LA CIGALE (Robert Mavounzy)        SWING OSW 313-1
8. ALLEGRO (Harry Cooper) SWING OSW 344-1
9. NOS IMPRESSIONS (Harry Cooper)           SWING OSW 345-1
10. CAPRICE EN UT (H.P. Chadel)          SWING OSW 346-1
11. LUNE ROUSSE (H.P. Chadel)         SWING OSW 347-1
12 PARTIE DE PLAISIR (Gus Viseur)    SWING OSW 361-1
13. HOT-CLUB PARADE (Léo Chauliac)  SWING OSW 371-1
14. SAINT-LOUIS PELOUZE (Léo Chauliac)            SWING OSW 372-1
15. SWING GUITARS (Django Reinhardt)        PATHÉ CPT 5783-1
16. GEORGINA (Robert Mavounzy)  POLYDOR SPP 6381-3
17. J'ADORE LA MUSIQUE (P. Igelhoff, A. Steimel)         POLYDOR SPP 6382-1
18. MISTY SUNRISE (Charlie Lewis, Frank Goodie)      SWING SWK 21-1

1 à 3         Fredy Jumbo et son ensemble     7 janvier 1943
Robert Mavounzy (as, cl), Sylvio Siobud (ts, cl), Albert Lirvat (g, tb dans 3), Henri Godissard (b), Claude Martial (p), Fredy Jumbo (dm).
4 à 7      Harry Cooper et son orchestre     14 janvier 1943
Harry Cooper (tp), Robert Mavounzy (as, cl), Sylvio Siobud, Félix Valvert (ts), Jacques Diéval (p), Pierre Gérardot (g), Lucien Simoens (b), Armand Molinetti (dm).
8 à 11           Harry Cooper et son orchestre     11 mai 1943
Harry Cooper (tp), Chico Cristobal (as), Robert Mavounzy (ts), Robert Castella (p), Pierre Gérardot (g), Lucien Simoens (b), Charles Delaunay "H.P. Chadel" (dm).
12         Gus Viseur et son orchestre         8 juillet 1943
Robert Mavounzy (as), André Lluis (ts, cl), Gus Viseur (acc), Gaston Durand, Jean "Matlo" Ferret (g), Jacques Petitsigne (b).
13, 14           Léo Chauliac et son orchestre     16 juillet 1943
Albert Lirvat (tb), Robert Mavounzy (as, cl), Sylvio Siobud (ts), Léo Chauliac (p), Pierre Gérardot (g), Lucien Simoens (b), Armand Molinetti (dm).
15      Jean Ferret et son Sixtette            15 décembre 1943
Jean "Matlo" Ferret (g. solo), Camille Martin (vb), Sylvio Siobud (cl), René Duchaussoir (g), Marcel Fabre (b), Saki Bamboo alias Jacques Bourgarel (dm).
16, 17    Ensemble Swing du Hot-Club Colonial        9 janvier 1944
Abel Beauregard (tp), Albert Lirvat (tb), Robert Mavounzy (as), Sylvio Siobud (ts), Claude Martial (p), Vincent Ricler (g), Robert Roch (b), Jacques Bourgarel (dm).
18   Jam Session n° 6    3 décembre 1946
Harry Cooper (tp), Robert Mavounzy (as, cl), Frank "Big Boy" Goudie (ts), Charlie Lewis (p), Lorenzo Jova (b), Benny Bennet (dm).

Tous les titres de ce double CD ont été enregistrés à Paris.
Graphisme de couverture : d'après un bois gravé de Maurice DELAVIER tiré du livre "Magie Noire", de Paul Morand (1936).


CD Swing Caraibe © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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