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LIGHTNIN’ HOPKINS
THE BLUES

KING OF TEXAS
1946 - 1952







Lightnin’ Hopkins, «Poor Lightnin’», comme il aimait à s’appeler lui-même à la troisième personne a été un grand innovateur du Texas blues, un explorateur de la guitare électrique, un compositeur puissant, un magnifique bluesman.De 1946 à 1953, Hopkins a connu de nombreux succès commerciaux et une très grande popularité auprès des Noirs du Texas et de la Californie. Son influence a alors été considérable sur quantité de bluesmen comme Lightnin’ Slim ou Silas Hogan en Louisiane, L.C. Robinson, Johnny Fuller, Phillip Walker en Californie, Baby Tate ou Carolina Slim dans les Carolines...Ce coffret retrace la première oeuvre flamboyante de celui que le producteur Chris Strachwitz, un de ceux qui ont le mieux connu Lightnin’ a qualifié de « sans doute le bluesman le plus créatif que le monde ait jamais entendu «.

UNE ENFANCE GATEE
Bluesman-type par son oeuvre effectivement incroyablement créative et son rapport avec l’assistance, Lightnin’ Hopkins est cependant aussi le contraire de la plupart des grands bluesmen que nous avons présentés dans cette série. Il était terriblement casanier, se sentant surtout à l’aise dans son quartier de Houston; détestait voyager, surtout pas en avion, un mode de transport qui lui inspirait une peur panique et, en dépit de la posture macho qu’il affectionnait, ne courait guère après les femmes. Malgré une courte séparation avec son épouse due surtout à des raisons économiques, Hopkins restera marié de 1944 à sa mort à sa chère Antoinette dont il chantera souvent les mérites. Par dessus tout, à la différence des autres bluesmen et malgré le niveau de vie faible commun aux Noirs ruraux, Lightnin’ Hopkins sera toujours le petit dernier, préféré de sa mère. «My baby’s child» comme l’affirmera toujours affectueusement Ma Hopkins. Ce qui marquera durablement son caractère.Sam Hopkins naît le 15 mars 1912 (ou 1911) à Centerville au nord de Houston, une bourgade traversée par la Highway 75 dans les «Trinity River bottoms», une région fertile de petites collines où s’alignent des maisons en bois peintes en blanc. Il est le dernier et cinquième enfant d’une famille unie. Le père Abe Hopkins est un fermier propriétaire de sa terre qui pratique aussi régulièrement la musique, jouant violon, accordéon et guitare.

La mère Francis - que tout le monde appellera «Ma» - chante à l’église et joue du piano. Il n’est donc pas étonnant que la plupart des enfants Hopkins soient des musiciens, en particulier les aînés John Henry (né en 1901) et Joel (né en 1904) qui auront une forte réputation locale de songsters et bluesmen. Joel a d’ailleurs tenté de vivre de la musique, parcourant le Texas de façon irrégulière avec Blind Lemon Jefferson entre 1925 et 1927.En 1915, une querelle de voisinage entre fermiers dégénère en une bataille rangée à la texane au cours de laquelle Abe Hopkins est abattu. Cette tragédie amène Ma Hopkins à vendre la ferme familiale et à acheter un lopin de terre à quelques miles de là, près de la bourgade de Leona. En l’absence de père, Sam qui était déjà choyé par sa mère et ses sœurs (Abbie et Alice Mae) va devenir encore davantage le «chouchou de sa maman». On décrète qu’il sera exempté de la plupart des travaux des champs ou domestiques, ce qui déterminera probablement sa fainéantise légendaire que racontera avec humour son oncle Lucien Hopkins :« Sam détestait le travail de la ferme. Ma belle sœur me le confiait parfois et lui disait de bien m’aider avec les bêtes ou dans les champs. Mais Sam avait toujours quelque chose qui n’allait pas aux mains, à la tête. Ou bien il avait autre chose à faire. Ou bien, le plus souvent, il disparaissait au moment où on avait besoin de lui pour ne reparaître que quand tout le boulot était fini «John Henry et Joel lui apprennent à jouer de la guitare qu’il maîtrise suffisamment pour, vers l’âge de huit ans, en jouer pour ses voisins et parents. Sans doute grâce à Joel, Sam connaît Blind Lemon Jefferson qui l’invite même à s’essayer à la guitare à ses côtés lors d’un pique-nique dominical à Buffalo, une aventure qui déterminera peut-être la vocation du futur bluesman.

L’INFLUENCE DETERMINANTE DE TEXAS ALEXANDER

Mais c’est surtout avec un cousin de sa mère, le grand Alger «Texas» Alexander, que Sam Hopkins fera son apprentissage musical le plus complet. Dans les années 30 et 40, Texas Alexander va en effet prendre Hopkins avec lui.« Je connaissais un peu Texas Alexander par ma mère mais je n’avais pas fait attention à lui. C’était un grand bonhomme aveugle qui buvait beaucoup et on m’avait dit qu’il passait son temps à aller et à sortir de prison. Je l’ai vraiment rencontré à Normangee quand j’étais déjà adulte. J’étais venu là à un pique-nique au bord de la rivière. J’étais en train de jouer aux dés quand j’ai entendu un type chanter. Il se tenait debout à l’arrière d’un pick-up et mettait les mains autour de sa bouche pour qu’on l’entende davantage... C’était un sacré chanteur et tout le monde s’arrêtait de parler pour l’écouter. Au bout d’un moment, j’ai reconnu mon cousin. Je me suis présenté. Il se rappelait vaguement de moi mais quand je lui ai dit que je savais jouer de la guitare, il s’est davantage intéressé à moi. Le soir, avant de partir, il est venu me dire qu’il cherchait un guitariste pour l’accompagner. J’ai sauté sur l’occasion...

On a joué ensemble dans tout le Texas: Crockett, Grapeland, Patterstein, Oakwood, Buffalo, Flynn... C’est vraiment lui qui m’a appris ce qu’était le blues, comment il fallait le chanter, comment on devait travailler son audience, mettre les gens dans sa poche... C’était un type dur et pas commode, mais formidable. A la fin, ça marchait si bien pour lui qu’il a pu s’acheter une Cadillac, longue et avec plein de trucs sur les ailes. Et on a tourné dans tout le Texas plusieurs années comme ça, lui, moi et Coot, le chauffeur...»Cette longue relation de travail avec Texas Alexander a véritablement modelé le style de Sam Hopkins. Le chant tendu et passionné vient en droite ligne d’Alexander ainsi que certains des blues les plus célèbres que Hopkins enregistrera, s’en appropriant d’ailleurs la paternité, tels tous les thèmes tournant autour du pénitencier de Big Brazos, un lieu qui a souvent hébergé Alexander et que Sam n’aura heureusement jamais connu.Même si Texas Alexander ne jouait pas vraiment de la guitare, c’est aussi lui qui a permis au futur Lightnin’ de développer son style si caractéristique. Comme le dira Hopkins lui-même :

« On me demande souvent d’où vient mon jeu de guitare. Oui, il y a un peu de Blind Lemon. Il y a aussi pas mal de trucs que m’ont montrés mes frères Joel et John Henry et qu’ils avaient appris avec de vieux musiciens que, moi, je n’ai pas connus... Mais si vous m’écoutez bien, vous entendrez surtout ce que joue Lonnie Johnson derrière Texas Alexander dans les disques qu’ils ont enregistrés ensemble. Texas m’avait dit qu’il voulait que je joue exactement comme ça et j’ai alors écouté ces disques des centaines et des centaines de fois en essayant de jouer de la guitare derrière pour essayer de faire comme Lonnie. Bien sûr, je ne joue pas ce que jouait Lonnie Johnson mais j’essaie de l’imiter, note par note, le mieux que je peux... C’est vraiment ça, le style de guitare de Lightnin’ «

COMMENT SAM DEVINT LIGHTNIN’
Hopkins a entretenu une certaine confusion sur sa vie dans les années 40 et les circonstances qui l’ont amené à s’installer à Houston de façon permanente. Contrairement à ce qu’il a affirmé, il est exclu qu’il ait jamais travaillé la terre et il n’a sans doute jamais rien fait d’autre que jouer le blues à l’exception de quelques semaines vers 1944-45 où il a peut-être été gardien de piscine et portier d’un collège. Et encore! Ces expériences ont probablement tourné court très rapidement.Comme beaucoup de bluesmen, Sam Hopkins va faire ses débuts sur disque après la guerre grâce à l’émergence de labels indépendants ambitieux et à la recherche de nouveaux talents. C’est durant l’été 1946 au cours d’une expédition au Texas pour le label californien Aladdin que la talent-scout Lola Anne Cullum est guidée par sa nièce vers les clubs noirs de Dowling Street, le ghetto de Houston. C’est là qu’elle entend Texas Alexander et Lightnin’ Hopkins dans un club de Houston. Elle est extrêmement impressionnée par le grand chanteur aveugle mais le fait de devoir le véhiculer jusqu’à Los Angeles lui fait peur. Alexander venait une nouvelle fois de sortir de prison et son visage couturé de cicatrices ainsi que l’arsenal (pistolet et couteau) qu’il transportait sur lui l’effraie. Elle essaie d’obtenir des frères Messner qui dirigent Aladdin que quelqu’un d’autre amène les musiciens jusqu’en Californie. En vain!

La mort dans l’âme, elle décide donc de remplacer Alexander par le pianiste Wilson Smith dit «Thunder» qui, populaire dans les clubs de Houston depuis une bonne décennie, prenait parfois Sam Hopkins pour l’accompagner.Le 4 novembre 1946, le duo enregistre à Los Angeles. C’est un technicien qui, en écrivant l’intitulé de la séance, griffonne Thunder & Lightnin’ (le tonnerre et l’éclair). L’idée n’est même pas soumise à Hopkins qui ne s’apercevra de son nouveau surnom que lors de la sortie du 78t. Mrs Cullum pensait que Thunder Smith pourrait avoir un certain succès, au moins local. Mais c’est Katie Mae, chanté par Hopkins qui séduit les disc-jockeys. Lorsque l’année suivante, Short haired woman devient un succès régional, la carrière de Lightnin’ Hopkins commence véritablement. Entre 1946 et 1953, le bluesman texan va enregistrer plus de 200 titres et, si peu figurent effectivement dans les classements des Hit Parades, nombreux seront ses disques qui se vendront substantiellement. Comme le raconte le producteur Bill Quinn :« La plupart des radios qui passaient des bluesmen paysans comme Lightnin’ ou Smokey (Hogg) ne figuraient pas sur les listes que les Tops 40 utilisaient pour leurs classements. C’était la même chose des petits bazars des campagnes où on vendait le plus ce genre de disques. Et croyez bien que personne n’allait jamais dans les juke joints du fin fond du Texas ou de l’Oklahoma où on passait sans cesse leurs disques pour les comptabiliser... Ce que je peux dire c’est que presque tous les disques que j’ai produits avec Lightnin’ Hopkins se sont vendus à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et parfois bien davantage... Ce type était incroyablement populaire parmi les Noirs... «

LES ANNEES DE SUCCES AUPRES DE NOIRS
Un de ses plus grands «tubes» est Short haired woman qu’il enregistrera à plusieurs reprises. La seconde version (New short haired woman) que nous proposons aussi représente à la perfection la manière «Lightnin’» et contient tous les ingrédients qui expliquent son impact sur les auditeurs de son époque : voix grasseyante chargée d’émotion, guitare expressive, parcimonieuse mais qui sait faire parler les silences et, sans doute surtout pour le public noir, le formidable humour du texte, plein de rouerie, d’autodérision sur la mode «garçonne» des cheveux courts qui allait aussi avec l’affirmation d’une attitude libre et sûre de beaucoup de femmes qui avaient conquis leur indépendance en travaillant durant l’effort de guerre.Durant ces années de succès, Hopkins gagne beaucoup d’argent mais il en dépense toujours davantage. Ecoutons à nouveau le témoignage de Bill Quinn :« Un mardi après-midi, Lightnin’ vient me demander 400 $ - une somme rondelette pour l’époque - en avance sur ses ventes. Je croyais être tranquille un moment. Mais le voilà qui revient dès jeudi midi. Il n’était même pas rentré chez lui. Il n’avait rien fait d’autre que tout dépenser en jouant et payant tournées sur tournées dans son bar habituel. Le patron, lassé, venait de lui donner une heure, pas davantage, pour régler l’addition...

J’ai alors essayé de ne plus le payer directement mais de donner l’argent à sa femme qui, elle, savait le cacher pour l’utiliser utilement. C’est alors qu’il a décidé de ne plus enregistrer pour moi et de passer sur d’autres labels «Cette attitude ne vaut que des déboires à Hopkins. Aux débuts, la solide Lola Cullum décide de manager son artiste dont la réussite immédiate l’a impressionnée. Elle réussit à le faire figurer au programme de nombreuses tournées du chitlin’ circuit (les théâtres noirs) aux côtés des plus grandes vedettes du Rhythm & Blues. Mais Lightnin’ refuse ou bien accepte mais ne vient pas et doit être remplacé au pied levé. Il oublie aussi très souvent d’apparaître à Los Angeles le jour qui était prévu pour l’enregistrer. C’est ainsi que fin 1949, Mrs Cullum, de guerre lasse, abandonne sa «découverte» et cède son contrat à Bill Quinn qui, basé à Houston, dirige le label Gold Star, une vaillante entreprise régionale mais dont les possibilités commerciales sont sans commune mesure avec celles d’Aladdin!La vie personnelle de Lightnin’ Hopkins est tout aussi inconstante. Il ment constamment à sa femme, à sa famille, à ses amis. Il admire par dessus tout les joueurs professionnels du milieu de Houston qui le grugent sans vergogne. Comme le raconte le chercheur texan Mack Mc Cormick qui a enregistré Lightnin’ et l’a managé durant plusieurs années dans les 60’s :« Le principal vice de Lightnin’, c’est le jeu...

Il est un joueur incorrigible qui est très fier de tirer avantage de ses amis ou de ses connaissances, trop crédules ou trop confiants en lui... En même temps, il ressent toujours le besoin de se mesurer aux gros joueurs professionnels du Third Ward de Houston qui se moquent de lui et en général lui font perdre en quelques heures ce qu’il a gagné dans la semaine! ».Tout cela finit par peser dans la carrière de celui qui aurait certainement pu demeurer une superstar du blues, à l’instar d’un B.B. King ou d’un Muddy Waters. Après Bill Quinn, il enregistre pour tous ceux qui veulent de lui, signant des contrats d’exclusivité qu’il n’honore jamais : le label RPM des frères Bihari; Specialty; Mercury. Mais c’est avec le producteur new-yorkais Bob Shad à New York qu’il va obtenir de nouveaux très gros succès : Hello central et Coffee blues. Shad saura nouer une relation particulière avec Sam Hopkins :« Je le faisais souvent venir à New York en lui promettant de lui donner le triple du billet de Greyhound bus s’il était bien là le jour convenu. Et ça marchait... J’avais aussi décidé de le payer largement à la fin de chaque morceau enregistré et je retenais la somme sur ses ventes futures. Tant pis pour moi si ça ne se vendait pas. Mais ça n’a jamais été le cas... Et Lightnin’ était satisfait de cet arrangement. A la fin de la séance, il comptait ses dollars, les classait selon la tête de président qui figurait dessus et les mettait entre deux semelles dans ses chaussures...»Mais Hopkins multiplie aussi les infidélités à Shad, enregistre concurremment pour Mercury ou Decca d’autres merveilleux titres comme Sad news from Korea, souvent avec une section rythmique pour suivre l’évolution des goûts de la clientèle noire qui délaisse de plus en plus le country blues.

Là aussi, Hopkins ne fait aucun effort particulier pour s’adapter, continue de refuser de quitter Houston pour se produire ailleurs. Il finit ainsi par lasser tout le monde. Après une dernière superbe séance pour le petit label Herald en 1954 mais qui se révèle financièrement infructueuse, Lightnin’ n’enregistrera plus que de façon sporadique, quatre titres pour le minuscule TNT en 1955, deux l’année suivante pour le très obscur Chart.Le bluesman survit difficilement en jouant dans de petits bars du ghetto de Houston : Irene’s; Rocket bar; Pop’s place... Sa fidèle Antoinette jette aussi l’éponge, retourne vivre quelque temps dans la famille de sa mère. Lorsque Sam Charters le redécouvre en 1959, Lightnin’ habite un meublé miteux et a même mis sa guitare au clou pour pouvoir continuer à s’acheter ses packs de bière favoris!

PENITENTIARY BLUES
Le pionnier de la recherche en jazz et blues, Sam Charters - dont l’ouvrage The Country blues contribuera beaucoup à populariser le genre - est en 1959 en visite à la Nouvelle-Orléans avec sa femme. Sur le juke box d’un petit restaurant où ils dînent, Charters entend un disque de blues qui le frappe. Comme il se lève et essaie de lire difficilement l’étiquette du 45t, déchiffrant seulement le titre Contrary Mary, le patron du restaurant vient le voir et lui précise que le morceau est chanté par un bluesman nommé Lightnin’ Hopkins. Mieux! Il s’agit d’un cousin du cuistot qui, ravi que quelqu’un s’intéresse encore à son parent, sort de sa cambuse et donne volontiers l’adresse du cousin Sam.Après avoir contacté Mack Mc Cormick, un autre chercheur qui réside au Texas et qui, lui, a entendu parler de Hopkins mais ne savait pas s’il était encore vivant, Charters gagne Houston fin janvier 1959. Lightnin’ n’habite plus à l’adresse indiquée et personne ne semble savoir où il réside. Charters et Mc Cormick, de plus en plus excités par l’idée de retrouver ce grand bluesman, mènent alors une enquête digne des meilleurs détectives. Ils inter­rogent systématiquement tous ceux qu’on leur dit avoir peut-être connu Lightnin’ Hopkins : patrons de clubs, musiciens, monts de piété, petites amies... Ce qui donne lieu, parfois, à des scènes cocasses comme cette Angeline qui brandit sous le nez de Mc Cormick un pistolet et qui lui affirme :«Monsieur, si ce s... est encore vivant, amenez-le moi et je peux vous jurer que je lui trouerai la peau!»

Finalement, après plusieurs semaines de vaines recherches et qu’il se trouve sur le point d’abandonner cette expédition coûteuse, Charters se voit aborder par une autre voiture tandis qu’il stationne à un feu rouge. La fenêtre s’ouvre et un Noir entre deux âges lui demande, hilare :« Sir, il paraît que vous me cherchez? Je suis Lightnin’ Hopkins! »La soirée se passe à enregistrer le bluesman sur un magnétophone mono dans la chambre miteuse qu’il loue au 2803 Hadley Street. Charters doit louer une guitare acoustique, celle - électrique - de Lightnin’ étant au clou et acheter un jeu de cordes ainsi qu’une indispensable bouteille de gin. En quatre heures, Hopkins grave l’album Penitentiary blues qui paraîtra sur Folkways (en France sur Le Chant du Monde) et qui signalera au monde des amateurs la «redécouverte» de Lightnin’ Hopkins. Le microsillon sera en effet un succès notable dans les cercles folk alors bourgeonnants et relancera la carrière de celui qu’on baptisera un temps comme le successeur imprévu de Big Bill Broonzy tout juste disparu en tant que «dernier chanteur de blues vivant».Sam Charters raconte ainsi la fin de cette mémorable aventure :« Il était à peu près sept heures du soir quand je quittai Lightnin’ en lui donnant les 200 $ qu’il n’avait cessé de me réclamer. C’était tout ce que j’avais pu récupérer à la banque... Avant même que je quitte sa chambre avec mon matériel, sa sœur accompagnée de son petit-ami du moment, en fait un voisin de palier de Lightnin’, étaient déjà là à lui demander si je l’avais bien payé et quand il les amènerait au bar du coin pour se saouler... »

VEDETTE DU BLUES REVIVAL
Et voilà, grâce au succès de l’album Penitentiary blues, Lightnin’ Hopkins de nouveau en scène. Mais cette fois, et de façon complètement inattendue, notamment pour lui, face à un public majori­tairement blanc, nordiste et jeune !La mode est alors à la guitare acoustique car pour un Pete Seeger, grand gourou du mouvement folk, toute musique américaine «authentique» doit être exclusivement acoustique. «Le dernier bluesman vivant» voit alors arriver à Houston une kyrielle de folkloristes qui le regardent avec admiration, boivent ses paroles, lui donnent de l’argent, écoutent sa musique presque religieusement et branchent leurs magnétophones à la façon de Charters. Hopkins profite largement de la situation et enregistre tout au long de l’année 1959 quantité de titres qui paraîtront sur divers labels comme Tradition, Everest, le britannique 77 via Paul Oliver, Candid ou Heritage. D’abord réticent (Lightnin’ est avant tout un formidable innovateur à la guitare électrique), Lightnin’ accepte de jouer tout acoustique et mélange ses propres compositions avec toutes les ballades folk qu’on lui propose.« Certains morceaux, je n’en avais jamais entendu parler... Le gars me disait alors : «Si, si, tous les Noirs connaissent cette chanson». Et il commençait à chanter le morceau. Alors, je reprenais ça et continuais à ma façon...»

La réputation de Lightnin’ est désormais telle qu’il est très demandé dans les coffee houses des Universités et sur les scènes folk. Malgré son caractère casanier, la perspective de gagner bien plus d’argent qu’il n’en a jamais eu le décide à voyager. Il va être alors présent partout, associé à des chanteurs blancs de folk. En juillet 1960, un week-end le voit à Los Angeles sur la même scène que d’autres «redécouvertes» récentes du blues comme Brownie Mc Ghee, Sonny Terry et Big Joe Williams (Lightnin’ ne connaissait aucun des trois) pour un concert mémorable qui décidera nombre de vocations de futurs rockers et bluesmen blancs, de Hot Tuna à Grateful Dead et Canned Heat. L’enregistrement de ce concert, suivi d’une séance en studio improvisée pour la circonstance, sort sur le label World Pacific et demeure un des plus grands moments du folk boom/ blues revival.Constant dans son infidélité à l’égard de toute compagnie de disque, Lightnin’ est à New York à l’automne 1960 pour enregistrer sa première véritable séance en studio depuis sa redécouverte. Le label Prestige qui lance sa série «Bluesville» avec ce futur album lui a largement payé voyage et hôtel. Mais, avant de se rendre dans le studio, Hopkins fait un crochet par Harlem, rencontre le disquaire et producteur noir Bobby Robinson qui accepte d’enregistrer le bluesman texan à la guitare électrique avec, également, une section rythmique new-yorkaise de jazz.

La séance est épique comme le relatera Bobby Robinson :« Les musiciens étaient des monstres de studio et ils n’avaient jamais entendu parler de Lightnin’ Hopkins... Ils essayaient de comprendre ce que faisait le texan, pourquoi il changeait d’accord ici ou là. Mais au bout d’un moment, ils se sont décidés à tenter de le discipliner, de lui montrer les «erreurs» qu’il faisait à la guitare, aux changements d’accords, en ne respectant pas le tempo. Lightnin’ s’est fâché tout rouge, a débranché sa guitare et leur a lancé : «Les gars, je suis le leader! Oui? Alors, vous me suivez. Ce n’est pas à moi de vous suivre...»Robinson sort l’album sur son label Fire et décide d’extraire un titre, Mojo Hand pour le marché des juke boxes, en 45t. Très rapidement, le morceau, un shuffle rythmé comme les affectionnent Lightnin’, rentre dans le Top 40 de Rhythm & Blues et s’y maintiendra plusieurs semaines. Ce sera le plus gros succès commercial du bluesman texan vis-à-vis du public noir et démontre (pour lui autant que pour les compagnies de disques) que sa magie opère encore auprès des siens malgré des années d’absence.Pour Prestige-Bluesville, Hopkins va retrouver la guitare acoustique et une section rythmique, contrebasse et batterie plus la présence discrète mais remarquable de l’harmoniciste Sonny Terry avec qui il dialogue de façon impromptu sur l’époustouflant Conversation blues. Prestige-Bluesville continuera d’enregistrer largement Lightnin’ Hopkins durant les années qui suivent, confiant la direction des séances à des gens aussi avisés que Sam Charters et Mack Mc Cormick.

L’idée du «tout acoustique» est finalement abandonnée et Lightnin’ retrouve même pour une extraordinaire séance à Houston en février 1962, ses accompagnateurs habituels, autant compagnons de jeux et de beuveries d’ailleurs que ses musiciens : le pianiste Buster Pickens, le batteur erratique mais terriblement efficace Spider Kilpatrick, le bassiste Don Cooks et le grand harmoniciste Billy Bizor. Il s’agit peut-être du meilleur disque de Lightnin’ Hopkins, encore supérieur aux chefs-d’œuvre que l’on peut entendre sur cette présente sélection. On recommandera donc fortement l’acquisition du coffret Lightnin’ Hopkins/ The Complete Prestige-Bluesville recordings (Prestige 7PCD-4406-2) qui regroupe la totalité des enregistrements effectués par le bluesman texan pour ce label.Autre grand producteur de cette période : Chris Strachwitz. Fondateur des disques Arhoolie, dont le catalogue est certainement un des joyaux de la discographie américaine, Chris a tout de suite été fasciné par Lightnin’ Hopkins et l’a enregistré dans toutes sortes de contextes, acoustique, électrique, en solo, en orchestre (notamment avec la section rythmique du bluesman californien Jimmy Mc Cracklin), en compagnie de musiciens de Zydeco (Cleveland Chenier), en duo avec la chanteuse folk Barbara Dane.. Ainsi que chez lui, en compagnie de ses frères aînés John Henry et Joel, cela donnant là aussi un disque tout à fait remarquable (The Hopkins Brothers : Arhoolie CD 340). Tout comme Mc Cormick et Sam Charters, Strachwitz passe des semaines entières auprès de Lightnin’, apprend à le connaître sous toutes ses facettes et saura en dresser un portrait psychologique plein d’acuité.

UN SEIGNEUR FEODAL
Selon les témoins qui l’ont bien fréquenté, Sam Hopkins est un homme plein de contradictions : soupçonneux, méfiant, avare de paroles mais soudain facile, décontracté, arrogant et sûr de lui mais bientôt fragile et désemparé. Comme lorsque en 1964 il est invité à dîner au domicile des allemands Günter et Lore Boas et qu’il refuse de s’asseoir à la même table que ses hôtes :« Je ne sais pas bien me tenir avec des gens comme vous» confie-t-il embarrassé «servez-moi dans la cuisine, sinon je ne pourrai rien manger...»Mack Mc Cormick - qui le manage même quelques années avant de jeter, à son tour, l’éponge - définit Hopkins comme « un petit garçon hors de chez lui mais un seigneur féodal dans son quartier de Houston. C’est pour cela qu’il ne voulait pas quitter cet endroit. Il y régnait sur une cohorte de féaux de façon tyrannique, fantaisiste mais aussi amicale...»Ces «féaux» sont d’abord ses musiciens qui, en échange d’avoir le droit de l’accompagner sur les scènes locales et de gagner ainsi quelques dollars, doivent le servir, veiller à ses désirs, à sa tranquillité. C’est ainsi que le chanteur Luke Miles est chargé de lui ouvrir le passage à travers la clientèle du bar afin que Mr Hopkins puisse aller tranquillement aux toilettes. En contrepartie, il permettra à Billy Bizor, Luke Miles ou L. C. Williams de faire une petite carrière discographique. Mack Mc Cormick complète le portrait de Hopkins l’homme :« Lightnin’ n’offre aux autres que sa musique parce qu’il n’a rien d’autre à offrir!

Je l’ai vu incapable de répondre à la demande d’aide - bouleversante - de sa fille qui venait d’être emprisonnée à Fort Worth. Il a traîné des jours et des jours avant de finir par me demander de répondre pour lui en précisant bien que je n’avais pu le joindre parce qu’il était absent de Houston et que personne ne savait où il se trouvait! «Charters ajoute :« Quand sa sœur Alice Mae, à laquelle pourtant il était très lié, est morte d’un cancer en 1962, Lightnin’ n’a même pas pu se résoudre à aller à l’enterrement. Il a donné une poignée de dollars à Billy Bizor afin qu’il le représente et lui a enjoint de «bien pleurer pour lui» «Mc Cormick poursuit sans aménité :« Lightnin’ est toujours et avant tout Poor Lightnin’, c’est-à-dire une victime...Il voit partout l’injustice à son endroit : dans le fait que la police l’arrête continuellement tandis qu’il brûle les feux rouges en état d’ébriété; que le vendeur de son automobile lui réclame sans cesse de payer les créances du véhicule qu’il a acheté à crédit et pour lequel il ne verse plus un sou depuis longtemps; que ses musiciens osent réclamer leur cachet à la fin du concert alors qu’ils ont bu whiskey et bière gratuitement... »Mais c’est évidemment sa propre mère, Ma Hopkins qui saura le mieux définir le caractère de son fils préféré en confiant, mi-attendrie mi-amère :« J’ai eu cinq enfants qui savent bien jouer de la musique mais mon bébé (my baby boy), Sam, lui n’a jamais rien voulu faire d’autre... Je peux dire qu’il est le seul a n’avoir jamais aidé la famille en quoi que ce soit... J’entends dire partout qu’il gagne beaucoup d’argent et qu’il joue jusqu’à Hollywood et même New York. Mais on m’a coupé l’électricité depuis des semaines et il ne fait rien, rien du tout, pour me payer la facture... Je crois qu’il ne changera jamais... »

LA DERNIERE DECENNIE
Les années 60 sont particulièrement actives pour Lightnin’ Hopkins. Il est au Carnegie Hall en compagnie de Pete Seeger et Joan Baez, se produit dans tous les coffee shops et sur les campus de toutes les Universités, du Second Fret de Philadelphie au Fillmore Auditorium de San Francisco. Il participe brillamment au festival de Newport et surmonte même sa peur de l’avion en se rendant en Europe pour la tournée 1964 de l’American Folk Blues Festival. Mais, malgré tout l’argent qu’il gagne de cette façon, Lightnin’ se lasse de ce public blanc enthousiaste et admiratif mais qu’il trouve froid et réservé.« Tout ce que je veux, c’est que mon public écoute. Qu’il écoute ce que je veux lui dire. Mais avec ces gamins (blancs), il y a des mots que je ne peux pas prononcer, il y a des tas de choses que je ne peux pas dire ou qu’ils ne comprennent pas...»Il espace alors de plus en plus ses déplacements, retrouve surtout le plus souvent possible son public de Houston que Mc Cormick décrira avec précision :« Lightnin’ peut être décevant à New York ou à Chicago et donner l’impression qu’il n’aime plus jouer sa musique. Mais à Houston, c’est différent. Il est dans un coin d’un bistrot minable aux murs sales, joue avec un ampli en ruines, en compagnie de deux ou trois musiciens ivres morts. Mais il est chez lui. Il joue ses morceaux les plus connus mais aussi surtout des trucs qu’il invente sur l’instant, des blues sur les clients qui boivent et sur ceux qui dansent... Il trouve ici et là une rime qui le fait rire lui-même... Tandis qu’il joue, les couples se forment.

Ici, un bonhomme seul se déjante deux cigares à la bouche; là, une femme se déhanche sous les sifflets et les applaudissements des hommes... Il faut avoir vu Lightnin’ Hopkins dans le Third Ward de Houston pour connaître le vrai Lightnin’ : le complice des Noirs du ghetto, le catalyseur des désirs et des frustrations des habitants, l’accoucheur des passions humaines »Symbole de la lassitude de Hopkins pour le blues revival, Lightnin’ cherche dès 1965 à enregistrer à nouveau pour des labels locaux à destination du public noir. Mais le blues n’est alors plus du tout considéré comme «correct» par les élites de la société noire américaine, y compris dans le Sud, les producteurs habituels du genre arrêtant les uns après les autres d’enregistrer ce que les radios noires refusent désormais de passer sur leurs ondes! Cependant, le marché existe encore pour le blues dans les juke joints des campagnes et des quartiers noirs des villes, essentiellement à destination d’un public plus âgé. Et quasiment seul, Stan Lewis, l’indépendant de Shreveport, continue d’enregistrer de bons vieux «down home» blues pour son label Jewel et de les vendre de façon satisfaisante. Contacté par Lightnin’ Hopkins, Stan Lewis l’enregistre à plusieurs reprises dans un contexte orchestral entre 1965 et 1969. Avec le matériel de ces séances, Lewis a édité des 45t pour le public noir et trois microsillons pour le public blanc.

Dans les années 70, et jusque dix ans après leur parution, quand je séjournais dans les Etats du Sud, je peux témoigner que ces 45t de Hopkins étaient présents dans quantité de juke-boxes des bars à clientèle noire où ils passaient régulièrement. Une nouvelle fois, Hopkins grave une oeuvre magistrale, fort différente de ce qu’il a fait auparavant mais tout aussi créative et passionnante. L’intégrale de ces séances a été rééditée en CD sur Fishing clothes/ The Jewel Recordings (WestSide WESD 228).Mais en 1970, en rentrant d’un concert, Lightnin’ s’endort au volant de sa voiture et n’en réchappe que par miracle. Cet accident le convainc de raccrocher. Il ne se produira dès lors que de façon sporadique, pour un concert prestigieux comme cet hommage qu’il reçoit au Carnegie Hall en 1979. Pour l’enregistrer, il faut aller le voir chez lui. Ce que fera une dernière fois Sam Charters pour un ultime album dans la série «The Legacy of the blues».« Quel contraste entre le Lightnin’ d’aujourd’hui et celui que j’ai rencontré en 1959.

Au lieu de la chambre minable de jadis, il habite un bel appartement moderne dont il est le propriétaire. Deux buicks neuves avec son nom peint sur la carrosserie sont garées devant l’entrée... Lightnin’ joue encore ici et là à Houston mais même dans ses bars habituels, le blues ne rencontre plus autant les faveurs du public. Alors il reste à la maison avec sa femme, ses voisins et ses amis, passe à la banque toucher ses royalties trois fois par an et passe ses journées à regarder la télévision et ses soirées à s’asseoir sur son porche et à bavarder autour d’une bouteille ...»En 1981, le maire de Houston en personne lui remet les clés de la ville au cours d’une cérémonie rapportée par tous les journaux de la grande cité texane, l’occasion pour la plupart des habitants de Houston d’entendre parler pour la première fois d’un de leurs compatriotes les plus célèbres dans le monde entier, de Paris à Tokyo, de Moscou à Sydney!Hopkins est cependant alors déjà atteint d’un cancer qui finit par l’emporter le 30 janvier 1982.

UNE OEUVRE FOISONNANTE
Lightnin’ Hopkins laisse une oeuvre considérable, autant en quantité qu’en qualité. Ce coffret se concentre sur les premières années de sa carrière (1946-1952) lorsque lui et le blues en général ne s’adressaient presque exclusivement qu’aux Noirs.On peut ici admirer la profondeur du chant et aussi tout le talent du guitariste, au son lourd mais au jeu aérien, au toucher parcimonieux mais extraor­dinairement expressif, sachant toujours trouver la note qui fait mouche. Cela lui a d’abord valu une forte admiration de ses pairs. Tel Muddy Waters qui avoue sa très grande estime pour le bluesman texan : « Lightnin’, il joue un blues très différent de ce que je fais. Mais c’est un blues très très profond. Il faut faire attention en l’écoutant parce que c’est le genre de bluesman qui sait vous ensorceler avec sa guitare et vous empêcher de faire quoi que ce soit d’autre que l’écouter pendant des jours «. Et l’harmoniciste Billy Bizor qui a presque toujours joué avec Hopkins :« Lightnin’ est un type très dangereux. Il peut vous poignarder avec sa guitare de la même façon qu’un autre le fera avec un couteau.... »Les amateurs blancs reconnaîtront aussi ses mérites de guitariste. Ainsi, à chaque fois que la revue française Soul Bag - une des plus anciennes revues de blues en activité - a interrogé ses lecteurs pour savoir quels étaient les guitaristes favoris, Lightnin’ Hopkins est toujours sorti dans les premiers.

Comme nous l’avons vu, Hopkins a largement puisé dans les styles de blues texans, ceux de Blind Lemon Jefferson d’une part et surtout celui de Lonnie Johnson accompagnant Texas Alexander. Mais, en utilisant dès 1946, la guitare électrique, Lightnin’ a modernisé le style de guitare du blues texan, l’a rendu plus fluide, encore plus délié, ce qui lui permet d’être un des tout premiers bluesmen à véritablement utiliser les ressources de la guitare électrique : puissance mais aussi écho, vibratos, saturation. Chez Lightnin’, il faut aussi remarquer la place considérable du silence dans la musique. Ne pas jouer une note ou ne pas jouer de note du tout, suspendre la phrase, prolonger l’attente qu’on va briser soudain par un seul pincement d’une corde, est une façon remarquablement expressive de jouer de la guitare. Par dessus tout, quels que soient ses talents de musicien, Hopkins ne se définit pas du tout comme un guitariste mais comme un conteur. Il s’agit de raconter une histoire à son auditoire premier et favori, les Noirs de Houston. Laisser respirer le morceau c’est ménager le suspense, jouer du silence c’est faire entrer cet auditoire dans le blues, les faire participer au thème que le bluesman est en train de tisser.

Pour ce faire, Hopkins se contentera toujours de deux canevas de guitare, l’un lent, l’autre rapide avec des basses marchantes appuyées. C’est absolument un choix de sa part et nullement une limitation comme le prouvent les quelques fois où il est sorti de ses habitudes. Il n’a aucune envie de démontrer quoi que ce soit avec son jeu de guitare. Ce que personne d’ailleurs ne lui demande. Il veut uniquement captiver ceux qui l’écoutent.Car ce qui est important chez un bluesman comme Lightnin’ Hopkins - et évidemment pour ses auditeurs Noirs - c’est le message. Et le message est toujours très personnel : le commentaire de sa vie ou des vies des gens qui l’écoutent, sa vision aussi de l’actualité. Son oeuvre abonde de thèmes de ce genre, depuis son commentaire sur les tempêtes qui ravagent le Texas jusqu’à son admiration pour l’astronaute John Glenn qui ose voler dans la stratosphère alors que Lightnin’ a si peur de prendre l’avion. Dans ce coffret, on savourera particulièrement le magnifique Sad news from Korea à propos de la guerre de Corée alors en cours. Dans le registre intimiste, il raconte à Bob Shad son voyage jusqu’à New York dans l’extraordinaire Long way from Texas. Les blues tournant autour du sexe sont aussi très nombreux, tels Candy kitchen ou Let me fly your kite. Plusieurs pièces dansantes sont irrésistibles comme Tap dance boogie avec le jeu de claquette de L.C. Williams, un bluesman dans la mouvance de Hopkins qui a aussi enregistré une très belle oeuvre personnelle.

On notera aussi l’étonnant Zologo (en vérité Zydeco) que Lightnin’ joue à l’orgue en imitant le son de l’accordéon et qui évoque, pour la toute première fois sur disque, le Zydeco, la musique alors toute nouvelle des Noirs francophones de Louisiane.Tout n’est cependant pas improvisation et création. Hopkins reprend et adapte à sa façon plus souvent qu’on ne l’a généralement dit plusieurs thèmes traditionnels (Baby please don’t go; One kind favor). Dans la grande tradition du blues, l’homme n’hésite pas non plus à s’attribuer le mérite de compositions qui ne lui appartiennent pas. Nombre de titres (comme Katie Mae) proviennent en fait des expériences personnelles de Texas Alexander. D’autres empruntent des chemins plus tortueux. Il est, par exemple, intéressant de relater l’histoire du superbe Tom Moore blues qui figure ici sur le CD 1 et qui a été un des succès commerciaux de Hopkins. Lightnin’ a toujours affirmé avoir composé ce blues lorsqu’il travaillait comme métayer dans la plantation du redoutable Tom Moore, un gros fermier blanc, durant les années 30. Les paroles de ce blues dressent un tableau terrifiant de la situation des métayers noirs.« You know there ain’t but the one thing this black man has done wrong/ When I moved my wife and my family down on Mr Tom Moore’s farm/ You know Mr Tom Moore’s a man don’t never stand and grin/ He sees you by the graveyard and says : «I’ll save your time getting in»/ You know I got a telegram this morning and it says my wife is dead/ I showed it to Mr Moore. He said : «Go ahead nigger, you know you first gotta plow this ridge »Au moment du folk boom, ce puissant blues a frappé tout le monde. Interrogé, Hopkins relate, avec forces détails, comment il avait composé ces paroles entre deux labeurs, puis que, à la parution du disque, comment Moore lui-même et ses contremaîtres étaient venu le passer à tabac, le laissant pour quasiment mort.

L’ «affaire» avait fait grand bruit dans la presse folk des 60’s. Jusqu’à ce que Mance Lipscomb, un autre très grand folk singer et bluesman texan, enregistre à son tour Tom Moore’s farm pour Arhoolie dans une version notablement plus longue comprenant de nombreux autres versets. Lipscomb répond à un Strachwitz intrigué que ce titre était en fait un vieux truc du Texas que tout le monde connaissait avant la guerre! Strachwitz décide donc de rechercher le fin mot de l’histoire et se met en quête du véritable fermier Tom Moore. Il n’a pas de mal à le localiser, se rend chez lui, tombe sur un homme aimable et enjoué qui connaît bien le titre et rit de la version enregistrée par Hopkins qui, bien sûr, n’a jamais travaillé la terre dans la plantation Moore qui n’existe d’ailleurs plus depuis longtemps. Et qui n’a bien sûr jamais été rossé par aucun membre de la famille Moore « En fait « écrit Chris Strachwitz « Tom Moore’s farm ou Tom Moore’s blues avait été composé au début du XXème siècle par un songster anonyme et visait le grand-père du présent Mr Moore, un homme affable qui ne possédait plus qu’un peu de terre qu’il cultivait avec deux de ses cousins, des Blancs comme lui «.
Gérard HERZHAFT
Auteur de « La Grande Encyclopédie du Blues « (Fayard, nouvelle édition : 2002)
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS, GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2004

SOURCES :
ADINS (George).- Souvenirs de Houston. In : R & B Panorama n° 32. 1964
BASTIN (Bruce).- Houston 1965. In : Blues Unlimited n° 34. 1966
CHARTERS (Sam).- The Bluesmen.- Oak Publications, New York : 1967
DARWEN (Norman) & SHAD (Tamara).- Bob Shad. In : Blues & Rhythm n° 100. 1995
DEMETRE (Jacques).- L’héritage de Lightning Hopkins. In : Jazz Hot n° 393. 1982
LEADBITTER (Mike).- King of the Hillbillies (interview de Bill Quinn). In : Nothing but the blues. London : Hanover, 1971.
LEADBITTER (Mike).- Sittin’ in with Shad (interview de Bob Shad). In : Blues Unlimited n° 41. 1967
Mc CORMICK (Mack).- A Conversation with Lightnin’ Hopkins. In : Jazz Journal. 1960-61
Interviews par Gérard Herzhaft de Roy Ames; Lore Boas; Mack Mc Cormick : Chris Strachwitz.
Textes de livrets et pochettes de disques par Chris Albertson; Alan Balfour; Bruce Bromberg; Jean Buzelin; Sam Charters; Larry Cohn; Barbara Dane; Colin Escott; Nat Hentoff; Mack Mc Cormick; Chris Strachwitz; Pete Welding.

english notes
Lightnin’ Hopkins, or “Poor Lightnin’’ as he liked to call himself, was a great Texas blues innovator, an investigator of the electric guitar, a powerful composer and a magnificent bluesman.From 1946 to 1953, Hopkins had many hits and was very popular among the Blacks in Texas and California.  He influenced a great number of blues players such as Lightnin’ Slim and Silas Hogan in Louisiana, L.C. Robinson, Johnny Fuller, Philip Walker in California, Baby Tate and Carolina Slim in Carolina.This album covers the works of this incredibly creative bluesman.Despite his creativity as a bluesman, Lightnin’ Hopkins was quite unlike most of the other great bluesmen presented in this series.  He was a true home-bird, and felt most comfortable when in Houston, he hated travelling, particularly by air and was not a womaniser.  For a short while, he was separated from his wife, mainly due to economic reasons, but was otherwise married to his dear Antoinette from 1944 until his death.  Above all, what differed him from other bluesmen was that Lightnin’ Hopkins always his mother’s pet, ‘My baby’s child’, as Ma Hopkins used to say.Sam Hopkins was born on 15 march 1912 (or 1911) in Centerville, north of Houston.  This small town was crossed by Highway 75 in the Trinity River bottoms, a fertile region.  He was the fifth and last child of Abe Hopkins, a farmer and musician playing the violin, accordion and guitar, and Francis, who everyone called ‘Ma’ and who sang in church and played the piano.  It was thus hardly surprising that most of the Hopkins offspring were musicians, particularly the elder brothers, John Henry (born in 1901) and Joel (born in 1904) who were locally reputed as songsters and bluesmen.In 1915, Abe Hopkins was tragically killed during a fight between neighbouring farmers and Ma Hopkins had to sell the family estate and buy a plot of land a few miles away, near Leona. 

Sam, who was already spoilt by his mother and sisters (Abbie and Alice Mae) became even more of a ‘Mummy’s boy’ and was excused from most of the domestic chores and farm labour.  John Henry and Joel taught him to play the guitar and, around the age of eight, he was already entertaining his neighbours and family.  No doubt through Joel, he got to know Blind Lemon Jefferson who invited him to play next to him during a Sunday picnic in Buffalo.However, Sam’s musical apprenticeship mainly came from his mother’s cousin, Alger ‘Texas’ Alexander.  During the thirties and forties, Texas Alexander took Hopkins along with him to accompany him around Texas.  This long working relationship with Texas Alexander truly developed Sam’s style of singing and the blues in general.  As regards his approach to the guitar, Hopkins claimed that he was a little influenced by Blind Lemon, he had also picked up some of Joel and John Henry’s technique that they had learnt from old musicians, but his main inspiration was Lonnie Johnson, and Texas Alexander demanded that he copy his style as closely as possible.Like many blues players, Sam Hopkins made his debut disc after the war thanks to the creation of ambitious independent labels looking for new talent.  In summer 1946, the talent scout Lola Anne Cullum set off for Texas for the Californian label Aladdin and her niece led her to the black clubs in Dowling Street, Houston’s ghetto.  There she heard Texas Alexander and Lightnin’ Hopkins and was very impressed by the blind singer but was apprehensive of taking him to Los Angeles.  Alexander had just been released from prison, and not for the first time, and his scarred face and the weapons he carried on him scared her.  She tried to persuade the Messner brothers, in charge of Aladdin to find someone else to take the musicians to California, but in vain. 

Despondently, she decided to replace Alexander by the pianist Wilson Smith, or ‘Thunder’, who sometimes took Sam Hopkins to accompany him during his contracts.On 4 November 1946, the duo recorded in Los Angeles.  Without asking Hopkins’ opinion, the technician scribbled Thunder & Lightnin’ on the session sheet, and Sam only found out when the 78 was released.  Mrs Cullum believed that Thunder Smith could be rather successful, but it was Katie Mae, sung by Hopkins which conquered the disc jockeys.  The following year, Short Haired Woman became a regional hit and Lightnin’ Hopkins’ career truly took off.  Between 1946 and 1953, he cut over 200 titles and, if few actually reached the Hit Parades, many had great marketing success.One of his biggest hits was Short Haired Woman which he recorded on several occasions.  The second version (New Short Haired Woman), selected here, is representative of Lightnin’s style and includes all aspects which explain the impact he had on his followers - emotion in his voice with rolling r’s, an expressive guitar and humorous lyrics.  During these triumphant years, Hopkins earned much money but managed to spend even more.  He asked his producer, Bill Quinn, to advance him substantial sums to cover his gambling and drinking debts but the latter preferred to give his wife the money so she could spend it wisely.  Consequently, Hopkins decided to quit working for him and approached other labels.During Hopkin’s beginnings, the sturdy Lola Cullum acted as his manager and clinched many tours in the ‘chitlin’ circuit’, appearing alongside great figures of Rhythm & Blues. 

Yet Lightnin’ refused or else accepted but didn’t turn up.  He also often forgot to go to Los Angeles when recording sessions were programmed.  By late 1949, Mrs Cullum, abandoned her ‘discovery’ and left the contract with Bill Quinn who, based in Houston, headed the Gold Star label, a worthy regional company but which lacked Aladdin’s commercial means.Lightnin’ Hopkins personal life was also unstable.  He constantly lied to his wife, his family and friends and was lost in his world of gambling.  This obviously handicapped his career, hindering him from becoming a blues superstar.  After Bill Quinn, he recorded for anyone who wanted him :  RPM, Specialty, Mercury and of greater importance, the New York producer Bob Shad with whom he came out with two new hits, Hello Central and Coffee Blues.  Shad’s financial propositions suited Hopkins, but he continued to record for rival companies, Mercury and Decca, including some marvellous titles such as Sad News From Korea, often backed by a rhythm section to follow the tastes of the black clientele, increasingly weary of country blues.  There again, Hopkins made no particular effort to adapt, and still refused to leave Houston for performances elsewhere.  Following a last superb session for the Herald label in 1954 which was nonetheless financially unsatisfactory, Lightnin’ recorded sporadically - four titles for TNT in 1955 and two others the year after for Chart.The bluesman then fought for survival, playing in small bars in Houston’s ghetto :  Irene’s, Rocket bar, Pop’s Place...

Even his faithful Antoinette threw in the towel and returned to live with her mother’s family for a while.  When Sam Charters rediscovered him in 1959, Lightnin’ was living in shabby dwellings and had even pawned his guitar to pay for his beer.In 1959, the pioneer jazz and blues researcher, Sam Charters, happened to be in New Orleans with his wife.  On a juke box in a restaurant, Charters was struck by a blues title, Contrary Mary, which he discovered was sung by a certain Lightnin’ Hopkins.  The singer was in fact the cousin of the cook, who was only too pleased to give him Sam’s address.  After contacting Mack Mc Cormick, another researcher, Charters left for Houston in late January 1959 to find that Lightnin’ no longer lived at the given address and indeed, nobody knew whether he was still alive.  After weeks of searching in vain, Lightnin’ suddenly drove up to Charter’s car and introduced himself.  The evening was spent recording the bluesman on a tape recorder in Hopkin’s rented room.  Charters had rented an acoustic guitar for the event and within four hours, Hopkins cut the album Penitentiary Blues, representing the artist’s come-back.  Indeed, the disc was very successful among the folk circles and Lightnin’s career was back on the tracks.Thanks to this album, Lightnin’ was again in the limelight, but quite unexpectedly, his public was mainly white, Northerners and young !  The acoustic guitar was in vogue, and followed by a multitude of admirers, Hopkins recorded in quantity in 1959 for various labels such as Tradition, Everest, 77, Candid and Heritage. 

Although he was primarily an electric guitar innovator, he turned to the acoustic instrument, mixing his own compositions with folk ballads.Hopkins’ reputation was such that he was much in demand in the university coffee houses and folk concerts.  Enticed by money, he even decided to travel.  He then appeared elsewhere, along with white folk singers.  In July 1960, he was found in Los Angeles on the same stage as other blues ‘rediscoveries’ such as Brownie Mc Ghee, Sonny Terry and Big Joe Williams for a memorable concert which swayed many future rockers and white bluesmen, from Hot Tuna to Grateful Dead and Canned Heat.  The recording of the concert, followed by an improvised studio session was released by World Pacific and remains one of the greatest moments of the folk boom/blues revival.Forever disloyal as far as record labels were concerned, Lightnin’ went to New York in autumn 1960 to cut his first true studio session since his rediscovery.  The trip was paid for by Prestige, which launched its ‘Bluesville’ series with this future album, but before heading for the studios, Hopkins stopped off at Harlem, and met the black producer Bobby Robinson who agreed to record the Texan on his electric guitar backed by jazz rhythms section from New York.  The session went down in history as the other artists attempted to correct Hopkins’ ‘mistakes’ resulting in a blow-up where Lightnin’ declared that as leader, the others had to follow him and not the other way round.Robinson released the album for his Fire label and one title, Mojo Hand, came out as a single for the juke boxes.

This piece rapidly entered the Rhythm & Blues Top 40 where it remained for several weeks.  This triumph proved that his magic still worked for the Blacks, despite his years of reclusion.For Prestige-Bluesville, Hopkins took up the acoustic guitar and rhythm section, bass and drums plus the discreet but remarkable presence of harmonica player Sonny Terry.  Their astounding team-work can be particularly appreciated in Conversation Blues.  The same label continued to record Lightnin’ during the years to follow, but the ‘all acoustic’ concept was finally dropped.  February 1962 witnessed an extraordinary session in Houston where he was accompanied by pianist Buster Pickens, the erratic but efficient drummer Spider Kilpatrick, bassist Don Cooks and harpist Billy Bizor.  This was perhaps Hopkins’ best disc, and we strongly recommend Lightnin’ Hopkins/The Complete Prestige-Bluesville Recordings (Prestige 7PCD-4406-2) which reunites all the recordings he made for this label.Another leading producer of the period, Chris Strachwitz, founder of the Arhoolie label, also recorded Lightnin’ Hopkins in quantity, covering every aspect of his talent, playing solo as with others, including his elder brothers.  This led to a remarkable disc, The Hopkins Brothers :  Arhoolie CD 340. According to those who knew him, Sam Hopkins’ character was very complex, being wary, relaxed and arrogant, yet fragile and distressed.  His musicians were expected to wait on him and be at his beck and call, but he still considered himself as ‘Poor Lightnin’’, a victim.  Even as his mother’s ‘baby boy’, he never helped his family financially when they were in need.Lightnin’ Hopkins was particularly active in the sixties. 

He was billed at Carnegie Hall along with Pete Seeger and Joan Baez, performed in the coffee shops and university campuses, participated in the Newport festival and even flew to Europe for the 1964 American Folk Blues Festival.  However, despite the money he was earning, Lightnin’ became weary of the white punters who he found cold and reserved.  He began to space out his trips, only feeling at home in Houston.  As from 1965, he ventured towards local labels focusing on the black clientele, but blues was no longer considered as ‘correct’ by the black American elitists, and was only called for in the rural juke joints and black districts of towns, especially for a mature public.  Stan Lewis was one of the only producers to continue recording his down home blues for his Jewel label and, indeed, recorded him on several occasions during the 1965-69 period.In 1970, returning from a concert, Lightnin’ fell asleep at the wheel and it was a miracle he survived.  After this near disaster, he only performed periodically, such as for the prestigious concert in his honour at Carnegie Hall in 1979.  For the recording, Sam Charters had to go and see him at his beautiful apartment where he comfortably lived with his wife, spending his time watching television and chatting with friends.  This was to be Charters’ ultimate album in the series ‘The Legacy of the Blues’.In 1981, the mayor of Houston handed him the keys to the town - he was now world famous.  Alas, Hopkins was already suffering from cancer and he passed away on 30 January 1982.Lightnin’ Hopkins left a large quantity of quality pieces.  This album concentrates on the first years of his career (1946-1952) when both he and the blues in general were intended for the Blacks. 

We can appreciate the depth of his singing and his talent as a guitarist, which won the admiration of his peers.As mentioned above, Hopkins took inspiration from Texan blues styles, that of Blind Lemon Jefferson and particularly that of Lonnie Johnson accompanying Texas Alexander.  But when he adopted the electric guitar as from 1946, Lightnin’ modernised the guitar style of Texan blues and was one of the first bluesmen to truly exploit the electric guitar.  However, Hopkins’ main aim was to convey his message, which was always very personal concerning his life of the lives of those who listened to him.  In this selection, we may savour his magnificent Sad News From Korea, pertaining to the ongoing Korean war, Long Way From Texas, where he relates his journey to New York, and many titles make reference to sex such as Candy Kitchen and Let Me Fly Your Kite.  There are several irresistible dance pieces such as Tap Dance Boogie, and in the astonishing Zologo (really Zydeco), Lightnin’ plays the organ imitating the sound of the accordion, evoking for the first time on disc the Zydeco, a new musical genre coming from Louisiana’s French-speaking Blacks.Hopkins also borrowed and adapted several traditional tunes (Baby Please Don’t Go, One Kind Favor). 

Many of his titles (such as Katie Mae) actually came from Texas Alexander’s personal experiences.  Others were more tortuous such as Tom Moore Blues, which Lightnin’ claims to have composed while working as a share-cropper for the terrifying white farmer, Tom Moore.‘You know there ain’t but the one thing this black man has done wrong/When I moved my wife and my family down on Mr Tom Moore’s farm/You know Mr Tim Moore’s a man don’t never stand and grin/He sees you by the graveyard and says : “ I’ll save your time getting in ”/You know I got a telegram this morning and it says my wife is dead/I showed it to Mr Moore.  He said “ Go ahead nigger, you know you first gotta plow this ridge ”’.As it turned out, this song was an old Texan number which everyone knew before the war !  Befuddled, Chris Strachwitz set off to find this farmer, Tom Moore, and found an affable fellow, amused by Hopkins’ version of the tune and, of course, Lightnin’ had never worked on the Moore plantation.
English adaptation by Laure WRIGHT from the French text of Gérard HERZHAFT
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS, GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2004

DISCOGRAPHIE
CD 1
01. KATIE MAE BLUES  2’59 
02. SHORT HAIRED WOMAN       2’23
03. LIGHTNIN’S BOOGIE         2’17
04. MISS LORETTA    2’41
05. WALKING BLUES           2’47
06. TOM MOORE BLUES        2’38
07. BABY PLEASE DON’T GO  (Joe Lee Williams)      2’50
08. JAILHOUSE BLUES      2’39
09. AUTOMOBILE BLUES  (Broonzy) 2’46
10. ZYDECO (Zologo)           2’45
11. JACKSTROPPER BLUES          2’46
12. LIGHTNIN’S ROCK        2’11
13. STREET WALKIN’ WOMAN            2’43
14. LONG HAIRED WOMAN       2’57
15. COFFEE BLUES         2’43
16. HELLO CENTRAL            2’58
17. TELL ME BOOGIE          3’10
18. GOTTA MOVE BOOGIE      2’41

Toutes les compositions par Sam «Lightnin’» Hopkins sauf si mentionnées autrement
(1) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Thunder Smith, pno; batt. Los Angeles, 4 novembre 1946
(2) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Joel Hopkins, g. Houston, Tx. 1947
(3)(4) Lightnin’ Hopkins, vcl/g. Houston, Tx. 28 février 1948
(5)(6)(7) Lightnin’ Hopkins, vcl/g. Houston, Tx. 1948
(8)(9) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Frankie Lee Sims, g. Houston, Tx. 1949
(10) Lightnin’ Hopkins, vcl/org. Houston, Tx. 1949
(11) Lightnin’ Hopkins, vcl/g. Houston, Tx. 1950
(12)(13)(14) Lightnin’ Hopkin,s vcl/g; Don Cooks, bs; dms. Houston, Tx. 1950
(15)(16)(17)(18) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Don Cooks, bs. New York City. février 1951

CD 2
01. LONG WAY FROM TEXAS            3’00
02. NEW SHORT HAIRED WOMAN    2’59
03. MY HEART TO WEEP 2’32
04. HOME IN THE WOODS    2’52
05. PAPA BONES BOOGIE         3’11
06. LIGHTNIN’S GONE AGAIN     2’45
07. DIRTY HOUSE BLUES         2’59
08. WHEN I STARTED HOBOING  (John Lee Hooker)           2’47
09. ONE KIND A FAVOR  (Blind Lemon Jefferson)   3’00
10. BROKEN HEARTED BLUES        2’51
11. TAP DANCE BOOGIE    2’37
12. YOU’LL DO TOO  2’58
13. SAD NEWS FROM KOREA           2’57
14. LET ME FLY YOUR KITE       3’35
15. GONE WITH THE WIND         2’32
16. SHE’S ALMOST DEAD              3’29
17. AIN’T IT A SHAME    2’53
18. MY MAMA TOLD ME     2’53

Toutes les compositions par Sam «Lightnin’» Hopkins sauf si mentionnées autrement

(1)(2) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Don Cooks, bs. New York City. février 1951
(3)(4) Lightnin’ Hopins, vcl/g; Don Cooks, bs. Houston, Tx. juin 1951
(5)(6)(7)(8)(9)(10)(11)(12) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Don Cooks, bs; L.C. Williams, tap dance. Houston, Tx. juin-juillet 1952
(13)(14)(15)(16)(17)(18) Lightnin’ Hopkins, vcl/g; Don Cooks, bs; L.C. Williams, tap dance. Houston, Tx. octobre 1952


CD Lightnin’ Hopkins The Blues © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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