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Cocteau

Faisons un rêve... ou une supposition : qu’un léger décalage temporel ait fait naître Jean Cocteau, non pas à la fin du dix-neuvième siècle, mais au milieu du vingtième; que ses forces créatrices se soient épanouies, pour l’essentiel, non pas dans la galaxie Gutenberg, mais sous l’ère Mac Luhan. Nul doute alors qu’il eût été, sinon l’inventeur, sans doute le premier et le meilleur auteur multimédia. Ce qui, en son temps, a partiellement nui à sa réputation, celle d’un “touche-à-tout”, auprès des bien-pensants hostiles au mélange des genres et peu enclins à mélanger les serviettes des arts nobles (belles lettres et arts plastiques) aux torchons des moyens d’expression impurs et populaires (radio, phonographe, cinéma), aurait servi, cinquante ans plus tard, sa conception et sa pratique si personnelles de la poésie.En attendant le premier cédérom qu’un éditeur encore inconnu voudra bien consacrer à ce précurseur ignoré du multimédia, il était tentant de recourir au phonogramme pour dresser le portrait aux multiples facettes d’un créateur – Protée, l’un des plus prolifiques du vingtième siècle. Grâce à Fred Kiriloff, qui fut son réalisateur sonore, ces enregistrements nous font voyager à travers toutes les disciplines que Jean Cocteau illustra : écriture, peinture, lithographie, via le roman, le poème, la chanson, la radio, le théâtre, le cinéma. Nous y croisons toutes les voix qui ont servi ses textes, une bonne part du Gotha des artistes, créateurs ou interprètes qui ont donné vie à l’imaginaire du Poète : en vrac, et sans hiérarchie de genre ni de valeur, ainsi qu’il aurait aimé le faire : Satie, Auric, Poulenc, Marianne Oswald, Suzy Solidor, Piaf, Jean-Pierre Aumont, Jean Marais, Jeanne Moreau... et, bien sûr, Cocteau, lui-même, sous tous ses avatars, heureux de vagabonder dans son propre hypertexte. Lionel Risler, concepteur du projet, a déployé sa compétence habituelle et sa sensibilité pour restituer dans sa plénitude la présence de Cocteau, sachant aussi préserver les sonorités des enregistrements d’origine sans lesquelles l’évocation de cet artiste majeur de notre temps resterait imparfaite.
Patrick Frémeaux
L’éditeur


J E A N   C O C T E A U
«Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur.» Cette phrase prophétique (que vous entendrez dans quelques instants, prononcée par le photographe des Mariés de la Tour Eiffel) est peut-être la clé de la mystérieuse personnalité (multiforme) de Jean Cocteau.
POèTE - Il a toujours revendiqué cette profession (de foi !) Je suis entré en poésie comme on entre en religion  (Journal d’un inconnu.- Grasset) ANTI- INTELLECTUEL - Il l’a proclamé sur tous les modes.Je suis l’anti-intellectuel type.  (Préface du Testament d’Orphée - Ed. Dynamo) DESSINATEUR.  ROMANCIER. CARICATURISTE.    PORTRAITISTE.  AUTEUR DRAMATIQUE.  METTEUR EN SCÈNE. ACTEUR. DÉCORATEUR. COSTUMIER. PEINTRE (y compris à fresques). SCÉNARISTE. RÉALISATEUR DE CINÉMA.


Le papier, la plume et l’encrier, le pinceau, le crayon, le pastel, la couleur, la pellicule et la caméra sont ses « outils « oserais-je dire » ordinaires».Il a tout fait !  Tout connu, tout vu, il a goûté à tout, avec une boulimie, une prolixité stupéfiantes ! De l’étonnante apostrophe, en forme de commandement :  «ÉTONNE MOI!» de  Serge de DIAGHILEV, à l’extraordinaire Portrait Souvenir de la grande Madame COLETTE (Discours de réception à l’Académie Royale de Belgique), au Groupe des Six, devant tant de facettes protéiforme on peut se demander : Jean COCTEAU est il  «Immortel»  ?Porté au pinacle par les uns, vilipendé par les autres : «Méfiez-vous de Cocteau, c’est un tricheur et un caméléon» disait Apollinaire qui ne le voyait... que d’un œil !Oui !  Cocteau a  «touché à tout»  et avec un égal bonheur assorti comme d’une manière de pressentiment, de discernement, de double vue, de lucidité, de «radar» qui étonne encore.Il s’est livré en «apprenti sorcier» aux chausse-trappes des techniques d’expression artistiques auxquelles rien, à priori, ne le destinait.C’est l’impossible pari de la réussite qui l’a fait se précipiter sur le cinématographe qu’il a vu naître et qui l’a subjugué.«J’ai composé et tourné «Le sang d’un poète» sans le moindre espoir d’une suite, ni d’être entendu.  C’était un besoin d’expulser certaines images profondes, de mettre de la nuit en plein jour».«Trente ans après cette expérience, un besoin pareil, me pousse à employer le cinématographe pour tourner «Le testament d’Orphée» alors que je croyais ne plus jamais y avoir recours».«Je m’excuse auprès des personnes qui estiment que le rôle du film consiste à refléter la vie et à distraire.  Seulement, même les miroirs «réfléchissent».

Ces lignes inédites, extraites de la préface d’une esquisse pour le projet de scénario du  «Testament d’Orphée» se passent de commentaires.Alchimiste du «logos» , magicien, prestidigitateur, ce n’est pas un lapin qu’il tire d’un chapeau qui semble ne pas être le sien et qu’il fait croire vide; mais c’est la poésie, SA poésie qui surgit, inattendue, surprenante, envoûtante.Le Cocteau illusionniste, faisant croire qu’il s’est laissé prendre à son propre piège; se laisse tout entier emprisonner par l’image et par le son.Et il s’y adonne avec succulence. Images et voix emprisonnées dans le film ou dans le disque, inconscients témoignages ? Testament conscient de son univers de poète ? Voilà les questions posées; aurons-nous jamais les réponses ?Réponses dont il livre, peut-être, quelques clefs dans son «Testament d’Orphée». Ces quelques lignes ne sont ni une biographie, ni une chronologie exhaustive de la vie et de l’œuvre de Jean COCTEAU.Ce ne sont que quelques jalons, quelques pistes, quelques points de repères qui marquent les temps forts dans l’œuvre poétique, littéraire, théâtrale, cinématographique et phonographique du poète.Peut-être y pressentira t-on quelque apparentes contradictions dans l’évolution de la pensée poétique, quelques hésitations à s’engager sur telle ou telle des voies de la création.Je crois qu’il n’en est rien.L’intuition , les pressentiments, la double vue du poète sont demeurés dans le droit fil, (en dépit de tous les moyens d’expression utilisés, artistiques, et techniques) de son univers poétique de l’adolescence au mot FIN du Testament d’Orphée.

Tout dans l’œuvre de notre poète n’a été conçu que dans le but de synthétiser ses derniers mots, gravés pour l’éternité dans un petit coin de la pierre qui recouvre son cercueil :  « JE RESTE AVEC VOUS » Lorsque l’on relit ses romans, qu’on se laisse envoûter par la musique de ses poèmes, que l’on revoit ses films, que l’on entend sa voix, il ne cesse de nous répéter : JE RESTE AVEC VOUS.Quand on lui posait la question : Qui êtes vous Jean COCTEAU ?La réponse ne se faisait pas attendre :JE SUIS UN MENSONGE QUI DIT TOUJOURS LA VÉRITÉ.(op.cit)Ce «mensonge qui dit toujours la vérité» est né un vendredi 5 Juillet 1889 à Maisons-Laffitte.Famille bourgeoise, fortunée, (à cette époque bénie on vivait encore «de ses rentes») , famille délibérément ouverte aux arts.Le père de Jean Cocteau peignait et dessinait avec talent.Ceci explique t-il cela? Son grand père était ami de Rossini; Camille Saint-Saëns venait faire chez les Cocteau de la musique; L’enfance du futur poète se passe à l’ombre de ces figures illustres.Malgré cet environnement familial heureux et paisible les études de l’élève Cocteau sont médiocres, partiellement émaillées de prix de gymnastique, d’allemand (sa gouvernante est allemande), de dessin.J’étais l’exemple du mauvais élève, de l’élève incapable d’apprendre et de retenir quoi que ce soit.  Mes prix de gymnastique, d’allemand et de dessin donnaient un relief extraordinaire à mon inconduite et l’entouraient, pour ainsi dire, d’un cadre d’or.   (Portraits Souvenirs - Grasset)Il n’en faut pas plus pour échouer au baccalauréat.Malgré tout cela le potache recalé veut «entrer en littérature».Nous sommes en 1909, Cocteau vient d’avoir 20 ans.Grâce aux relations de sa famille, Lucien Daudet lui fait connaître Jules Lemaître et Marcel Proust.La revue littéraire Comedia lui ouvre largement ses colonnes.Il y écrit ses premiers articles et publie ses premiers dessins. Emporté dans cet élan, il fait paraître trois recueils de poésies... que plus tard, beaucoup plus tard, il jugera médiocres. 

Il les supprimera de sa biographie.Jusqu’à l’âge de vingt ans, j’estimais qu’un poète peut suivre sa fantaisie...J’en obtins de la sottise.  (Journal d’un Inconnu - Op.cit.)Dès son plus jeune âge, le «théâtre» le fascine :Depuis l’enfance et le départ de ma mère et de mon père pour le théâtre, j’ai contracté le «mal rouge et or.»  (La Difficulté d’être - Ed. Paul Morihien)Ce «mal» ne le quittera plus jamais.Il va s’y adonner, tout entier, avec fureur et délectation.Il hante les coulisses des théâtres, charme énormément, parle beaucoup :«Vous pouvez lui dire tout, claironnait Jacques Hébertot, ça ne sortira pas de Paris!»(Les meilleurs amis du monde. Ed. Latès)Les Ballets Russes de Serge de DIAGHILEV triomphent à Paris et le jeune Cocteau n’a de cesse d’être admis dans l’entourage de Diaghilev ; pour le séduire il dessine l’affiche des Ballets Russes.S’il séduit, s’il charme, s’il envoûte, il écrit aussi...  avec exubérance.En 1912, il a 23 ans, il griffonne, sur un coin de table, l’argument d’un ballet : LE DIEU BLEU, sous l’œil toujours étonné de Diaghilev.En 1913 la création du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky est pour Cocteau une révélation :Le premier, Stravinsky m’enseigna cette insulte aux habitudes sans quoi l’art stagne et reste un jeu  (Poésie critique - Démarche d’un poète - Gallimard)Les dés étaient lancés.La poésie sera la pierre angulaire de son œuvre.Je suis entré en poésie comme on entre en religion.  (Op.cit) 1914, Cocteau est sous les drapeaux, militaire convoyeur de la Croix Rouge jusqu’en Juin 1916.S’il convoie les blessés du front belge il n’en continue pas moins d’écrire.Ce thème de la mort, qu’il côtoie pendant ces deux années ne cessera plus de le hanter.Il tente de l’exorciser en écrivant  Thomas l’imposteur.Il y relate sa douloureuse expérience de la guerre et sa kyrielle d’horreurs.Après cette première conflagration mondiale, ce sont les «Années Folles» et l’extraordinaire creuset de talents qui se cristallise dans le quartier de Montparnasse.

Pablo Picasso, Erik Satie, Max Jacob, Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars succombent au charme de la personnalité «étonnante» de Cocteau qui connaît tout,qui est partout à la fois.Picasso m’a enseigné à courir plus vite que la beauté.  (Discours d’Oxford - Gallimard) Il écrit en 1917 l’argument de PARADE, sous titré : « Ballet Réaliste ».Chorégraphie de Léonide Massine, décors et costumes de Picasso. Cocteau «impose» à Diaghilev la musique d’Erik Satie.Guillaume Apollinaire écrit :«Parade modifiera les idées de beaucoup de spectateurs.  Ils seront surpris, mais de la manière la plus agréable, et charmés, ils apprendront à aimer toute la grâce des mouvements nouveaux, une grâce dont ils ne se sont jamais douté.»Résultat? Chahut, tapage, huées, sifflets.Bilan :Un scandale mémorable.Après le scandale de “Parade” au Châtelet en 1917, deux remarques me flattèrent beaucoup. Ce fut d’abord, un directeur de théâtre criant : «Nous n’avons plus l’âge de guignol» ensuite un monsieur que nous entendîmes, Picasso et moi, dire à sa femme : «Si j’avais su que c’était si bête, j’aurais amené les enfants.»(Lettre à Jacques Maritain - Stock)L’insolite de l’argument, les nouveautés du langage chorégraphique, les fantasques décors de Picasso, la musique «dégraissée» de Satie, dérangent, bousculent, désorientent la bourgeoisie «bien pensante».Cocteau a rempli sa mission, Diaghilev est «étonné» !Le scandale que déclenche “Parade”, non son échec, aiguillonne notre poète.En 1920, Cocteau, toujours «visionnaire», toujours «étonneur» (oserais-je dire «professionnel») réunit, on ne sait trop comment, une bande de jeunes musiciens, apparemment totalement inconnus, qui vont occuper (grâce à lui ?) une place importante dans l’histoire de la musique contemporaine.Louis Durey, Germaine Taillefer, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Georges Auric, Arthur Honegger.

Il les baptise : Le Groupe des Six qu’il vous présente lui-même dans ces CD. Ce texte pétillant est un petit chef-d’œuvre de ce que l’on appelle aujourd’hui : «La Promotion» !Le 18 Juin 1921, au Théâtre des Champs Élysées, sous l’impulsion de son directeur Jacques Hébertot, les Ballets Suédois de Rolph de Maré, créent LES MARIES DE LA TOUR EIFFEL.Devinez de qui sont l’argument et le texte?   Bon Dieu !  Mais c’est bien sûr !  De Jean Cocteau, évidemment! Il peaufine avec les Mariés de la Tour Eiffel la formule insolite esquissée dans Parade.Cocteau avait dès son élaboration qualifié cette œuvre de «spectacle».Ballet ?  NON  -  Pièce ?  NON  -  Revue ?  NON  - Tragédie ?  NON !Plutôt une sorte de mariage secret entre la tragédie antique et la revue de fin d’année, le chœur et le numéro de music-hall.J’ai voulu substituer une poésie  DE  théâtre à la poésie  AU  théâtre.Je cherche à peindre plus vrai que le vrai.  (Préface des Mariés - Gallimard)Cette phrase, ce «credo» qu’il ne trahira jamais, cette manière de postulat personnel, perdurera dans le droit fil de son œuvre.La «première» des Mariés de la Tour Eiffel se termine dans un tohu-bohu inimaginable, injures, huées, sifflets, ponctuent la fin de la représentation.Comme “Parade”, les Mariés font l’objet d’un scandale retentissant !Dans le contexte de ces années 20, la «poésie DE théâtre» de Cocteau, comme le révolutionnaire Sacre du Printemps de Stravinsky pour la musique ne trouvent qu’un accueil hostile auprès d’un public pour le moins «frileux» qui refuse d’être bousculé. La «maladie rouge et or» n’en détourne pas moins Jean Cocteau de sa véritable prédestination : La Poésie.Avant l’écoute des Poèmes de Cocteau, emprisonnés dans ces CD, écoutons-le définir LA poésie, sinon SA poésie :La poésie est une puissance occulte, un fluide fabuleux où baigne le poète, fluide qui préexiste en lui et autour de lui comme une électricité.  (Le Rappel à l’Ordre - Stock)

Puisse l’écoute de ces poèmes vous imprégner de ce fluide magique que la voix envoutante de Cocteau sait si bien communiquer.Dans les années qui suivent, notre poète ne se départit pas de sa profession de foi :Le vrai écrivain est celui qui écrit mince, musclé.  (Le Secret Professionnel - Stock)Fort de cet axiome, les poèmes, les romans , les dessins se succèdent à une cadence effrénée.En 1922, Cocteau publie Le Grand Écart.1923 - Coup de foudre, tragique, du Destin qui frappe le poète de plein fouet.Emporté par une fièvre typhoïde, Raymond Radiguet succombe à l’âge de 20 ans, rompant brutalement l’amitié passionnée qui liait Cocteau au très jeune romancier du “Diable au Corps” et du “Bal du Comte d’Orgel”.Ce Destin qui le foudroie, le poète va en user abondamment.Il en fait l’instrument incontrôlable, le ressort essentiel d’une machine dramatique qui va précipiter ses personnages à leur perte.Terrassé par la disparition de Radiguet, anéanti par la douleur, Cocteau se réfugie dans l’opium.Il ne parviendra, qu’après de longues années de lutte à se délivrer de cet asservissement.Autre ressort de son arsenal dramatique, le mythe de l’ANGE, qui figure le messager de l’inconnu, le poète va le transcender dans  «l’image-souvenir»  de Radiguet.En Mars 1925, deux ans après la disparition du jeune romancier, il publie L’Ange Heurtebise, peut-être la pierre angulaire de son œuvre poétique.A travers une suite de strophes où les rythmes et les sonorités apparaissent comme des innovations, le mythe de l’Ange redonne vie au fantôme toujours présent de Radiguet. La fascination qu’opère sur le poète la mythologie grecque, avec son cortège de dieux maléfiques, de personnages légendaires, presque tous victimes d’un inéluctable destin tragique, Cocteau va en user avec abondance comme un nouveau ressort dramatique.

Accidents du mystère et fautes de calculs. Célestes, j’ai profité d’eux, je l’avoue.Toute ma poésie est là : Je décalqueL’invisible (invisible à vous)   (Opéra - Stock)En 1925, il écrit et fait représenter sur le théâtre La Machine Infernale, d’après Sophocle. Oedipe, personnage central du drame, illustre la grande énigme du destin fatal et du libre arbitre.Enregistrée en 1957, lors de la reprise de la pièce au Théâtre des Bouffes Parisiens, vous entendrez, dans ces CDs, la scène étonnante où le Sphinx pose à Oedipe l’énigme qui va déterminer le sort tragique du héros.Écoutez l’extraordinaire virtuosité poétique de la voix de Jeanne Moreau dont les inflexions jouent et serpentent à travers les mots de Cocteau comme le chat joue avec la souris avant une mise à mort.La production du poète, entrecoupée par les cures de désintoxication, ne tarit pas.En 1929 il publie Les Enfants Terribles et pour la première fois une œuvre du poète trouve un écho favorable auprès du grand public.En 1930, il écrit et fait jouer La Voix Humaine, sous titrée: Solo pour une actrice.Cette ultime communication téléphonique en forme de rupture sentimentale atteint au paroxysme dramatique d’une mise à mort.Créé par la comédienne Berthe Bovy, en voici des extraits enregistrés par elle-même, pour le phonographe, l’année de sa création théâtrale.A propos du phonographe, Jean Cocteau a quelque temps manifesté une certaine méfiance vis à vis de la «machine parlante».Je refuse de laisser prendre des clichés de ma voix; je fabrique, en collaboration avec le gramophone une voix inconnue, inédite, mordante et qui paraît sortir du masque grec.  (Lettre à son amie Germaine Krull)

C’est probablement l’enregistrement phonographique de la Voix Humaine par sa créatrice, allant de pair avec les perfectionnements techniques de la «machine à conserver les sons» qui ont eu raison de ses réticences.Il cède enfin et livre sa voix aux  «galettes noires»  tournant 78 tours à la minute.Les poèmes, qui occupent la première partie des CD, Jean Cocteau les a enregistrés en 1930.Définitivement convaincu de l’importance et de la pérennité du témoignage sonore qu’emprisonne les sillons des disques, Cocteau est saisi d’une boulimie d’enregistrements qui, ne tarira plus jusqu’à sa mort.A la lumière de ce qui précède revenons un instant à la Machine Infernale.En 1936, Cocteau enregistre la fameuse scène du Sphinx avec lui-même  (on est jamais si bien servi que par soi-même)  dans le rôle du Sphinx et Jean-Pierre Aumont, créateur du rôle d’Oedipe.Ce document rare est au programme de ces CDs.Pour rendre à César ce qui revient à César, au théâtre, c’est la comédienne Lucienne Bogaert qui créa le rôle du Sphinx.Dont acte ! Marquant une pause, l’année 1935 voit une sorte de repos dans ce maelström de productions, mais le poète n’en abandonne pas pour autant son stylographe.Il fait paraître dans le Figaro une suite d’articles.Ce sont les Portraits Souvenirs, écrits d’une plume aussi cursive que les humoristiques croquis et caricatures qui s’échappent de la mine de son crayon.Les poètes ne dessinent pas, ils dénouent l’écriture et la renouent ensuite autrement.  (Dessins - Stock)Si, enfin, le phonographe a eu raison de ses défiances, le cinématographe, dès l’apparition de ses images animées, exerce sur le poète une mystérieuse fascination.

Peut-être la même fascination que le Narcisse, de la mythologie grecque, séduit par sa propre image reflétée par le miroir d’eau d’une fontaine, mourant d’une passion qu’il ne peut apaiser.Quoi qu’il en soit, le poète tourne en 1925 un premier (petit) film au titre qui se passe de commentaires: Jean Cocteau fait du cinéma. Hélas, film perdu !  Toute la production cinématographique de notre poète qui suivra ce balbutiement portera en filigrane : Jean Cocteau fait SON cinéma.Encore une fois, Cocteau a tout compris d’un coup. Maintenant je sais écrire en pellicule comme avec de l’encre et c’est autre chose, je te l’affirme, de plus grave et de plus étrange.  (Lettre à sa mère)L’immuabilité du témoignage, fixé à jamais sur la pellicule, la puissance de ce nouveau moyen d’expression, il va s’en servir pour transposer sa Poésie DE théâtre au cinématographe.Tout aussitôt, en 1930, il tourne Le Sang d’un Poète, film coup de poing, révélateur de sa Poésie DE Cinéma.Les poètes, pour vivre, doivent souvent mourir et dépenser, non seulement le sang rouge du cœur, mais le sang blanc de l’âme qu’ils répandent et qui permet de les suivre à la trace.  (Post face du Sang d’un Poète - Ed. Du Rocher)Ces trois lignes vont, trente ans plus tard, en 1959, trouver une résonance étrange quand il réalise et joue, dans le Testament d’Orphée, son propre personnage de poète transpercé par la lance de Minerve, déesse de l’intelligence, des arts et de l’industrie. (cinématographique ?).La nécessité pour le poète de traverser des morts successives et de renaître sous une forme plus proche de sa personne est la base du Testament d’Orphée.Ce n’est qu’une traduction, dans ma langue, de ce que j’imagine d’une initiation orphique.  (Notes sur le Testament d’Orphée - Ed Dynamo)

Écho direct tout autant qu’épilogue symbolique d’une ésotérique besogne. Si vous le permettez, remontons le temps...En 1938, il donne au théâtre Les Parents Terribles:Faire le portrait en Poésie DE Théâtre d’une pièce dite de «boulevard».(Le Cordon Ombilical - Plon)Énorme succès !  1946 - Au Théâtre Hébertot, L’Aigle à Deux Têtes, pièce en 3 actes inspirée par l’histoire de Louis II de Bavière et d’Élisabeth d’Autriche, créé par Jean Marais et Edwige Feuillère, obtient non pas, cette fois, un succès mais un véritable triomphe.Deux personnages qui faute de pouvoir créer des chefs-d’œuvre, en voulaient être.  (Préface de l’Aigle à Deux Têtes - Gallimard)Les Parents Terribles et L’Aigle à Deux Têtes, ces oeuvres (apparemment)si différentes de structure dramatique et de langage théâtral, Cocteau les portera à l’écran, s’emparant avec une maîtrise peu commune de la caméra et déjouant, comme par magie, tous ses pièges.De 1956 à 1960, Cocteau abandonne la plume et s’arme d’un pinceau.Il décore et peint «à fresque», successivement la salle des mariages de l’Hôtel de Ville de Menton et les chapelles de Villefranche-sur-Mer, de Milly-la-Forêt et de Notre Dame de France à Londres.Toujours en perpétuelle effervescence, l’incorrigible «touche à tout» s’adonne en «artisan amoureux» aux Arts Plastiques.Tapisseries, pastels, poteries, céramique, ne parviennent pas à étancher sa soifde création.

Évidemment, il arriva ce qui devait arriver !Le Poète, l’homme Protée croule, tout à coup, sous les honneurs.En 1955 il est reçu à l’Académie Française au fauteuil laissé vacant par la mort de Jérôme Tharaud, et tout aussitôt il devient membre de l’Académie Royale de langue française de Belgique où il succède à sa plus tendre amie la grande Madame Colette.En 1956, après avoir endossé, en France, «l’habit vert», Cocteau est promu «Docteur Honoris Causa» de l’Université d’Oxford et coiffe, en Angleterre, le noir bonnet carré à pompon.Cette raclée d’honneurs qui vient de me tomber sur les épaules, loin de m’enorgueillir me met en garde et doit correspondre à des fautes contre la solitude que j’ai commises et dont le sort m’avertit sous un aspect illusoire de  récompenses.  (Poésie Critique - Gallimard)Le «sort» l’avertit et le fait échapper, miraculeusement, à deux infarctus du myocarde.Convalescence interminable.A un ami qui le félicite de son rétablissement : « - Vous avez une santé de fer ! »Cocteau réplique: « Vous vous trompez, cher ami, j’ai une santé de fil de fer ».Le poète n’échappe pas à un troisième infarctus; il s’éteint dans sa maison de Milly-la-Forêt le 11 Octobre 1963.Il nous a quitté depuis un quart de ce siècle.Ce siècle dont il a marqué la poésie de son Encre Bleue, indélébile.

Des années trente, où la technique de l’enregistrement des sons se perfectionne, jusqu’au jour où il est allé rejoindre à l’Empyrée des artistes : Radiguet, Stravinsky, Diaghilew, son Groupe des Six, Madame Colette, Edith Piaf et tant d’autres, il n’a cessé de se servir de la scène, de la caméra et du disque, pour nous donner à rêver.Alors, laissons-nous envahir par les vibrations de sa voix et les inflexions si envoûtantes de sa diction.Les quatre CDs qui constituent cet album renferment une partie des précieux enregistrements que nous avons pieusement recueillis, en forme d’hommage.Ces CDs ne sont pas exhaustifs de tout ce qu’à confié la voix de Jean Cocteau au «gentil microphone» comme l’apostrophait affectueusement Maurice Chevalier.Ils tentent seulement de faire revivre le créateur, fasciné par la magie théâtrale, l’enchantement du cinéma, l’alchimie du verbe, le mystère des vibrations de cette voix étrange, à la diction si particulière, et nous souhaitons qu’ils restituent à l’auditeur une manière de panorama sonore de l’aède et peut-être même du «philosophe» (épicurien ?) et, quoi qu’il en soit, du POèTE. De tous les moments où j’ai eu le bonheur de l’avoir devant mon microphone, nous n’étions toujours que tous les deux, dans ce théâtre de l’Oeuvre, blottit au cœur de la cité Monthiers, décor des exploits de l’élève Dargelos, lieu mythique pour notre poète.Tous les deux, comme l’alchimiste et son aide. Il ne voulait personne.Personne d’autre.Dois-je préciser que le théâtre de l’œuvre est une ancienne salle de musique et que la voix du poète s’y trouvait  «comme chez elle».Encore une fois, en écoutant ces CDs, vous allez ressusciter le «poète immortel» tel que le définit Jean Giraudoux dans : «La guerre de Troie n’aura pas lieu».Si Diaghilev lui commanda : «Jean, étonne moi !»  Il ne savait pas, Diaghilev, qu’en écoutant, aujourd’hui, la voix  ressuscitée  de Cocteau, le poète, nous serions, non pas toujours, mais encore «Étonnés».
Mai 1997
Fred KIRILOFF
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS SA, 1997



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LE PASSE-MURAILLE - MARCEL AYME
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Le Passe-muraille Suivi de La Carte, Le Proverbe, La Légende Poldève

"Le passe-muraille de...

LE MYTHE DE SISYPHE - ALBERT CAMUS
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Texte intégral en 3 CD.
Les bouleversements de la première moitié du...

LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNÉ - VICTOR HUGO
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« Condamné à mort ! Voilà cinq semaines que j’habite avec cette...

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Monuments du cinéma populaire français, Bernard Blier et Louis de Funès usent de leur...

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L'ALTRUISME - MATTHIEU RICARD ET MICHEL TERESTCHENKO
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JEAN VILAR, HOMME DE THEATRE - WILLIAM SHAKESPEARE, LES SONGES
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JEAN GIONO - ENTRETIENS AVEC TAOS AMROUCHE
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Dès les premiers mots, Jean Giono nous transporte à Manosque, sa ville natale, pour vivre les...

HISTOIRE DES PHARAONS, IDÉOLOGIE DE L’ÉTAT EN ÉGYPTE ANCIENNE (COLLECTION PUF FREMEAUX)
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HISTOIRE DE ROME (COLLECTION PUF FREMEAUX)
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COSMOS (PHILOSOPHIE DU) - MICHEL ONFRAY
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Dans cet ouvrage sonore, Michel Onfray développe pour la première fois sa philosophie...

CONTRE-HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE VOL. 7 - MICHEL ONFRAY
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Les ultras des lumières - De Meslier à Maupertuis en...

CONTRE-HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE VOL. 24 - MICHEL ONFRAY
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Hans Jonas et Günther Anders, élèves de Heidegger, respectivement ami et époux de...

CONTRE-HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE VOL. 15 - MICHEL ONFRAY
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La Contre-Histoire de la philosophie, qui présente toute l’histoire de la pensée...

COLLINE - JEAN GIONO
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Texte intégral en 3 CD lu par Jean Chevrier.

La Provence dissimule ses mystères...

COLLECTION CONTRE HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE (26 coffrets)
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Avec César prend fin l’incroyable trilogie de Marcel Pagnol, dont...

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Femme de lettre devenue icône sulfureuse et libertaire, Françoise Sagan passionne. Je ne renie...

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« Bouvard et Pécuchet m’envahissent à tel point que je suis devenu eux...

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Coffret 3 CD présentant le texte intégral lu par Jacqueline Pagnol. 

APPRENDRE A VIVRE - LUC FERRY
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<< Je me propose de vous raconter ici l’histoire de la philosophie, pas toute bien sûr,...

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