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bernard dimey et ses premiers interprètes

Poésie et Chansons 1959-1961
Aznavour - Montand - Gréco - Les Frères Jacques - Mouloudji…





A la mémoire de Geneviève et Michel Couvreux, mes parents et d’André Grandvuillemin, mon beau-père.

Bernard Dimey un poète égaré dans la chanson
Les relations de Bernard Dimey avec la chanson sont complexes voire paradoxales. Il a souvent dit qu’elle l’avait empêché de devenir l’écrivain qu’il avait souhaité être dans sa jeunesse. S’il a le sentiment d’être passé à côté de son destin, c’est pourtant avec des chansons qu’il va connaî-tre rapidement le succès.

La vie d’artiste
Dimey vivant assez vite de sa plume (la liste de ses -interprètes, souvent prestigieux, est impressionnante : Sablon, Montand, Aznavour, Mouloudji, Gréco…), sa vie s’oriente vers un métier qu’il n’avait pas prévu. « Moi j’étais fait pour écrire et j’ai poussé la mauvaise porte, celle de la facilité » (1). Cette reconnaissance de parolier à succès (cf. Syracuse, Mon truc en plume, sortis en 1962) n’a jamais vraiment exalté celui qui, adolescent s’était juré d’être un jour le plus grand des écrivains.

Considérant la chanson comme une « bricole » (2), il essaiera d’ailleurs d’imposer son talent dans des registres plus ambitieux. En 1963, il signe les dialogues du Magot de Josépha, film de Claude Autant-Lara ainsi que la chanson du film, Un air de jeunesse (musique d’Henri Salvador), interprétée par Bourvil. La même année il écrit le livret (dont une douzaine de chansons) de Un métier en or, comédie musi-cale avec Philippe Noiret, Georges Ulmer et Jacques Jouanneau (qui est aussi le metteur en scène), sur une musique composée par Jean-Michel Defaye qui dirige un orchestre de 20 musiciens. Mais voilà qu’au moment où la pièce est mise à l’affiche, la directrice de l’Alhambra veut la co-signer. Dimey refuse et la comédie musicale est retirée au bout de quelques jours. En 1965, il publie chez Calmann-Lévy Aussi français que vous, recueil de nouvelles humoristiques qui ne semble pas avoir eu un gros retentissement (3). Dimey qui, avant de monter à Paris, a tâté de la peinture à Troyes sous le pseudonyme de Zelter, fréquente les peintres de Montmartre et signe aussi un grand nombre de préfaces de catalogues pour le compte de la galerie André Roussard. En 1973 Jordi Bonas, peintre expressionniste catalan, arrivé à Paris en 1959, y expose ses derniers tableaux qui ont pour thème les 7 péchés capitaux ; pour les accompagner, Dimey écrit 8 poèmes (il a ajouté un 8ème péché : la guerre !) en une semaine, sur le comptoir du Petit bar ; des tableaux et poèmes qui feront l’objet d’une publication somptueuse.

A partir de 1962-1963, le déferlement du yéyé met hors jeu les auteurs de chansons à textes. Dimey, beaucoup moins sollicité, délaisse peu à peu la chanson. En 1967, Lily Landry qu’il a épousée six ans plus tôt le quitte ; un malheur n’arrivant jamais seul, le fisc lui tombe sur le dos et bloque ses droits d’auteur pour récupérer des arriérés d’impôts. Dimey déprime et carbure au maxiton (amphétamines). Pour subsister, il se produit dans les cabarets : le Tire-bouchon, le Port du salut, le Gavroche dont le proprio n’est autre que Jo Attia, le bras droit de Pierrot le fou, le Don Camillo et quelques autres. N’étant pas chanteur, Dimey récite ses textes avec verve, présence et un indéniable talent de comédien. A Troyes déjà, dans les années 1950, il donnait des récitals de poésie ; Corbière, Apollinaire, Michaux, Eluard, Desnos, Cadou ou Fargue avaient alors ses préférences. Il réitère cette expérience en arrivant sur la Butte : « Dès les débuts du Pichet, Dimey faisait sa petite tournée presque tous les soirs, récitant ses textes dans les cabarets »(4). Mais même si le mot le gêne (il n’aime pas sa connotation élitiste), Bernard Dimey est bien un poète de pure race ; mais un poète hors normes tout comme le personnage : une tête de lion avec deux étincelles malicieuses au fond du regard, les cheveux et la barbe en broussaille, le geste ample, ce Falstaff exubérant qui s’est trompé de siècle en impose. C’est sans aucun doute « …le dernier grand poète de la butte, à une époque où cette dernière, envahie par les cars de touristes, les barbouilleurs de niaiseries et les vendeurs de fanfreluches, était déjà passablement désertée par l’authentique bohême qui avait fait sa réputation » (5).

Emu par sa détresse et intéressé par ce qu’il écrit, Michel Célie lui propose de faire un disque chez Déesse, maison de disques située rue Lepic à Montmartre. « Ivrogne et pourquoi pas ? » qui parait en 1969, va permettre à Dimey d’évoluer plus facilement dans les cabarets, mais comme les poètes n’ont pas droit de cité sur les ondes, le disque ne se vendra guère. Le papier ne voulant résolument pas du poète, son œuvre ne sera donc pas dans les livres, mais pour l’essentiel dans les sept albums enregistrés chez Déesse. On ne remerciera jamais assez Michel Célie d’avoir mis en boite ces trésors qui doivent d’abord être entendus avant d’être lus, les illustrations musicales étant signées Jean Wiener, Gérard Poulet, Maurice Blanchot, Jean Musy ou Marcel Azzola. S’il met le public dans sa poche avec quelques textes « rigolos » comme il dit, Dimey trompe son monde, car ce pessimiste gai trimballe depuis l’adolescence un profond mal de vivre, voire une désespérance. « Dimey sur scène, Dimey disant ses trucs, c’était Dimey dans la vie ; c’était un bloc ; le Dimey à 7 heures du matin prenant son café, c’était le même que celui qu’on voyait sur scène, c’était le même qui écrivait les chansons qu’on connaissait. Il n’y avait aucune tricherie, rien ; c’était un homme merveilleux ; c’était presqu’un petit bon Dieu sur terre Dimey, ou un Bouddha. » (6).

Un poète de pure race
Avec des mots de tous les jours et un sens extraordinaire de l’image, il récite des textes d’une bouleversante humanité qui touchent au plus profond le cœur populaire. L’univers du poète est très chargé émotionnellement : la nuit, celle de toutes les détresses et de toutes les rencontres, le paradis perdu de l’enfance, l’obsession de l’âge et du temps qui passe, la mort omniprésente... S’il n’a jamais cessé d’être cet enfant au cœur pur, sa recherche d’absolu est teintée de doute, d’angoisse mais aussi de mystère voire d’un certain sens du sacré.

Beaucoup de ses textes, comme les poèmes en prose visionnaires du « Testament », épouvantables de clairvoyance sur le monde et sur l’homme, ou « le Bestiaire de Paris » datent de ses débuts au Pichet du tertre. Le prophète, qui n’a alors que 30 ans n’a déjà plus beaucoup d’illusions. « Le Bestiaire c’était notre récréation au Pichet, on se mettait au fond dans une petite salle réservée pour nous ; et là tous les soirs Bernard Dimey déclamait ses quatrains sur Paris ; je jouais derrière, improvisant la plupart du temps ; le Bestiaire est né comme ça au fur et à mesure » (7). Dans ce long poème de 220 alexandrins, Dimey chante Paris merveilleusement, avec une vigueur et une couleur poétique qu’on ne connaissait plus depuis Carco ou Mac Orlan. « À l’origine, le Bestiaire devait être un livre orné de gravures d’un peintre aux dons éblouissants, Jean-Claude Dragomir. Hélas, il n’a pas su m’attendre ; il est allé s’éclater la tête sur une route de banlieue. J’ai su que notre livre ne se ferait jamais ; alors le soir à Montmartre entre deux verres, j’en disais de longs extraits à mes amis du Pichet du tertre ou d’ailleurs… Francis Lai prenait un accordéon et m’accompagnait « à la feuille » laissant glisser sa mélodie sous les mots avec le génie subtil qu’il détient sans le savoir » (8). Une première version du Bestiaire, enregistrée en 1962 par Phonogram avec Juliette Gréco et Pierre Brasseur comme récitants et Francis Lai à l’accordéon, n’est finalement pas sortie, la maison de disques estimant sans doute que ce n’était pas un truc de gros rapport (9).

Contrairement aux apparences, Dimey est un être très secret ; il a beaucoup de copains mais peu d’amis. S’il a des hantises, il a aussi de grands moments de joyeuseté. Brûlant la vie par les deux bouts, il vit au jour le jour, sans plan de carrière, indifférent aux choses matérielles et à l’argent, immédiatement dépensé sitôt rentré ; il n’a ni maison ni voiture et peut être heureux avec trois fois rien. Si Dimey fut chanté par les plus grands, il n’a jamais fonctionné dans la jungle du show-business.

Pour échapper à la médiocrité, Dimey noie ses dernières années dans l’alcool, pouvant être d’une méchanceté terrible avec ceux qu’il appelait « les guignols ». Il ne quitte guère Montmartre, son QG qu’il arpente en tous sens, dort peu, passant chaque soir dans deux ou trois cabarets pour gagner pas grand-chose, fume trois paquets de cigarettes par jour, et promène sa lourde silhouette dans les bars de nuit, désormais engagé dans une spirale autodestructrice dont l’issue approche à grands pas. Dimey paie la facture le premier juillet 1981, quelques jours avant son cinquantième anniversaire.

Rétrospective galopante : de Nogent à Montmartre
Né en 1931 à Nogent (Haute-Marne) dans un milieu modeste (son père est ouvrier ciselier et sa mère coiffeuse à domicile) le jeune Bernard Dimey fait preuve d’un talent précoce : il dessine, joue du violon, écrit des poèmes (à 15 ans il est publié dans les Cahiers Haut-marnais) et même un premier roman, Le Marchand de soupe, alors qu’il est interne au collège de Joinville. Impressionné, René Fallet, avec lequel il correspond, accepte même d’en écrire la préface ; hélas, le manuscrit ne sera pas édité (10).

Dimey poursuit quelques études qui le mènent du lycée de Chaumont à l’École normale de Troyes en passant par celle de Nancy, ses parents rêvant pour lui d’une carrière d’instituteur ; mais très vite il se met à rêver à son propre compte, envoie tout promener et se jette à corps perdu dans la littérature et la poésie. Il fait ses gammes, travaille comme un forcené, lisant et écrivant sans cesse (romans, nouvelles, pièces de théâtre), cherchant en tous sens sa vérité. A Troyes, il vivote ; il est surveillant, pigiste dans les journaux locaux. Il dessine, vend des portraits, organise des expos de peinture sous le pseudonyme de Zelter, fait le nègre pour Armand Lanoux (il lui écrit notamment des pièces radiophoniques). Avec Jean-Jacques Kihm, professeur de philosophie, il crée Mithra, une revue littéraire et artistique dont deux numéros seulement paraitront au début des années 50. Dimey est alors avec Kihm et Jacques Siclier (qui anime un ciné-club), l’un des animateurs de la vie culturelle troyenne.

Jusqu’à l’expiration de son sursis (pour études) en juillet 1956, date à laquelle il est incorporé à la caserne Mortier à Paris, Dimey envoie sans relâche, et sans succès, ses manuscrits aux éditeurs qui lui demandent de discipliner sa verve. Même si ses romans dénotent un sens indéniable du récit, Dimey comprend qu’il ne sera jamais Victor Hugo et en conçoit amertume et découragement. Seules deux plaquettes de poésie éditées à compte d’auteur chez Seghers paraitront en 1954 (Requiem à boire) et en 1956 (Les Kermesses d’antan).

Choc déterminant en cette période de désespoir quasi-total, la découverte des premières chansons de Léo Ferré « qui tranchaient terriblement sur tout ce qui se faisait » (11). Pour couper court aux comités de lecture, Dimey se met à écrire des chansons ; « le problème du roman, c’est qu’on ne rencontre jamais personne. Le manuscrit lu par des inconnus, part et revient sous enveloppe. La chanson, au contraire, on peut la montrer sans intermédiaire, c’est même nécessaire. Ensuite, elle plait ou elle ne plait pas » (12).

Dans une lettre à Lucien Habert (13) datée du 1er mai 1954, Dimey écrit « j’ai mis en musique (oui Monsieur vous avez bien lu ! De nos jours je compause ! De la miousic et je joue de la guitare ! Une guitare que j’ai faite mienne en lui peignant derechef sitôt après l’achat un faux-Chagall sur le ventre) des poèmes du Requiem à boire et je chante ».

Dimey écrit à Léo Ferré, qui n’est pas encore célèbre (il le sera en 1961), lui envoie quelques poèmes, notamment ceux du Requiem à boire ; c’est Madeleine Ferré qui lui répond « (…) nous avons tous les deux lu et relu vos poèmes, particulièrement ceux qui nous plaisent le plus, « Les drôles de bêtes », « Les noyés » et surtout ce poignant « Par hasard » que vous ne devez pas renier (…) de passage à Paris, faites vous connaître que nous vidions quelques vers et quelques sacs, au milieu de nos chiens et de notre hibou, et au nom de cette sacrée Poésie qui a tant l’air de vous dévorer comme elle dévore mon mari qui vous envoie ses meilleures pensées ». Ferré ajoute de sa main « à bientôt j’espère et merci de votre rare sensibilité »(14). C’est vraisemblablement durant ce séjour parisien forcé (28 mois sous les drapeaux) que Dimey vient rendre visite à Ferré. Le courant passe ; il dessine un superbe hibou pour la couverture de « La nuit », texte écrit par Léo pour un ballet de Roland Petit et qu’il éditera en feuilleton lyrique fin 1956, après l’échec cuisant du spectacle retiré de l’affiche après 3 ou 4 représentations (15). Dimey et Léo écriront ensemble une seule chanson, « Les petits hôtels », que Zizi Jeanmaire enregistrera en 1961. En 1963 Léo part s’installer dans le Lot, les deux poètes se retrouveront quelquefois à Paris, le 10 novembre 1967 par exemple, où Léo Ferré chante pour le gala annuel du monde libertaire (Dimey passe en première partie), ou encore en octobre 69, où Dimey figure pendant trois semaines en première partie du spectacle de Léo au Don Camillo, cabaret de la rue des Saint-Pères à Saint-Germain-des-Prés.

Paris mon camarade
En 1958, Bernard Dimey installe son QG au « Pichet du tertre », en haut de la butte Montmartre, un en-droit qui ne paie pas de mine tenu par Oberto Attilio. « Attilio a été l’un des derniers grands mécènes de la Butte ; amateur de peintures très averti, il recevait tout le monde, défendait les jeunes peintres ; il y avait des tableaux partout, Gen Paul y exposait…»(16).

Le Pichet est un lieu de rendez-vous incontournable, accueillant comédiens, chanteurs, compositeurs, peintres et musiciens dont beaucoup deviendront de grosses pointures : Michel Magne, Francis Lai, Michel Colombier, Mouloudji, Pierre Barouh, Claude Nougaro, Jean Yanne, Hugues Aufray, Monique Morelli, Cora Vaucaire, Guy Béart, Catherine Sauvage, Charles Aznavour, Michel Simon, Poiret et Serrault, Nicole Croisille, René-Louis Laforgue…

« Y avait le flamand, café noir, guitare (a)
Les dents en avant et le verbe haut
Y avait René-Louis qui serait plus tard (b)
Pour Julie sa rousse le dernier macho
Y avait l’champenois le verre à la main (c)
Cigarette au bec, Rimbaud des bistrots
Puis y avait Pascal qui serait demain
Jean-Claude et pas Blaise…faut pas d’mander trop !
Et tout ça s’retrouvait
Place du Tertre au Pichet
Pour dévorer la nuit
Pour s’inventer la vie » (17)
a/ Jacques Brel
b/ René-louis Laforgue
c/ Bernard Dimey

Dimey disait parfois qu’il était né place du tertre à 25 ans, tout ce qui précédait n’étant qu’une sorte de travail préparatoire lui permettant d’écrire avec plus de facilité. « Quand on écrit 15000 pages de brouillons, on finit par savoir écrire ! » (18). Dimey écrivait aussi extrêmement vite, quasiment sans ratures : « quand il se mettait à écrire, il le faisait en quelques minutes. Il avait un cerveau d’une clarté absolument remarquable. Il voyait tout de suite la rime qu’il fallait employer pour amener le mot important qu’il voulait dire » (19).

Ou finit le poème où commence la chanson ?
« Je connais des gens qui font des chansons. Lorsque je les côtoie, j’ai l’impression que nous ne faisons pas le même métier. Je connais des gens qui fabriquent des chansons. Ils ne me considèrent pas comme un des leurs… et ça me fait très plaisir. La méthode que je préfère de loin est qu’on mette mes textes en musique. Ça ne donne rien ou ça donne une chanson » (20).

La version récitée de certains textes de Dimey est d’ailleurs souvent plus puissante que la version chantée. Il suffit par exemple de comparer les versions de l’auguste ou de l’ivrogne, chantées respectivement par Jean-Claude Pascal et Félix Marten, avec celles récitées par Dimey sur ses deux premiers 33-tours…

« Ivrogne c’est un mot qui nous vient de province
Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Châteauroux
Mais au cœur de Paris je connais quelques princes
Qui sont selon les heures archange ou loup garou (21) »

Pour Dimey, chanson et poésie doivent entretenir les rapports les plus étroits, « attendu que la poésie et la chanson sortent du même nuage si j’ose dire, et qu’une chanson, sans poésie, c’est à peu près comme une messe sans curé (…) On met n’importe quels mots sur d’assez bonnes musiques et l’on fait avec ces monstruosités des « best sellers », c’est à dire des petites niaiseries assez mélodiques qui se vendent bien. Tout le drame vient de là, on oblige le public à ingurgiter des banalités écœurantes, vulgaires mal fichues… » (22). Eric Robrecht, auteur compositeur interprète qui fut longtemps le pianiste de Jean-Roger Caussimon, et qui a mis en musique quelques textes de Dimey, confirme : « …Bernard appréciait beaucoup que je respecte les rimes féminines, les masculines et que je ne bouscule pas les poèmes qu’il me donnait. Bernard écrivait vraiment des poèmes, populaires la plupart du temps, mais c’était des poèmes. Il ne faut quand même pas oublier que Villon était aussi un poète populaire. » (23).

Poésie et chansons, « deux facettes d’une même inspiration, d’un même humanisme, d’une même verve et d’une même tendresse, qui ne sont en fait que les fruits d’un même regard posé sur le monde » (24). Dimey est avant tout un immense poète, peut-être l’un des plus importants de la seconde moitié du XXe siècle.

Les premières chansons d’un poète 1959-1961
Dans les années 1950, le grand public accède à la chanson par le disque et la radio ; « La chanson française offre (alors) deux visages, celui du pur divertissement, hérité de la tradition du music hall, de l’opérette et des comiques troupiers, qui se prolonge dans les années 1960 et 1970 par ce qu’on appellera la « variété », et celui de la chanson dite sérieuse ou à texte, parfois aussi qualifiée de « rive gauche » parce qu’elle a souvent muri dans les cabarets de ce quartier de Paris » (25). Mais la frontière entre la chanson populaire dite « commerciale », aux airs faciles avec des thèmes en vogue et la chanson rive-gauche, celle qu’un public jeune à dominante étudiante vient écouter dans les cabarets parisiens n’est pas si nette et tranchée.

C’est en tous cas l’heure du retour aux sources littéraires pour les grands auteurs compositeurs interprètes comme Aznavour, Brel, Brassens, Barbara, Ferré, Ferrat et quelques autres. Pas mal de chanteurs et de chanteuses sont en quête de chansons nouvelles, de grandes chansons d’auteur. Dimey est le client idéal, limpidité, concision et rigueur d’écriture étant les qualités essentielles de cet auteur nourri de culture classique, qui a le sens de la formule et qui écrit avec une facilité déconcertante, la plupart du temps en alexandrins ou en octosyllabes, des choses très différentes les unes des autres, mais toujours profondément humaines.

Le Pichet du tertre à Montmartre
Une chanson c’est une combinaison dont chaque élément (paroles, musique, voix et orchestration) ne prend son sens que dans et par sa relation avec les autres. Quand elle est réussie, la musique donne aux paroles une dimension qu’elles n’ont pas sans elle. Une bonne chanson c’est d’abord un miracle entre un texte et une musique qui sont faits l’un pour l’autre. Dimey a la chance de tomber sur Francis Lai, jeune accordéoniste qui, tout juste débarqué de Nice, loge dans un minuscule studio au-dessus du Pichet. « Notre premier contact a été immédiat ; ça a collé tout de suite ; le personnage, hors normes, déjà me fascinait ; il faisait partie de ces personnages qui auraient manqué sur la Butte s’ils n’avaient pas existé. Très cultivé, il avait également beaucoup d’humour et une grande sensibilité. Bernard avait une faculté d’écrire à une vitesse incroyable. Au Pichet on a passé des nuits invraisemblables pendant lesquelles le challenge était d’écrire le plus de chansons possibles (…) notre première chanson enregistrée fut « Le guilledou », chantée par Claude Goaty » (26). La collaboration Lai-Dimey va durer quelques années. Sur les dizaines de chansons signées par le tandem, une quinzaine ont été sélectionnées ici, dont quelques pures réussites comme « Mais si je n’ai rien », « La taverne d’Attilio », « Et tournent les années » ou « Nos chères maisons » (27).

« L’emmerdant avec la chanson, c’est qu’elle passe ; on l’entend trois mois et puis pfuut…Il faut faire des chansons qui durent 10 ans » (28). En 1976 il déclarait avoir 1000 chansons déposées à la SACEM dont 200 enregistrées ; « certaines n’ont pas quitté mes tiroirs ; de très bonnes n’ont pas marché, de moins bonnes ont connu un certain succès » (29). « Syracuse », la plus célèbre, écrite en une demi-heure chez Henri Salvador, est entrée en moins d’une génération dans le patrimoine de la chanson française. Mais Dimey est un inconnu célèbre car ce sont les interprètes qui sont en haut de l’affiche, pas les auteurs compositeurs.

Si les premières chansons enregistrées datent de 1959, c’est à partir de l’année suivante que tout s’accélère ; Mouloudji enregistre en cette seule année 1960, « Il faut avoir connu », « Les feux de l’été », « Mon ami Jules » (musiques de Marian Kouzan) et « A dix sept ans » (musique de Francis Lai), quatre textes signés Dimey publiés en février sur un super 45-tours Philips ; en juin paraissent deux 45-tours avec deux autres chansons du tandem Dimey-Lai, « Et que tournent les années » et « Si tu cherches ta jeunesse ». Ce thème obsessionnel du temps qui passe et défait tout, qui reviendra comme un leitmotiv dans son œuvre, est présent dès ces premières chansons :
« Où est passée la beauté du diable
Que tu promenais aux feux de l’été
A quoi bon chercher tes pas sur le sable
Nos jours ne sont plus ce qu’ils ont été » (30)

Ou bien encore :
« Si tu cherches ta jeunesse
Ne reviens pas sur tes pas
On y tombe et l’on s’y blesse
Et l’on ne s’en guérit pas »
La perte de la jeunesse c’est aussi la fin de l’âge de l’innocence et d’une certaine naïveté. Dans « Les petits cartons », Juliette Gréco chante :
« Les amoureux sont passés
Et la jeunesse avec eux
Les manèges sont cassés
Où nous tournions tous les deux »

La chanson, qui est elle-même éphémère capte peut-être mieux encore que d’autres formes d’art cependant plus accomplies, la fugacité des choses, les amours enfuies, la jeunesse perdue, comme en témoigne le très réussi « Et que tournent les années », où la mélodie de Francis Lai épouse parfaitement le texte de Dimey. Mouloudji l’enregistre en 1961 et Philippe Clay en 1963 :
« Il ne restera rien de ta belle jeunesse
Tu peux faire une croix d’ssus sans attendre à demain
C’est de là que viendra cette affreuse tristesse
Que tu promèneras plus tard entre tes mains
Tu t’en iras tout seul gâteux jusqu’à la moelle
Regrettant tout et rien à tort et à travers
Ayant même oublié le doux prénom de celle
Qui mettait autrefois ton vieux cœur à l’envers

Refrain :
Et que tournent les années qu’elles tournent sans nous
On n’en à rien à faire
Et que tournent les années qu’elles tournent sans nous
Puis que l’on n’y peut rien »

Incontestablement, Dimey a ici des accents à la Verlaine :
« Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà
De ta jeunesse ? »

En 1961, Micheline Ramette et Zizi Jeanmaire enregistrent chacune un excellent 45-tours entièrement consacré à Dimey. Les années 1960, 1961 et 1962 seront les plus prolifiques, celles où une foultitude de vedettes le sollicitera. Pas mal de compositeurs et d’interprètes s’empareront de ses textes, pour certains écrits bien avant ce début des années 1960.

Bernard Dimey, un auteur à la personnalité unique
Perpétuant la chanson d’inspiration populaire, la palette du poète est variée. Il passe de la fantaisie plus ou moins sarcastique (« Madame la marquise a dit », interprétée par les Frères Jacques, « Les imbéciles » chanté par Jean-Claude Pascal puis Juliette Gréco, « La cervelle » interprétée par Zizi Jeanmaire et Jean Ferrat) à la chanson d’amour (le remarquable « Ne me dis plus un mot » chanté par Caterine Caps d’une voix acidulée, « Pour un mot », jolie chanson portée par Jacqueline Danno ou « Mais si je n’ai rien », très belle chanson sentimentale du tandem Dimey-Lai, remarquablement interprétée par Montand), de la chanson réaliste à l’ancienne (« Laisse tomber », interprétée par Rosalie Dubois avec une voix à la Piaf), à la plus émouvante des nostalgies (« La taverne d’Attilio », « Les petits cartons » ici dans l’interprétation de Micheline Ramette, moins connue que celle de Gréco mais tout aussi réussie ) ou à la pochade haute en couleurs (« Ne me dis pas », « Les p’tits hôtels » ou « Nos chères maisons »). Ces chansons ayant pour thème les putes, les bordels ou les folles ont tout d’abord été écrites pendant que Dimey était sous les drapeaux, pour faire rire les copains de la caserne ou ceux de Montmartre ; des chansons qui seront pour la plupart interdites ou à diffuser après 22 heures, mais qui brouilleront quelque peu son image de véritable poète.

En 1960, sur son premier disque Barclay, Aznavour met en musique deux textes de Dimey « Monsieur est mort » et « L’amour et la guerre », chanson écrite pour Tu ne tueras point, film de Claude Autant- Lara sur l’objection de conscience qui, après sa projection au festival de Venise en 1961, sera interdit pendant deux ans ; le film ne sortira sur les écrans français qu’en juin 1963, un an après la fin de la guerre d’Algérie, et la chanson sera interdite sur les ondes nationales. Une version complète en 3 parties sera publiée sur un 45-tours peu diffusé en France (31). Il est alors d’usage que les interprètes reprennent systématiquement les « tubes » du moment, le nombre des versions étant en général proportionnel à la notoriété de la chanson. En 1961, Jacqueline Danno enregistre une autre version de l’amour et la guerre, tout aussi réussie mais hélas beaucoup moins connue, son interprétation mi chantée-mi récitée en accentue la dramaturgie.

Si en général Dimey ne délivre pas de message, ses chansons se distinguent toutefois de la banale chanson de divertissement, en ceci qu’elles possèdent une valeur littéraire ; mais ce n’est ni de la chanson à textes ni de la chanson intellectuelle. C’est plutôt de la chanson existentielle. « Dimey reste un auteur à part entière, avec une personnalité unique et novatrice ; il avait un côté rebelle et un côté tendre à la fois. Il a modernisé, actualisé tout un héritage poétique » (32).

S’il a incontestablement un côté amuseur pouvant aller jusqu’au cynisme, (même si tout cela est à prendre au 2ème degré comme « Monsieur est mort » ou « Mon ami Jules », qui donnent quelque peu le blues, « La fauche » ou « Les vieillards » que n’aurait pas reniés Boris Vian) c’est dans la chanson d’amour qu’il excelle ; mais avec lui l’amour tient rarement ses promesses. Si « l’amour et lui seul peut tuer l’ennui », ces instants où le temps est comme suspendu sont bien fugaces. Pour ce pessimiste qui est sans doute aussi un sentimental déçu, le miracle de l’amour ne dure pas : il n’échappe pas à ce qui s’efface et se meurt, et le bonheur est toujours éphémère. La vision de Dimey rejoint celle du personnage interprété par Robert le Vigan au début de Quai des brumes, le film de Marcel Carné : quand il voit un nageur c’est déjà un noyé !

« Pour un mot de plus pour un mot de moins
L’amour peut venir ou bien disparaitre
S’enfuir loin de nous quelquefois si loin
Qu’on ne le voit plus jamais reparaitre. »
Chante Jacqueline Danno dans « Pour un mot », avec des accents à la Barbara. Ce thème des amours envolées revient comme un leitmotiv, dans « Les amoureux du pont de Sèvres », par exemple, autre chanson magnifiquement portée par Jacqueline Danno (une autre version fut enregistrée par Michèle Arnaud la même année) :
« L’eau de la Seine coulera
Sous les arches de tous les ponts
Et jusqu’à la mer portera
Nos souvenirs trainant au fonds. »

Ou encore dans « Laisse tomber » chantée par Rosalie Dubois :
« Laisse tomber laisse tomber
C’est de l’histoire ancienne
Quand l’amour est passé
Faut pas qu’on s’en souvienne. »

Si ce thème de l’amour perdu n’est pas nouveau bien sûr, tout est dans le traitement et la manière. Pour reprendre une formule judicieuse, « au cimetière des amours mortes poussent de bien jolies fleurs ». Dimey a l’art de traduire ses émotions pour les faire partager. S’il pense en vers dans le respect des règles de la versification, il sait nous le faire oublier par sa grande facilité d’écriture ; ses vers coulent naturel-lement, ça chante presque tout seul. Dimey a l’art de raconter une histoire en 2’30 avec des mots qui vous parlent. C’est de la « simplicité savante », pour reprendre la formule de Brassens à propos de la poésie de Paul Fort.
« Si tu m’as fait pleurer c’est qu’il fallait le faire
Les cœurs ne sont vivants que s’ils sont arrachés
Je ferai jusqu’au bout des folies pour te plaire
Et je sais que Jésus pardonne à nos péchés
Si tu me fais souffrir c’est encore de la chance
Je ne peux t’en vouloir ni te le reprocher
Grâce à toi j’ai compris ce qu’est une existence
Et je sais que Jésus pardonne à nos péchés. »

Certaines chansons qui n’ont pas connu le succès à l’époque ou d’autres qui l’ont connu mais sont aujourd’hui oubliées, tout comme un certain nom-bre de leurs interprètes (Claude Goaty, Micheline Ramette, Jacqueline Danno ou Caterine Caps), méri-tent d’être redécouvertes, notamment par la nouvelle génération.

Contrairement à ce qu’on peut croire, la chanson est un art particulier extrêmement difficile. Et puis, c’est important une chanson ; ça se promène dans la rue, ça va dans les oreilles de tout le monde, ça accompagne votre vie. Si cet art qu’on dit mineur ne correspondait pas à ses ambitions premières, Dimey fut tout de même l’un des grands auteurs de chansons du XXème siècle (« Syracuse », « Mémère », « Mon truc en plumes ») avec une écriture, une patte ; du Dimey, ça se reconnait !

Moi qu’écris des chansons pour occuper mes heures
J’aimerais en faire une qu’on n’oublierait jamais
Afin que parmi vous un peu de moi demeure
Comme une fleur vivace aux marches du palais (33).


Les interprètes
Félix Marten
Né en Allemagne, Félix Marten (1919-1992) débute à la libération une carrière d’interprète fantaisiste à Paris, en province ainsi qu’à l’étranger. Doté d’un physique de jeune premier et d’une jolie voix grave, il est repéré par Piaf et enregistre ses premiers disques en 1955 ; s’affirmant lentement mais surement, il finit par devenir une grande vedette. Ce chanteur de charme fait parallèlement une entrée remarquée au cinéma et à la télévision.

Claude Goaty
Chanteuse réaliste à la voix douce et charmeuse, surtout connue pour sa version de « Marjolaine » et de « Petite Fleur », Claude Goaty a mené une trop courte carrière, à la fois sur les grandes scènes parisiennes (1ère partie de Gilbert Bécaud à l’Olympia) et dans les cabarets mais aussi en province et à l’étranger (tournées avec le quartette de Marino Marini). Elle a enregistré plus d’une centaine de chansons entre 1956 et 1963.

Paul Hébert
Ancien comédien formé chez Dullin, ce fantaisiste s’accompagne à la guitare dans les petites boites de Saint Germain des prés (Chez Moineau, Au port du salut, à la Colombe). En 1958 sort son premier 45 tours, des bouts-rimés de Jacques Faizant qu’il a mis en musique. Pas étonnant que cet humoriste acide ait choisi de faire figurer sur son disque suivant les vieillards, texte d’une certaine sauvagerie, qui est bien sûr à prendre au 2ème degré et que Dimey récitera lui-même sur son 3ème 33-tours (« Je finirai ma vie à l’armée du salut »), paru chez Déesse en 1974.

Caterine Caps
Après des débuts comme comédienne et meneuse de revue, Caterine Caps enregistre son premier 45-tours en 1958. « Some like it hot », son troisième disque, est une commande de la maison de disque ; il s’agit de quatre adaptations françaises de la musique du film de Billy Wilder sorti en 1959, le directeur artistique s’étant mis en tête de lancer la jeune chanteuse comme si elle était la voix française du film, alors que ce n’est pas elle qui double Marilyn, ni dans les dialogues ni dans les chansons. La pochette représente d’ailleurs Caterine Caps avec son ukulélé, une photo évoquant directement Marilyn dans ce film. C’est de ce 45 tours qu’est extrait le remarquable « Ne me dis plus un mot », joli texte de Dimey avec un accompagnement jazzy très moderne de l’orchestre de Martial Solal.

Mouloudji
On connait l’itinéraire incroyable de Marcel Mouloudji (1922-1994). Artiste aux multiples talents (acteur, écrivain, peintre), il décroche un tube en 1952 avec « Comme un p’tit coquelicot » ; il chante aussi écrivains et poètes : Sartre, Vian (il crée le déserteur en 1954), Prévert et Dimey, dont il n’enregistre pas moins de sept chansons en cette seule année 1960. Moulou, qui par bien des côtés ressemble à Dimey, sera jusqu’au bout un de ses rares vrais potes.

Charles Aznavour
Artiste variété du siècle, le dernier monstre sacré de la chanson française fut remarqué par Piaf en 1946. Son envol sera assez long ; entre 1950 et 1956 il écrit plusieurs chansons que Bécaud met en musique et interprète ; ce n’est qu’à partir de 1960, avec « Je m’voyais déjà » qu’il triomphe ; il a alors 36 ans. Dimey confiera ses derniers textes à celui qui fut l’un des premiers à l’avoir chanté. Après les avoir mis en musique, ils feront l’objet de « Charles chante Aznavour et Dimey », magnifique 33 tours paru deux ans après la mort du poète.

Jacqueline Danno
Comédienne, élève du petit conservatoire de Mireille, cette remarquable interprète enregistrera Dimey à plusieurs reprises, notamment le très réussi « Les amants du pont de Sèvres » du tandem Lai-Dimey ou cette version peu connue de « L’amour et la guerre », mais aussi « La mort d’un homme » ou la Passion du Christ version Dimey (sur une musique de Michel Magne), 33 tours enregistré en une semaine dans une chapelle en Bretagne et édité par Barclay en 1961.

Yves Montand
Si Yves Montand, de son vrai nom Ivo Livi (1921-1991) est très connu pour sa carrière d’acteur et ses engagements politiques, c’est dans la chanson qu’il a débuté, propulsé par Piaf, et connu un succès immédiat. Avant l’enregistrement en 1962 de « Syracuse », le tube signé Salvador-Dimey, dont il donna sans doute la plus belle interprétation, Montand enregistra le tout aussi réussi mais beaucoup moins connu « Mais si je n’ai rien » du tandem Lai-Dimey.

Juliette Gréco
Née en 1927, cette figure emblématique du Saint-Germain-des-Prés d’après guerre, fait ses débuts en 1949 au Bœuf sur le toit ; les grands auteurs se bousculent pour écrire des chansons à cette véritable égérie de l’existentialisme. A la fin des années 1950 et au début des années 1960, elle interprète Brel, Béart, Ferré ou Gainsbourg qu’elle contribue à lancer. De Dimey elle chantera « Les petits cartons », « Nos chères maisons » puis « J’ai le cœur aussi grand » en 1966 et « Dimitri » en 1967.

Jean-Claude Pascal
Styliste chez Hermès, modèle chez Dior, dessinateur de théâtre, jeune premier au cinéma en 1961, Jean-Claude Villeminot, dit Jean-Claude Pascal (1927-1992), saisit l’opportunité de la chanson en gagnant le prix de l’eurovision. La voix suave et profonde de ce chanteur de charme au physique avantageux servira les jeunes auteurs que sont alors Béart, Gainsbourg, Ferrat ou Dimey et connaitra un immense succès populaire dans les années 1950 et 1960. Fidèle à Dimey, comme la plupart de ses interprètes, il enregistrera « Chanson pour terminer », « Le roi Lune » et « 40 ans » en 1967, « Panorama » en 1973 et « On n’aura pas toujours le temps » en 1976.

Micheline Ramette
Comme beaucoup d’autres talents, cette jeune chanteuse qui débute à la Colombe dans les années 1950-60 en interprétant Aragon, Rilke, Desnos ou Super--vielle, sera hélas balayée impitoyablement.

Jacqueline François
Née Jacqueline Guillemautot (1922-2009) elle incar-ne de 1945 à 1965 le chic parisien et la chanson française, du japon aux USA en passant par le Brésil. « Mademoiselle de Paris », son plus grand hit, fera le tour du monde. Les années rock auront raison de sa célébrité.

Jean Ferrat
Auteur de chansons à textes et chanteur engagé qui connaitra un grand succès, aussi bien critique que populaire, Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum (1930-2010) est aussi un compositeur qui mettra en musique de nombreux poèmes de Louis Aragon. Son premier 25 cm sort en 1961 et reçoit le grand prix de la SACEM ; c’est à cette époque qu’il co-signe (et enregistre) « Le nougat » avec Dimey, chanson qui sera également mise en boite par Zizi Jeanmaire.

Zizi Jeanmaire
Ex petit rat de l’opéra, Renée Jeanmaire née à Paris en 1924, est devenue chanteuse presque par hasard. En 1961 elle consacre un EP entier à Dimey qui écrit au dos de la pochette : « Etre à la fois chanteuse et comédienne, savoir pousser la romance et parler voyou sans jamais être vulgaire, voilà qui n’est pas à la portée de tout le monde. Si vous avez un chapeau sous la main vous pouvez le tirer c’est l’occasion rêvée. Zizi, vous avez dansé tout l’été, eh ! bien chantez maintenant ! ». En 1962, Zizi Jeanmaire explose avec « Mon truc en plumes » (Jean Constantin-Berrnard Dimey), un mélange de gouaille parisienne et de chic conjugués avec la tradition du music hall. Zizi enregistrera deux autres chansons dont les textes sont signés Dimey, « Les yeux brillants » en 1962 et « Bête à dire » en 1968.

Les Frères Jacques
Groupe vocal formé à la libération par André et Georges Bellec, François Soubeyran et Paul Tourenne, les Frères Jacques ont mis au point un style qui leur est propre : un look improbable (collants, justaucorps, gants et chapeaux) qui devient leur marque de fabrique, des harmonies vocales très travaillées et une gestuelle proche du mime. Grâce à un répertoire tour à tour humoristique, satirique ou poétique (Prévert, Queneau, qui les avait définis comme « les hygiénistes en chef de la santé du pays », Vian ou Dimey), les Frères Jacques on traversé les époques jusqu’à leurs adieux en 1982 .

Rosalie Dubois
A la fin des années 1950, Rosalie Dubois est étudiante en droit et paye ses études en travaillant comme poissonnière rue des Abbesses à Montmartre ; elle rencontre Pierre Mac Orlan et Bernard Dimey, et se lance dans la chanson. Elle remporte le Coq d’or de la chanson française en 1960 et passe à l’Olympia en 1962. En 1966 elle enregistre un EP (4 chansons sur les bordels) consacré à Dimey. Après un passage à vide suite à un grave accident suivi d’une longue dépression, elle revient sur scène en 1968 à l’Echelle de Jacob. En 1978 elle crée avec son mari le label ABR qui produit entre autres 5 albums de chants révolutionnaires ; elle passe plusieurs fois à la fête de l’huma et décide d’arrêter la scène en 1992.

Bourvil
Si nul n’ignore l’acteur Bourvil, de son vrai nom André Raimbourg (1917-1970), on connait peut-être moins le chanteur. Un peu vite catalogué comme fantaisiste, cet interprète sensible et intelligent se tourne à la fin des années 1950 vers un répertoire plus sentimental, donnant à ses interprétations une force poétique rare (« Le petit bal perdu », « La ballade irlandaise »). En 1961 Bourvil enregistre avec Pierrette Bruno « Puisqu’on s’aime », puis en 1963 « Un air de jeunesse », chanson tirée du Magot de Josépha, film de Claude Autan-Lara dont Dimey a écrit les dialogues.
Francis COUVREUX, été 2011

Remerciements : Francis Lai, Michel Célie, Philippe Savouret directeur de la médiathèque Bernard Dimey de Nogent, Jean-Pierre Courcelle, Raoul Bellaiche.
© Frémeaux & Associés

Sources
*Article de Jacques Layani p 6 à 8 des Copains d’la neuille n°19 automne 2010-hiver 2011
*Françoise Bibolet table alphabétique des chansons dans « Jean-Jacques Kihm et Bernard Dimey à Troyes dans les années 50 » ; l’Entente littéraire champenoise 1988
*Discographie : revue Je Chante spécial Bernard Dimey
*Fonds patrimonial Bernard Dimey Nogent, Haute Marne

Bibliographie sélective
Quatre volumes de textes posthumes édités par Christian Pirot
Le Milieu de la nuit, 1991, textes choisis et préfacés par Francis Couvreux
Je ne dirai pas tout, 1991, textes choisis par Francis Couvreux ; préface de Mouloudji
Sable et cendre, 1992, préface de Patrice Delbourg
Les kermesses d’antan, 1998, préface anthume de Jean-Jacques Gauthier
Yvette Cathiard, Dimey la blessure de l’ogre, Editions C Pirot 1993
Philippe Savouret, Bernard Dimey, éditions Dominique Guéniot 1991

Discographie sélective
CD Le bestiaire de Paris Déesse 315-2- CB 811
CD Testament intégrale Déesse 296-2
CD La mer à boire Déesse CD 295-2
CD L’encre d’après minuit EPM 197 624-2
CD Châteaux d’Espagne EPM 197 625-2
CD Bernard Dimey chanté par ses amis Déesse 316-2 CB 811
CD Poètes et chansons Bernard Dimey dit et chanté par Bernard Dimey, Mouloudji, Jehan EPM 880572

Notes
(1) Yvette Cathiard, Dimey, la blessure de l’ogre, éditions C. Pirot.
(2) Interview dans la revue « chanson » janvier 1976
(3) Réédité en 2003 aux éditions le Pythagore
(4) Interview de Francis Lai par Francis Couvreux, octobre 2011
(5) Marc Robine, texte du livret du CD Dimey poésie et chanson EPM
(6) Interview Maurice Fanon
(7) Voir (4)
(8)Texte du livret CD « le bestiaire de Paris ».
(9) Il faudra attendre 1995 pour que Michel Célie la sorte en bonus de la réédition en CD de la version de 1974
(10) Edité en 2002 par le Pythagore
(11) Voir (2)
(12) Voir (2)
(13) Pion à l’Ecole normale de Troyes, Lucien Habert, qui prépare une licence de lettres, fonde la revue Mithra avec Jean-Jacques Kihm et Bernard Dimey
(14) Lettre inédite, vraisemblablement du 3 mai 1956 ; fonds patrimonial Bernard Dimey, Nogent, Haute-Marne
(15) « La table ronde » 1956 ; complété, ce texte deviendra en 1983 « l’Opéra du pauvre »
En 1956, près de Verneuil, Léo trouve un jeune hibou tombé de son nid, le recueille et le baptise Sosthène. De là va naître une vraie passion pour les hiboux.
(16) Voir (4)
(17) « Le dernier des mousquetaires », chanson de JC Pascal
(18) Voir (2)
(19)Eric Robrecht interview « Je chante » 1991
(20)Interview de B Dimey par F Bibolet ; A livre ouvert été 1959
(21)Extrait d’Ivrogne et pourquoi pas ? Poème enregistré par Dimey sur son premier 33-tours
(22) Voir (2)
(23) interview dans la revue « Je chante »
(24) Marc Robine texte du livret du CD Dimey poésie et chansons EPM
(25)Stan Cuesta une histoire de la chanson française en vinyles Editions Ereme 2009
(26) interview de Francis Lai par Francis Couvreux, octobre 2011
(27) S’il a beaucoup composé pour la chanson, c’est au cinéma bien sûr que Francis Lai exercera au mieux son talent de compositeur. En 1965 le célébrissime « chabadabada » pour le film « un homme et une femme » de Claude Lelouch, le propulse sur le devant de la scène. C’est le début d’une longue carrière internationale jalonnée de succès comme « Love story » en 1971
(28) interview revue Chanson 1976
(29) idem
(30) texte écrit en 1954 (Dimey a 23 ans), mis en musique par Francis Lai et enregistré par Mouloudji en 1960.
(31) figure sur la réédition CD du disque « Charles chante Aznavour et Dimey »
(32) Voir (26)
(33) Extrait d’un poème de Bernard Dimey

Merci à la ville de Nogent et à Philippe Savouret de la Médiathèque Bernard Dimey pour le prêt des archives ayant permis la réalisation de ce coffret.



A la recherche du poète disparu
Par Philippe Savouret, Médiathèque Bernard Dimey

Bernard Dimey est né à Nogent, commune de moins de 5000 hab. située en Champagne méridionale (Haute-Marne). C’est ce Nogent qui est connu du monde entier depuis le XVIIIe siècle par ses couteaux, ciseaux, instruments de chirurgie... D’ailleurs le père de Bernard Dimey était ciselier.

Nul n’est prophète…
Bien que nogentais, je ne connaissais Bernard Dimey que de nom. Même si celui-ci revenait régulièrement voir sa famille à Nogent, Dimey vivait essentiellement à Montmartre et peu de monde s’y intéressait : quelques journalistes occasionnellement, mais aucun professeur, par exemple, ne nous l’avait fait découvrir par le texte.

Or, en 1989, la ville de Nogent décide de rénover sa bibliothèque et m’en confie la responsabilité. C’est alors que le fantôme de Dimey m’apparait comme une révélation. En effet, la seule personnalité locale connue à l’extérieur – en France mais aussi en Suisse, Belgique et au Québec – est toujours méconnue dans sa région. Quelle injustice ! Il me semble primordial de redonner à ce grand personnage ses titres de noblesse.

L’occasion de réparer ce préjudice m’était ainsi donnée, d’abord en nommant la bibliothèque Bernard Dimey, assez légitime car lieu de l’écrit en général et de la poésie en particulier. Cependant, je ne veux pas seulement un nom sur un fronton, mais une réalité : connaître et faire connaître ce personnage et son œuvre. Alors j’entrepris ma quête, bien seul, à la recherche du poète oublié !

De Nogent à Montmartre :
C’est d’abord Francis Couvreux qui m’a fait rentrer dans l’univers de Dimey. Puis je rencontrai les proches du poète. Sa famille, localement, et son entourage parisien : sa compagne, sa fille, son éditeur musical, ses amis et de fil en aiguille je reconstituais le périple de sa vie en même temps que je découvrais ce personnage extraordinaire que je regrette de plus en plus de n’avoir jamais rencontré.

L’aventure, la voilà !
Je me suis lancé sur les traces du poète afin de connaître son histoire et de réunir tous les documents possibles pour la constitution du fonds Bernard Dimey. Diverses rencontres sur le terrain, la foi qui m’anime et la confiance que j’obtenais notamment de la part de Suzanne Dimey, sa mère, me confortaient dans cette mission que je m’étais attribuée.

Ce furent 20 ans de motivation et de déception car, comme l’a dit Francis Couvreux, Bernard Dimey ne se souciait pas de sa carrière ou de sa notoriété et conservait donc peu de documents. Pire encore, il fut saisi plusieurs fois et de ce fait de nombreux documents manquent.

Heureusement sa période prolifique à Troyes et sa rencontre avec Françoise Bibolet alors conservatrice de la bibliothèque de cette ville me furent d’un grand secours. D’abord par le témoignage de cette dernière sur cet épisode déterminant pour le poète et aussi le fait que Dimey, n’ayant pas de domicile, confia quelques affaires et des documents à Françoise Bibolet avant son départ à Paris.

Parallèlement à cette action patrimoniale, l’association Bernard Dimey fut fondée dont le but était de rendre hommage à Bernard Dimey en 2001 pour les 20 ans de sa disparition. Un festival fut créé à cette occasion autour du… 10 mai à l’instigation de sa présidente Annie Roquis-Millet. Celui-ci, animé par une équipe 100 % bénévole, s’est poursuivi et continue d’exister. C’est ainsi que le Festival Bernard Dimey : poésies et chansons francophones de Nogent en est à sa 12e édition en mai 2012. Cette action a redonné un élan international pour la connaissance et la reconnaissance du poète d’origine nogentaise.

Un centre ressource
S’il est constitué essentiellement d’écrits et de témoignages, ce fonds Bernard Dimey contient des documents variés allant de la correspondance aux photographies en passant par le cinéma, la chanson, la radio, la télévision, les arts graphiques… A ce jour plus de 1200 documents sont catalogués.

Il y a les documents contemporains de Bernard Dimey mais aussi ceux qui lui sont postérieurs. Car depuis 1981 si l’homme repose au cimetière de Nogent, son œuvre perdure à travers des artistes, jeunes ou moins jeunes qui le découvrent, l’interprètent, le mettent en scène, en musique… Des universitaires s’y intéressent également. Son œuvre est étudiée et j’en suis ravi.

Mon objectif est de faire en sorte que le patrimoine en général ne soit pas l’apanage de privilégiés ni qu’il soit conservé comme un trésor mais qu’il soit à la portée de tous et que tous se l’approprient.
Aussi, l’objectif est de numériser au maximum ce fonds afin de permettre cette appropriation par tous. Les originaux pour des raisons de droit, de conservation étant préservés.

Et que le public vienne à Nogent sur les traces du poète, s’informer, rechercher, étudier via ce fonds patrimonial. Que ce projet de centre ressource pour Bernard Dimey débuté il y a plus de 20 ans soit enfin opérationnel.

Afin que Bernard Dimey né à Nogent il y a 80 ans, qui nous a quittés il y a 30 ans ne demeure plus un illustre inconnu !

Cette heureuse initiative de Francis Couvreux et des éditions Frémeaux & Associés de mettre en valeur l’œuvre de Bernard Dimey à travers cette édition originale de qualité permet aussi de (re)découvrir une partie de ses interprètes.

C’est aussi la première contribution du fonds Dimey (disques originaux) sous cette forme, preuve de son utilité et la plus belle récompense de cette quête entreprise il ya plus de 20 ans.

Philippe Savouret
Ville de Nogent
Médiathèque Bernard Dimey, 2011




Dedicated to the memory of Geneviève and Michel Couvreux,
my parents, and to André Grandvuillemin, my grandfather.

Bernard Dimey, a poet lost in song
Bernard Dimey’s relationship with the song-world is complex, even a paradox. He often said that it prevented him from being the writer he wanted to become when he was young; yet even if he did have the feeling that his destiny had passed him by, songs were the universe in which he rapidly achieved fame.

The artist’s life
Dimey succeeded in earning a living from his pen quite quickly – the singers who made that possible form an impressive, often prestigious list including Jean Sablon, Montand, Aznavour, Mouloudji and Juliette Gréco – and his life turned towards an unforeseen trade: «I was born to write and I pushed the wrong door, the door of facility.»(1). His recognition as a hit-song lyricist (c.f. Syracuse, Mon truc en plume, released in 1962) never really exalted a man who, as an adolescent, swore that one day he’d become the world’s greatest writer.

As a matter of fact, considering songs to be «a trifle» (2), he would try and establish his talent in what he saw as more ambitious registers. In 1963 he wrote the dialogues for Claude Autant-Lara’s film Le Magot de Josépha and also wrote the film’s song, Un air de jeunesse. That same year he wrote the libretto – with a dozen songs – for the musical comedy Un métier en or starring Philippe Noiret; when the musical was billed at the Alhambra, the lady who ran the theatre declared she wanted to be known as co-author of the work, but Dimey refused and the musical was withdrawn after only a few performances. Before Dimey settled in Paris, he tried his hand at painting at home in Troyes, using the pseudonym Zelter; he spent time with artists in Montmartre and also put his name to many prefaces in the catalogues of artists exhibited by André Roussard’s gallery: to accompany an exhibition by the Expressionist Jordi Bonas – the theme was the seven capital sins – Dimey wrote eight poems (he added an eighth sin, war!) in less than a week, writing them on the counter of Le Petit Bar. By 1962/63, the «yéyé» pop-music craze was putting writers of what the French called «chansons à texte» [«prose»-songs] out of work; Dimey, less in demand than others, gradually abandoned songs. In 1967 the Inland Revenue seized his songwriter’s royalties to recover unpaid taxes; Dimey went into depression and started taking Maxiton amphetamines, giving poetry-recitals in cabarets in order to survive. He showed talent as an actor, but he was no singer, and his audiences hadn’t gone there to listen to poems...

A thoroughbred poet
Using everyday words with an extraordinary ‘feel’ for portraits, Dimey recited his texts in a voice which showed overwhelming humanity, and he touched people’s hearts profoundly. His poetic universe had great emotional weight: night-time, the lost paradise of childhood, an obsession with growing old, omnipresent death... Dimey undertook a search for the absolute which had tinges of doubt and anguish, but also an aura of religious mystery. Born into a modest family in Nogent in 1931 (his father an engraver, his mother a hair-dresser), Bernard Dimey was precociously talented: he drew, played violin, and wrote poems at 15, even a novel while still at boarding-school. His parents destined him for teaching, but Dimey threw himself into the arts, writing novels, short stories and plays; he also contributed to the local newspaper, sold portraits, and exhibited his own paintings under the pseudonym Zelter while continuing to inundate publishers with manuscripts. He was told to curb his enthusiasm when they turned him down, and Dimey finally accepted that he would never be another Victor Hugo. The only positive discovery he made in this desperate period was Léo Ferré, whose songs «were terribly at odds with the ‘done thing’»(2). To remove the thorn of reading-committees who would refuse his writings, Dimey turned to songs: «The problem with novels is that you never meet anyone. A manuscript is read by strangers, and it comes and goes in an envelope. A song, on the contrary, is something you can show without a go-between, it’s even necessary. After that, either they like it or they don’t.»(2). Dimey and Ferré would write just one song together, «Les petits hotels» (Zizi Jeanmaire recorded it in 1961), but the two poets would meet in Paris occasionally, in October 1969 for example, when for three weeks Dimey opened for Ferré at the Don Camillo in Saint-Germain-des-Prés. As for his previous life in painting, even if Dimey said he was born on the Place du Tertre in Montmartre when he was 25, everything which preceded his becoming a writer was just preparation for the task, a rehearsal that made it all so much easier.
(1) Yvette Cathiard, Dimey, la blessure de l’ogre, published by C. Pirot.
(2) From an interview in «Chanson» magazine, January 1976.


The first songs of a poet, 1959-1961
In the Sixties and Seventies the world of French song was divided into «Pop» and «chansons à texte», the so-called «more serious» songs made popular in Left Bank cabarets. The division wasn’t that clear but many great singer-songwriters began looking for new songs to sing. Those who were composer/singers rather than writers found an ideal lyricist in Bernard Dimey, who allied concision with rigour and wrote with disconcerting facility, often in alexandrines... His texts were different, always deeply human, and they found many interpreters.

Félix Marten
Born in Germany in 1919, Félix Marten had the looks of a leading-man and a nice, deep voice which caught Piaf’s ear. Marten made his first records in 1955 and slowly became a star, renowned for his relaxed performances, humour and elegance. He also enjoyed a career in radio & television.

Claude Goaty
With her sweet, charming voice (she made a delicious version of Petite Fleur), Claude Goaty had a career that was all too short, but it included appearances at The Olympia (she opened for Bécaud) as well as in cabarets. She recorded more than a hundred songs between 1956 and 1963.

Paul Hébert
An actor who trained with Dullin, the variety artist Paul Hébert used to sing in little clubs in Saint-Germain-des-Prés accompanying himself on the guitar. He released his first single in 1958 and its success allowed him to follow it up with Les vieillards, a text with a bitter humour which wasn’t to be taken literally; Dimey recited the text himself on his third LP in 1974.
 
Caterine Caps
After her debuts as an actress Caterine Caps recorded her first single in 1958. Her third record was «Some like it hot», which her record-company released in a sleeve showing her with a ukulele to reinforce the Marilyn Monroe connexion… the record had four songs from the film in French adaptations, and this remarkable text by Dimey entitled Ne me dis plus un mot with a modern-jazz accompaniment by Martial Solal’s orchestra.

Mouloudji
Marcel Mouloudji (1922-1994) enjoyed an incredible career as a multitalented artist (actor, writer, painter…) who also sang songs by writers and poets such as Sartre, Prévert or Boris Vian (he gave the first per-formance of the latter’s «Le déserteur» in 1954.) He recorded no fewer than nine of Dimey’s songs in 1960, and remained one of Bernard’s true friends until the end.

Charles Aznavour
Probably the most popular of popular singers in the previous century, Aznavour was spotted by Piaf in 1946 but took his time over becoming a star in his own right (he was 36 when he made «Je m’voyais déjà»). Dimey gave his last texts to the man who was among the first to sing his songs; after Aznavour added the music, they were released as a magnificent LP entitled «Charles chante Aznavour et Dimey» two years after Dimey died.

Jacqueline Danno
This remarkable singer made several records with Dimey’s songs including this little-known version of «L’amour et la guerre» and Dimey’s version of Christ’s Passion (with music by Michel Magne) recorded in a week inside a chapel in Brittany (released in 1961).

Yves Montand
While Ivo Livi (1921-1991, aka Yves Montand) was best-known for his film roles and his militant politics, he began as a singer under the wing of Edith Piaf. He was an immediate star. Before the 1962 recording of the Salvador-Dimey hit «Syracuse» – probably the song’s best version – Montand recorded the equally successful but lesser-known «Mais si je n’ai rien» by the tandem Francis Lai-Bernard Dimey.

Juliette Gréco
Born in 1927, this emblematic figure of post-war Saint-Germain-des-Prés began as a singer at the Bœuf sur le Toit in 1949. Great authors fell over each other in their haste to write songs for the Muse of Existentialism, and Gréco brought her bold talents to the songs of Brel, Ferré or Gainsbourg before turning to Dimey’s «Les petits cartons» in 1966, and «Dimitri» in 1967.

Jean-Claude Pascal
A stylist for Hermès and a mannequin for Dior, but also a handsome leading-man in films from 1961, Jean-Claude Villeminot (his real name) won the Eurovision Song Contest as Jean-Claude Pascal (1927-1992). His songs written by young lyricists (Béart, Gainsbourg, Ferrat, and Dimey) were immensely popular in the Fifties and Sixties. He remained faithful to Dimey, recording «Le roi Lune» in 1967, «Panorama» in ‘73 and «On n’aura pas toujours le temps» in ‘76. He turned to writing later.

Micheline Ramette
Like many other young talents, Micheline Ramette was ruthlessly cast aside by the wave of pop music; she began at the Colombe theatre in the Fifties and sang the works of Aragon, Rilke, Desnos or Supervielle before Barnard Dimey entered the picture.

Jacqueline François
Born Jacqueline Guillemautot, Jacqueline François (1922-2009) was the incarnation of Parisian chic and French Chanson from 1945 to 1965, not only at home but also in Japan, the USA or Brazil. Impeccable phrasing and a clear voice made «Mademoiselle de Paris» a worldwide hit. The rock & roll years also put an end to her celebrity.

Jean Ferrat
A politically-committed writer who was successful with both critics and the public, Jean Ferrat (real name Jean Tennenbaum, 1930-2010) was also a composer who set to music numerous poems by Louis Aragon. His first 10» LP released in 1961 was rewarded by the Grand Prix from rights’ society SACEM; he co-wrote (and recorded) «Le nougat» with Dimey (Zizi Jeanmaire also did the song).

Zizi Jeanmaire
A former «petit rat» at the Opera, Renée Jeanmaire was born in Paris in 1924 and became a singer almost by chance. In 1961 she recorded an EP of Dimey’s songs, and on the sleeve she wrote, «…Being a singer and actress at the same time, and knowing how to play the Romantic and talk slang without being vulgar, that’s something not everybody can do. If you’ve got a hat handy, you can take it off to me, because you’ll never get a better chance. Zizi, you’ve danced all summer so, hey, now you can sing!» In 1962 she exploded with her «feathered thingy» called «Mon truc en plumes» (Jean Constantin-Bernard Dimey), a mix of cheeky Parisian common-talk & chic in pure music hall tradition, and it became a locomotive for the rest of her songs. She did two others with texts by Dimey, «Les yeux brillants» (1962) and «Bête à dire» (1968).

Les Frères Jacques
When André & Georges Bellec, François Soubeyran and Paul Tourenne formed their vocal group the Frères Jacques after the Liberation they developed their own inimitable style; and their improbable look (tights, a leotard, gloves and a hat became their trademark, together with well-rehearsed vocal harmonies and a body-language close to mime. Their repertoire, by turns humorous, satirical and poetic, was written by Prévert, Queneau (who defined them as «chief-hygienists of the country’s health»), Vian and Dimey, and their timeless material sailed through the ages until they bid farewell to the stage in 1982. They had a great hit in 1973 with their version of Frédo.

Rosalie Dubois
At the end of the Fifties, Rosalie Dubois (born 1939) was a law-student who paid her way through college working in a fish-shop in Montmartre. She met Pierre Mac Orlan and Bernard Dimey and became a singer, winning the Coq d’or Award in France in 1960 before appearing at The Olympia in 1962. In 1966 she recorded an EP of four Dimey songs (with brothels as their subject), and a period of silence followed due to a serious car-accident which sent her into depression. She returned to the stage in 1968 when she sang at the Échelle de Jacob. She founded the label ABR with her husband in 1978, and amongst others they produced five albums of revolutionary songs. She abandoned the stage in 1992.

Bourvil
Everyone in France knows the actor Bourvil (real name André Raimbourg, 1917-1970), but not many know he was a singer. Quickly labelled a «variety entertainer» (thanks to songs like «Les crayons» or «La tactique du gendarme», he was a sensitive, intelligent performer who turned to a more sentimental repertoire in the late Fifties. It suited him perfectly and gave rise to songs with a rare poetic strength like «Le petit bal perdu» or «La ballade irlandaise». Bourvil recorded with Pierrette Bruno in 1961 («Puisqu’on s’aime») and in 1963 came «Un air de jeunesse», a song from the Claude Autant-Lara film Le Magot de Josépha whose dialogue was penned by Dimey.
Francis COUVREUX, summer 2011
Adapted in English by Martin DAVIES
© Frémeaux & Associés

Thanks to Francis Lai, Michel Célie, Philippe Savouret (Director of the «Bernard Dimey Médiatheque» in Nogent), Jean-Pierre Courcelle and Raoul Bellaiche.


Bernard Dimey et ses premiers interprètes (1959-1961)
Poésies et chanson

CD 1
1. « La taverne d’Attilio » (Bernard Dimey - Francis Lai), Félix Marten, 1959
2. « L’enfer » (Bernard Dimey - Marian Kouzan), Félix Marten, 1959
(1 et 2 : 45 tours Pathé Marconi 7 EGF 428 Orchestre direction Jean Leccia)
3. « À celui qui saurait » (Bernard Dimey - Marian Kouzan), Claude Goaty, 1959
(45 tours Vogue EPL 7.556 accompagnée par Hubert Degex et son Orchestre)
4. « Mon 14 Juillet » (Bernard Dimey - Gerard La Viny), Claude Goaty, 1959
5. « Le guilledou » (Bernard Dimey - Francis Lai), Claude Goaty, 1959
(4 et 5 : 45 tours Vogue EPL 7.655 avec Hubert Degex et son Orchestre)
6. « La belle âge » (Bernard Dimey - Marian Kouzan), Félix Marten, 1959
(25 cm Pathé FDLP 1081)
7. « Les vieillards » (Bernard Dimey - Paul Hébert et Claude Vasori), Paul Hébert, 1959
(45 tours Pathé Marconi 7EGF 434 Orchestre direction Claude Vasori)
8. « Surtout ne me dis plus un mot » (Bernard Dimey - Matt Malnek - Frank Signorelli), Caterine Caps, 1959 (45 tours Pathé Marconi 45EG486 Orchestre Martial Solal)
9. « A 17 ans » (Bernard Dimey - Francis Lai), Mouloudji, 1960
10. « Il faut avoir connu » (Bernard Dimey - Marian Kouzan), Mouloudji, 1960
11. « Les feux de l’été » (Bernard Dimey - Marian Kouzan), Mouloudji, 1960
12. « Mon ami Jules » (Bernard Dimey - Marian Kouzan), Mouloudji, 1960
(9 à 12 : 45 tours Philips médium 432.453BE Orchestre et arrangement Jacques Loussier)
13. « L’amour et la guerre » (Bernard Dimey - Charles Aznavour), Aznavour, 1960
14. « Monsieur est mort » (Bernard Dimey - Charles Aznavour), Aznavour, 1960
(13 et 14 : 45 tours Barclay 70342 accompagné par Paul Mauriat et son Orchestre)
15. « Premier bal » (Bernard Dimey - Sidney Bechet), Claude Goaty, 1960
16. « Avec le reste » (Bernard Dimey - Francis Lai), Claude Goaty, 1960
(15 et 16 : 45 tours Vogue EPL 7.751  accompagnée par Hubert Degex)
17. « Incognito » (Bernard Dimey - Francis Lai), Félix Marten, 1960
(45 tours Pathé Marconi  Orchestre direction Jean Leccia)
18. « Ne me dis pas » (Bernard Dimey - Francis Lai), Mouloudji, 1960
(45 tours Vogue EPL 7884 accompagné par JM Leguen)
19. « Les amoureux du pont de Sèvres » (Bernard Dimey - Francis Lai), Jacqueline Danno, 1960
(45 tours Pathé Marconi EGF 491M Orchestre Léo Chauliac)

CD 2
1. « Et que tournent les années » (Bernard Dimey - Francis Lai), Mouloudji, 1960
(45 tours Philips B 372.776 avec JP Mengeon et son Orchestre)
2. « Si tu cherches ta jeunesse » (Bernard Dimey - Francis Lai), Mouloudji, 1960
(45 tours Philips B 32777 Orchestre et direction Jacques Loussier)
3. « Mais si je n’ai rien » (Bernard Dimey - Francis Lai), Montand, 1961
(45 tours Philips 432.701 BE) avec Bob Castella et son Orchestre
4. « Nos chères maisons » (Bernard Dimey - Francis Lai), Juliette Gréco, 1961
(45 tours Philips 432.557 avec André Popp et son Orchestre)
5. « Les imbéciles » (Bernard Dimey - Jean-Claude Pascal) Jean-Claude Pascal, 1961
(45 tours Pathé Marconi EGF 511 Orchestre Léo Chauliac)
6. « N’oublie jamais » (Bernard Dimey - Francis Lai), Micheline Ramette, 1961
7. « Je suis à vendre » (Bernard Dimey - Jean Leccia), Micheline Ramette, 1961
8. « La fauche » (Bernard Dimey - Albert Seggian), Micheline Ramette, 1961
9. « Les petits cartons » (Bernard Dimey - Francis Lai) Micheline Ramette, 1961
(6 à 9 : 45 tours Ricordi 45 S 189 accompagnée par Jean Leccia et son Orchestre)
10. « Le carillonneur » (Bernard Dimey - Charles Aznavour), Aznavour, 1961
(45 tours Barclay 70388 accompagné par Paul Mauriat et son Orchestre)
11. « Jésus pardonne à nos péchés » (Bernard Dimey - Charles Aznavour), Jacqueline François, 1961
(45 tours Philips 432.541 BE)
12. « La cervelle » (Bernard Dimey – Jean Ferrat), Jean Ferrat, 1961
(45 tours Decca 451087 avec Milton Lewis et son Orchestre)
13. « Les p’tits hôtels » (Bernard Dimey - Léo Ferré), Zizi Jeanmaire, 1961
14. « Le nougat » (Bernard Dimey – Paul Misraki), Zizi Jeanmaire, 1961
(13 et 14 : 45 tours Zizi Jeanmaire chante Bernard Dimey Philips 432.567 BE avec Jean-Michel Defaye et son ensemble)
15. « Madame la marquise a dit » (Bernard Dimey – Paul Misraki), Les Frères Jacques, 1961
(25 cm Philips 76527 avec Jean-Michel Defaye et son Orchestre)
16. « Laisse tomber » (Bernard Dimey - Francis Lai), Rosalie Dubois, 1961
(45 tours Ricordi 500051 avec Robert Valentino et son Orchestre)
17. « Puisqu’on s’aime » (Bernard Dimey - G Van Parys), Bourvil-Pierrette Bruno, 1961
Du film « Les plaisirs de la ville » ; 45 tours Pathé EG 537 accompagné par Jerry Mengo et son Orchestre
18. « Pour un mot » (Bernard Dimey - Francis Lai), Jacqueline Danno, 1961
(45 tours Pathé Marconi 7 EGF 548)
19. « L’amour et la guerre » (Bernard Dimey - Charles Aznavour), Jacqueline Danno, 1961
(45 tours Pathé Marconi EGF 515 Orchestre Léo Chauliac)

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Presse :

« DOUBLE CD DES CHANSONS DE DIMEY : LE PATIENT TRAVAIL D'UN PASSIONNE » PAR L’AFFRANCHI DE CHAUMONT
Francis Couvreux vient de diriger la réalisation d'un premier coffret très complet sur les chansons de Bernard Dimey et ses premiers interprètes. Ce double CD bénéficiera d'une très large diffusion.

Chaumontais d'origine, ayant un peu vécu à Nogent, Francis Couvreux est aujourd'hui Documentaliste dans un lycée de l'agglomération troyenne. Mais il est  plus connu et reconnu en tant qu'amateur très éclairé de la musique et de la chanson. On rencontre en effet sa signature dans plusieurs revues spécialisées ou sites internet (Django station, Trad magazine, Je Chante magazine...). A ce titre également, il est amené à rédiger des commentaires de livrets de CD ou même à diriger des collections (Jazz Manouche, par exemple). Enfin, il participe à l'organisation de concerts très divers. Son chemin a par ailleurs croisé à plusieurs reprises celui de Bernard Dimey. En vrai, d'abord, et à travers ses différentes recherches, ensuite. Ses différentes passions réunies ne pouvaient que l'amener à réaliser une compilation des meilleure chansons écrites par Bernard Dimey, dont le premier coffret sort ces jours-ci. C'était l'occasion de nous raconter ses différentes rencontres avec le poète.

Vu à la télé
«J'ai découvert Bernard Dimey à la télévision, se souvient-il. C'était chez mes parents ; en noir et blanc... Dans «Bienvenue», l'émission de Guy Béart, Michel Simon avait chanté «Mémère» et présenté l'auteur. «Ça a été un choc. Dès le lendemain, j'ai cherché des écrits ou des enregistrements chez les libraires et disquaires chaumontais. Personne ne connaissait... Et puis, à force d'en parler, quelqu'un m'a dit qu'il était originaire de Nogent et que sa mère habitait encore à Chaumont. Alors, muni d'un annuaire, j'ai entrepris d'appeler tous les Dimey de la ville. J'ai fini par tomber sur Suzanne, qui a accepté de me rencontrer. «Je suis donc allé la voir chez elle. On a parlé de son fils et elle m'a prêté des disques... Puis, sachant qu'il venait généralement lui rendre visite chaque début d'année, elle m'a proposé de me prévenir lorsqu'il serait là. «En fait, c'est lui qui m'a écrit pour me prévenir de son arrivée. Il m'expliquait qu'il s'emmerdait toujours un peu quand il était à Chaumont et qu'il serait content de rencontrer quelqu'un. «Je n'ai bien sûr pas raté l'occasion. On était en 1975, j'avais 21 ans...».

Une présence extraordinaire
L'imposant artiste-écrivain et le frêle jeune homme se sont rencontrés quelquefois dans des bars de la ville. Francis Couvreux se souvient, entre autres, de 1978 au Parisien. «Le Testament » venait de sortir. Il s'était inquiété de ce titre qui ne laissait guère de lace pour envisager la suite et l'auteur ne l'avait pas vraiment rassuré. Cependant, Dimey avait surpris tout le monde en montant sur une table pour déclamer les répliques d'un film. C'est toutefois à Paris, où il s'est installé comme étudiant, que Francis Couvreux a découvert l'artiste. «La chanson a nourri Dimey, expose-t-il. Or il estimait que c'était «de la bricole ». Il aurait voulu être écrivain, faire éditer des romans... mais ses manuscrits étaient refusés. Il se dispersait trop. «Lorsque la vague yéyé est arrivée, il s'est mis en retrait, n'écrivant plus que de temps en temps pour quelques chanteurs amis. «Pour survivre, il est allé dire ses poèmes sur la scène de différents cabarets. Bernard Dimey avait une présence incroyable. Il fallait le voir, même dans les bistrots, quand il jouait un de ses textes, tout le monde s'arrêtait pour l'écouter. «Au départ, il accrochait le public avec des trucs un peu marrants. Mais à la fin, on venait toujours lui parler des moments les plus graves. Tout le monde avait été touché... «Ses textes sont faits pour être dits. Et je trouve formidable que des artistes continuent à les défendre très bien. Mais je n'ai jamais vu quelqu'un qui le fasse avec autant de force que lui...».

Pour la beauté de l'art

En 1991, dix ans après la mort de Bernard Dimey, Francis Couvreux a participé à la création de deux recueils de textes. Deux autres ont suivi quelques années après dans la même collection, réalisés par Yvette Cathiard, la dernière compagne du poète. Et s'il a attendu 2012 pour sortir un disque sur les chansons créées entre 1959 et 1961, c'est tout simplement parce qu'après 50 ans, les oeuvres tombent dans le domaine public. Le projet présentait un réel intérêt dans la mesure où beaucoup de titres étaient introuvables. La plupart des chansons de l'époque ont même été oubliées. L'autre intérêt pour lui, c'est que l'éditeur (Frémeaux et associés) sait toujours mettre en valeur les oeuvres sorties du passé. Il ne travaille d'abord qu'à partir d'enregistrements vinyles de bonne qualité qu'il façonne ensuite minutieusement. Puis il enrichit le coffret d'un livret très détaillé. C'est sa contribution à la mise en valeur du patrimoine. Francis Couvreux possédait quelques vinyles (dédicacés d'ailleurs). Mais c'est surtout à la médiathèque de Nogent qu'il a trouvé son bonheur. Il faut dire que cette bibliothèque possède les disques qui lui ont été légués par la mère de Bernard Dimey. Le responsable de l'établissement, Philippe Savouret, les a prêtés d'autant plus volontiers qu'il explique, dans une partie du livret, avoir bénéficié il y a très longtemps de l'aide de Francis Couvreux pour découvrir l'univers de Dimey. Et l'auteur du livret explique pour sa part qu'ayant effectué des recherches fouillées sur Dimey et ses interprètes, il a eu besoin des lumières de Francis Lai (entre autres) pour éviter certaines erreurs qui se propagent facilement sur internet. Cette entente réussie pour la beauté de l'art donne un résultat particulièrement intéressant. Et, comme on ne doute pas que le public saura lui faire un bon accueil, on attendra avec impatience le coffret qui traitera les années suivantes. L.T.


Le coffret contient 38 chansons servies par 17 interprètes (parmi lesquels Mouloudji, Aznavour, Montand, Gréco, Jean-Claude Pascal, Jacqueline François, Ferrat, Zizi Jeanmaire, Les Frères Jacques... et même Bourvil). Les notes écrites sont particulièrement intéressantes et le son d'une étonnante qualité. Il sera distribué dans les jours qui viennent aussi bien chez les libraires que chez les disquaires. Une trentaine de pays en seront destinataires.



CD BERNARD DIMEY ET SES PREMIERS INTERPRETES - POESIE ET CHANSONS 1959-1961 AZNAVOUR, MONTAND, GRECO, LES FRERES JACQUES, MOULOUDJI© Frémeaux & Associés 2012 (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)






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