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GROUPE FOLKLORIQUE MARTINIQUAIS
DIRECTION LOULOU BOISLAVILLE









Loulou Boislaville
Si l’on faisait aujourd’hui à la Martinique un sondage de popularité pour désigner, parmi les musiciens disparus de l’ancienne génération, celui dont le souvenir est le plus ancré dans la mémoire collective, il est probable que le nom de Loulou Boislaville serait l’un des plus cités et qu’il aurait même de bonnes chances d’arriver en première place. Cela tient non seulement à l’enracinement de ses chansons et musiques dans le répertoire folklorique des Antilles, mais encore et pour beaucoup au charisme, à la spiritualité, à la générosité et à l’altruisme du personnage, à son dévouement indéfectible pour la collectivité, à l’empreinte de son action dans les mouvements associatifs de la Martinique. Décédé à Fort-de-France il n’y a pas si longtemps, le 15 mars 2001 à l’âge de 82 ans, aimé de tous ceux qui l’ont connu, Loulou Boislaville reste présent dans les cœurs. Durant sa vie entière, il se sera impliqué avec force et conviction pour la sauvegarde et la diffusion du patrimoine musical des Antilles. Il n’avait cessé de recueillir, transmettre, enrichir les traditions de son pays, celles du Carnaval et de Noël en particulier ; d’œuvrer pour le tourisme en présentant dans son île des spectacles colorés et pétillants de chants et de danses ; mais aussi d’assurer à ce précieux héritage le rayonnement le plus large en faisant connaître le Groupe Folklorique Martiniquais dans le monde à travers une longue série de tournées européennes et internationales.

Louis Lucien Boislaville est né en 1919 à Fort-de-France, dans un quartier populaire enclavé sur les hauteurs du Morne Abélard qui fait face à la Baie des Flamands, séparé du cœur de la ville par le canal Levassor. Sa mère, Marie Emma Boislaville dite Eugénie, fille de Théodorine Detblanc et Maximin Boislaville, marin, était née le 2 juin 1898 au lieu-dit “Anse Couleuvre”, sur la commune du Prêcheur à l’extrême nord de la côte Caraïbe. On ne sait dans quelles circonstances la jeune femme de 20 ans fut séduite par Louis Delouche âgé de 37 ans, natif de Sainte-Philomène au nord de Saint-Pierre. Ce dernier, commis des contributions et architecte de l’administration coloniale en résidence au Prêcheur, était déjà marié et père d’un enfant de 9 ans (Eugène Delouche qui deviendra dès 1930 l’une des figures marquantes de la musique martiniquaise). Sur le point d’accoucher, Eugénie Boislaville quitte son village natal et va habiter dans une petite chambre au Morne Abélard. C’est dans ces conditions que, le 8 janvier 1919, elle donne le jour à son unique enfant Louis Lucien dit “Loulou”. Quelque temps plus tard, elle se fixe aux Terres-Sainville, autre quartier populaire de Fort-de-France. Elle y mènera une vie courageuse et des plus modestes, tirant ses revenus de la préparation de plats cuisinés, acras, marinades… qu’elle vendait au marché.

Le petit Boislaville grandit dans cet univers animé où, du matin au soir, commerçants, artisans, musiciens… portes et fenêtres ouvertes, rivalisent de chansons et ritournelles pour le plus grand plaisir du voisinage. Son père Louis Delouche ne faillira pas à ses devoirs dans l’éducation et l’entretien de son fils. Amené par son travail à séjourner dans la commune de Schoelcher, il l’hébergera quelque temps et lui fera commencer sa scolarité à l’école primaire de cette ville. Le jeune garçon revient ensuite chez sa mère et fréquente diverses écoles de Fort-de-France. Souvent, il passe ses vacances au Prêcheur chez son père, mais aussi au Carbet où sa grand-mère maternelle et des tantes étaient venues se réfugier après l’éruption du volcan de la Montagne Pelée en 1902. Loulou âgé de dix ans se trouve au Carbet le 16 septembre 1929 quand se produit une nouvelle et spectaculaire éruption qui force les habitants à s’enfuir à Fort-de-France. Cet événement l’avait fortement impressionné.

Loulou ne montre pas de grandes dispositions pour les études. D’un naturel toujours gai, optimiste et expansif, il cède très tôt au penchant familial hérité de son père en laissant libre cours à son goût et à ses aptitudes pour le chant, le rythme et la mélodie malgré la désapprobation de sa mère qui se soucie davantage de son instruction et de ses résultats scolaires. Dans la cour de récréation, il rassemble ses camarades en chorales spontanées, ou il leur fait chanter des biguines en salle de classe quand le maître n’est pas là. Loulou obtient le certificat d’études à l’âge de 11 ans mais il manque plus tard le brevet élémentaire, sérieusement blessé dans l’effondrement accidentel d’une maison peu avant le jour de l’examen.

Devenu adolescent, Loulou Boislaville est un membre assidu de la section des Éclaireurs de France à la Martinique où il se distingue par ses talents d’animateur et de chanteur lors des veillées et feux de camp. En 1935, année de la célébration du Tricentenaire du rattachement des Antilles à la France, Loulou, tout aussi doué pour la danse, crée avec ses amis une troupe d’acteurs, chanteurs, danseurs, musiciens qu’il intitule “Madinina Gaieté”. La petite compagnie se déplace de commune en commune à l’occasion des fêtes patronales ou des fêtes mutualistes pour jouer des sketches comiques en français ou en créole et donner des concerts et des bals pour la plus grande joie de la population. La troupe se produira jusqu’en 1939.

En 1936, Loulou Boislaville a 17 ans. Son père le fait entrer à l’école des tailleurs qui vient d’être créée à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Fort-de-France. Loulou en sort diplômé en 1939, juste avant la seconde guerre mondiale qui éclate en septembre. Arrivé à l’âge de remplir ses obligations militaires, il est d’abord réformé par le Conseil de révision en raison de sa constitution longiligne, en dehors des normes requises. Profondément déçu, il présente alors une demande d’engagement volontaire dans l’armée pour y exercer sa spécialité de tailleur. Il est cette fois admis avec l’appui de son médecin. Après l’armistice de 1945, il gardera son emploi à la garnison de Fort-de-France mais il sera néanmoins contraint de le quitter un an plus tard pour raisons de santé. S’ensuit un épisode au cours duquel Loulou, attiré à la Barbade par une offre alléchante pour y être tailleur, manque de périr en mer sur un voilier de transport de sacs de charbon parti de Sainte-Lucie. Un incendie se déclare à bord et le voilier vogue huit jours à la dérive avant de parvenir à destination avec ses passagers hirsutes et affamés. Loulou découvre alors que le poste est déjà occupé et se voit contraint d’accepter des tâches subalternes qui lui permettent de subsister pauvrement durant quelques mois pour économiser le prix de son voyage de retour à la Martinique.

Pendant les sept années de son engagement militaire, Loulou Boislaville avait continué de se passionner pour les rythmes, danses, chants traditionnels de son pays, et il était connu pour cela. C’est pourquoi en 1945 son ami des Éclaireurs de France Alexandre Nestoret l’invite à se joindre au petit groupe de musiciens qu’il avait créé avec son frère violoniste Jean Nestoret, le guitariste Marcel Misaine, le pianiste Lionel “Nel” Lancry et le flûtiste François Quarménil. Leur idée était de redonner vie aux coutumes, traditions locales, fêtes religieuses… qui s’étaient presque complètement perdues à la Martinique durant les années de guerre et de blocus sous l’administration vichyste de l’Amiral Robert. Une année se passe en recherches auprès des anciens des villes et des campagnes pour retrouver la mémoire des bèlè, haute-taille, calenda, laghia, réjane, quadrille, biguine, valse, mazurka… Des danseuses et danseurs sont recrutés et le “Groupe Folklorique Martiniquais” donne ses premiers spectacles à partir de 1946. Le Carnaval, les “Chanté Noël”, les concours de chanson créole, prennent un nouvel essor. Le groupe est régulièrement invité à la radio par le tout jeune directeur des programmes de Radio Martinique, l’auteur dramatique François Billetdoux qui occupera cette fonction de 1949 à 1950.

Mais avant cela, plusieurs fois hospitalisé pour cause de maladie durant son séjour à l’armée, Loulou avait découvert la détresse et l’abandon dont souffraient beaucoup de patients de longue durée dans les hôpitaux coloniaux de la Martinique. Il en avait été profondément ému et choqué. Faisant office de précurseur, il avait commencé à organiser des ateliers de chant, de danse et de théâtre pour les malades, leur redonnant aussitôt moral et joie de vivre. Les médecins étaient admiratifs et stupéfaits devant les résultats obtenus. Revenu à la vie civile et bénéficiaire d’une pension militaire pour maladie contractée au service en temps de guerre, Loulou Boislaville, à côté de son métier de tailleur, continue de consacrer son temps libre à occuper et distraire les malades. Il se voue à cette tâche comme à un sacerdoce, se déplaçant dans la plupart des établissements de santé de la Martinique y compris ceux recevant des lépreux ou des tuberculeux. Tant et si bien que trois hôpitaux (Clarac, Colson et le sanatorium du Carbet), prenant conscience de l’utilité de ses services, proposent en 1950 à Loulou Boislaville de l’engager comme salarié. Loulou choisira l’hôpital psychiatrique de Colson, situé dans la forêt tropicale à 14 kilomètres au nord de Fort-de-France. À l’âge de 31 ans, il suit dans cet établissement un stage de formation de deux ans au terme duquel, ayant réussi son examen, on lui accordera en 1952 le diplôme d’infirmier et l’emploi correspondant. Trois mois plus tard, il est nommé responsable des activités et des loisirs, poste spécialement créé pour lui permettre de prendre en charge le bien-être et le divertissement des pensionnaires. Il en restera titulaire jusqu’à son départ à la retraite en janvier 1984. Loulou, dont un rêve inaccessible avait été d’être médecin, peut désormais s’investir avec passion pour ses patients, imaginer et organiser leur emploi du temps, leur proposer des activités, des distractions, des spectacles pour agrémenter leur vie à l’hôpital. Une place privilégiée est donnée à la musique, au chant, au théâtre, à la danse. Loulou Boislaville n’est jamais à court d’idées pour donner du bonheur à ceux qu’il considère comme sa propre famille. Un jour de 14 juillet, il décide le commandant militaire de la place de Fort-de-France à faire défiler ses troupes au son de la fanfare dans l’enceinte de l’hôpital.

En parallèle à cette occupation professionnelle, Loulou Boislaville reste activement présent au sein du Groupe Folklorique Martiniquais. Il recueille ou compose de nouveaux morceaux qui deviennent vite populaires. Dès ses débuts, le groupe fondé par Alexandre Nestoret avait commencé à présenter des spectacles pour les touristes dans les hôtels, avec le soutien de l’Office du Tourisme de la Martinique dirigé à ce moment-là par Monsieur Léontel Calvert. En 1948, le groupe part une semaine au carnaval de Trinidad, subventionné par les rhums martiniquais. Il obtient le 2ème prix au concours de costumes régionaux. En août 1952, à Porto Rico, il remporte un autre 2ème prix derrière Haïti au premier festival des musiques caribéennes organisé par le gouvernement portoricain en association avec la “Hamilton Wright Organization” de New York pour favoriser les échanges culturels entre les pays. Quelques enregistrements sont mêmes réalisés. À partir de 1955, à l’initiative de Roger Albert, fondateur de la première agence de voyages de la Martinique mais aussi personnage influent en matière de développement touristique, le Groupe Folklorique se produit à bord des nombreux navires de croisière en escale à Fort-de-France lors de chaque départ. Ces spectacles d’adieu, fort prisés des passagers, sont parfois donnés jusqu’à huit fois dans une même journée.

L’année 1949 est marquée par la rencontre de Loulou et de Simone Richard-Hilaire, sa future épouse. Née en 1921 à Sainte-Anne au sud de la Martinique, elle vient habiter à Fort-de-France en 1948 et travaille comme aide-soignante à l’hôpital Clarac. Elle intègre le Groupe Folklorique Martiniquais en 1950, répète assidûment et devient danseuse experte en biguine et calenda, participant à toutes les tournées de la troupe. Les deux époux seront unis le lundi 1er avril 1963. Outre leur amour indéfectible, ils ne cesseront de partager une immense passion pour le folklore et les traditions de la Martinique. Simone, dans les moments heureux ou difficiles, sera pour Loulou un soutien irremplaçable tout au long de sa vie.

De fin octobre à fin novembre 1963, le directeur de l’Office du Tourisme de la Martinique, Monsieur Henri Joseph, présente pour la première fois le Groupe Folklorique et le chanteur martiniquais Francisco en France métropolitaine au stand des Antilles de la Foire Saint-Romain à Rouen. C’est la deuxième plus grande fête foraine de France après la foire du Trône. La troupe est filmée à son arrivée à l’aéroport d’Orly et elle fait l’objet d’un reportage télévisé. Elle est rejointe à Rouen par le clarinettiste Eugène Delouche et la chanteuse Moune de Rivel.

L’activité du Groupe Folklorique prend de l’importance. Apparaît alors la nécessité de lui donner une envergure plus professionnelle, notamment dans les chorégraphies, pour atteindre un niveau comparable à celui des meilleures troupes de Trinidad. C’est l’idée suggérée en 1966 par Yvonne Calvert, vice-présidente de l’Office du Tourisme de Martinique, elle-même Trinidadienne et veuve du précédent directeur Léontel Calvert. Le directeur Henri Joseph demande au Ministère des Affaires Culturelles le recrutement d’un chorégraphe. Une annonce est passée. Le chanteur Henri Salvador recommande Ronne Aul, le danseur afro-américain qui réglait les chorégraphies de ses shows à la télévision. Né le 27 juillet 1925 à Yazzo City, Mississipi, Ronne Aul avait été de 1946 à 1948 un élève et un partenaire de la célèbre danseuse, chanteuse, actrice et chorégraphe américaine Katherine Dunham (1909-2006), pionnière en 1935 dans l’étude sur le terrain des danses rituelles haïtiennes et afro-caribéennes. Elle en avait fait le sujet d’une thèse de maîtrise d’anthropologie publiée en 1947 et avait été la première à intégrer des éléments de danses antillaises dans la chorégraphie moderne américaine. Ronne Aul est accepté et engagé en 1966. Dès son arrivée à la Martinique, avec l’aide précieuse de l’ethnologue Anca Bertrand, il se lance dans un recensement méthodique du folklore et des danses traditionnelles. Puis il engage des danseurs qu’il sélectionne avec soin et commence leur formation dans un nouvel esprit de discipline et de rigueur en visant une cohésion parfaite tout en préservant le caractère naturel et spontané des danses originelles. Des séances de travail intensif sont organisées le samedi soir à Sainte-Marie, vivier du folklore des campagnes : bèlè, laghia, calenda… dont quelques anciens avaient gardé la mémoire intacte. Cet entraînement drastique trouve sa consécration en décembre 1967 lors d’une grande soirée de gala au Théâtre Municipal de Fort-de-France, marquant le départ d’une ère nouvelle pour le groupe folklorique.

La troupe change de nom pour s’appeler “Les Ballets Martiniquais”. Elle compte de vingt à vingt-cinq danseurs et musiciens. Loulou Boislaville assure la présentation des spectacles et succède à Alexandre Nestoret à la direction artistique. Les différents tableaux intègrent une part de pédagogie en évoquant l’histoire et l’économie de la Martinique, la vie quotidienne, les coutumes, les traditions… Les danseurs et danseuses les interprètent avec brio, parés des magnifiques costumes traditionnels. Les spectateurs sont enthousiasmés et éblouis. Roger Albert, jouant le rôle d’impresario, signe de nouveaux contrats avec les croisiéristes et les grands hôtels de l’île. Les Ballets Martiniquais, subventionnés par le Département, deviennent une véritable institution locale, se produisant aussi pour la population en toutes occasions : fêtes patronales, carnaval, visites d’hommes politiques, événements culturels, spectacles de bienfaisance… Une soirée de solidarité est ainsi organisée le 7 octobre 1966 au Ciné-Théâtre de Fort-de-France pour venir en aide aux sinistrés du cyclone Inez qui avait fait 25 victimes en Guadeloupe dix jours plus tôt. Jusqu’en 1968, la troupe poursuit son entraînement dans les locaux de la rue Blanqui aux Terres-Sainville, au siège de la Société de secours mutuel Saint-Antoine qui avait hébergé le groupe “Madinina Gaieté” avant la guerre puis le Groupe Folklorique à sa création. Après avoir migré en divers lieux dont le dancing “La Bananeraie”, le Parc floral, la Maison du sport sur la Savane… les Ballets Martiniquais se fixeront à l’ancienne caserne Bouillé de Fort-de-France, non loin de l’emplacement de l’actuel Atrium.

Les tournées hors de la Martinique ne tardent pas à s’enchaîner. Série de spectacles à Trinidad du 10 au 14 octobre 1967. Les Ballets Martiniquais sont ensuite ovationnés le 27 octobre en seconde partie de Maurice Chevalier et Mireille Mathieu lors d’une grande fête de charité sur la scène de l’hôtel Waldorf Astoria à New York. En 1969, les Ballets passent à nouveau, en tête d’affiche cette fois, à l’hôtel Waldorf Astoria. En 1970 : inauguration du nouveau terminal Sundrome de l’aéroport Kennedy de New York. En 1972 : tournée en France, Italie, Belgique et Allemagne où les ballets participent au Festival International du Folklore à Munich dans le cadre des Jeux Olympiques. En 1973 : Grande-Bretagne, France, puis Porto Rico et les États-unis. En 1974 : à nouveau la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, puis l’Autriche et la Suisse. En 1975 : l’Amérique du Sud, la Guyane et à nouveau l’Europe dont la Suisse et l’Italie. En 1977 et 1978 : l’Europe à nouveau et le Festival mondial du Folklore à Porto Rico. Sans omettre les spectacles donnés en diverses occasions dans l’île sœur de Guadeloupe. Les voyages bénéficient du soutien logistique de la compagnie Air France, partenaire des Ballets Martiniquais. Il va sans dire que dès le milieu des années soixante, il n’est plus possible pour Loulou Boislaville de mener de front l’animation des Ballets Martiniquais et son travail à l’hôpital de Colson. La Chambre de Commerce et d’Industrie, qui chaperonne les Ballets, intervient pour obtenir de l’administration des hôpitaux son détachement pendant les périodes de forte activité touristique et chaque fois qu’il faut accompagner les tournées hors de l’île.

Mais un drame va stopper net l’ascension artistique de la compagnie dirigée par Loulou Boislaville. Le 19 mars 1980, la caserne Bouillé, siège des Ballets Martiniquais, est détruite par un incendie. Les précieux costumes, les archives, les décors, le matériel de scène, les collections patrimoniales… tout est irrémédiablement perdu. C’est une véritable catastrophe. Après une courte phase de désespoir, Loulou retrouve sa combativité et entreprend de redonner forme à l’œuvre de toute sa vie. Il fait appel à la générosité des Martiniquais qui font la démonstration de leur solidarité coutumière. Les Ballets sont provisoirement sauvés. Cependant, des difficultés financières surviennent, d’autant que des désaccords se produisent de plus en plus souvent entre Loulou, directeur artistique, et son nouvel associé chargé de la gestion financière depuis moins de deux ans. C’est au cours de ses tournées en Suisse que Loulou avait rencontré Jean-Pierre Bonjour, lequel s’était proposé de développer l’activité internationale des Ballets. En 1981, le chorégraphe Ronne Aul se brouille lui aussi avec le responsable financier. La situation n’est plus tenable et c’est la rupture. Jean-Pierre Bonjour reprend à son compte la direction des Ballets qui changent de nom pour devenir “Le Grand Ballet de Martinique”. Loulou, avec Ronne Aul et une partie des artistes, tente de reconstituer un nouveau groupe folklorique qui se maintient quelque temps. Mais la ferveur et les goûts du public ont évolué et il devient impossible de faire subsister une seconde troupe professionnelle à la Martinique. Loulou finit par renoncer et passe le relais à son fils spirituel, le chanteur Guy Méthalie, avec mission de continuer à transmettre son héritage. Loulou n’arrête pas pour autant de se dévouer à la musique et au folklore de son pays. Après sa retraite prise en 1984 à l’âge de 65 ans, et jusqu’à la fin de sa vie, il apporte avec le même entrain son concours à de multiples associations du troisième âge. Il crée et anime plusieurs chorales, se dépense sans compter dans les veillées de cantiques de Noël, participe à tous les carnavals, devient président d’honneur de la Fédération du Carnaval Martiniquais en 1988, et continue d’offrir avec un égal plaisir son expérience, ses conseils, ses souvenirs à tous les amoureux du folklore, de même qu’aux musicologues et historiens.

Tout au long de sa vie, Loulou Boislaville a reçu de nombreuses distinctions et récompenses. Le prix de la SACEM lui a été attribué en 1985. Il a été brillamment honoré dans l’Ordre national du mérite, nommé successivement chevalier en 1968, officier en 1975, puis commandeur en novembre 1993, parrainé chaque fois par son ami de toujours, le Docteur vétérinaire Robert Rose-Rosette (1905-1996). L’insigne de commandeur lui fut remis le 7 février 1994 lors d’une grande réception organisée par l’Office du Tourisme au Fort Saint-Louis de Fort-de-France, à laquelle étaient invités plusieurs centaines de convives. En 1993, la place des fêtes de la commune du Prêcheur a reçu le nom de Loulou Boislaville du vivant de celui-ci, et il existe aujourd’hui une rue et un boulevard à son nom dans les communes du Carbet et de Fort-de-France.

Loulou Boislaville est décédé le 15 mars 2001 à l’hôpital La Meynard de Fort-de-France. Les Martiniquais lui ont rendu un vibrant hommage lors de la veillée mortuaire à l’Atrium. Le dimanche 18 mars après-midi, en présence d’une foule immense d’amis et d’admirateurs, ses obsèques ont été célébrées en l’Église Sainte-Thérèse à Fort de France par le Père Louis Élie, connu lui aussi pour son attachement aux traditions martiniquaises. Une belle et grande fête, dernier défilé de carnaval de Loulou, lui a été ensuite offerte, comme il l’aurait aimé, tout au long du boulevard qui traverse la ville entre l’église et le cimetière. Le cortège était accompagné du Grand Ballet de Martinique et par de nombreux groupes folkloriques en costume traditionnel. La foule l’a salué de ses applaudissements et l’on a chanté en chœur à son passage les biguines et ritournelles qu’il avait composées. Loulou repose aujourd’hui au côté de son frère Eugène Delouche dans le caveau de la famille Boislaville au cimetière de la Levée à Fort-de-France.

À propos de cette réédition
Nombreux sont les disques enregistrés par Loulou Boislaville sous le nom du Groupe Folklorique Martiniquais. Le premier fut réalisé à la Martinique à la fin de l’année 1950 et publié en 78 tours sous une marque éphémère : “Mélodium” dont ce fut l’unique production. Deux titres furent gravés dont la fameuse biguine “L’homme sans tête”, composition humoristique de Loulou Boislaville et Jean Balustre reprise en 1953 par David Martial avec l’orchestre d’Eugène Delouche (coffret Frémeaux & Associés FA 5352). C’est un négociant métropolitain installé à Fort-de-France qui avait proposé à Loulou de faire ce disque dont le succès commercial, paraît-il, fut énorme pour l’époque, s’agissant du premier enregistrement réalisé dans l’île et pressé en Métropole.

De 1951 à 1953, la station “Radio Martinique” grava pour les besoins de la radiodiffusion quelques faces Pyral qui ne furent pas publiées dans le commerce.  Dispersées lors de la restructuration de la station, elles ont fort peu de chances d’être un jour rééditées pour le public. En 1958, une séance d’enregistrement fut organisée à la Martinique par les disques “Cook”, label américain spécialisé dans la musique ethnique. On la trouve aujourd’hui en CD chez “Smithsonian Folkways Recordings”, institution patrimoniale à but non lucratif sise à Washington. Trois disques LP, dont l’un dédié aux cantiques de Noël, furent produits à partir de 1959 par “La Maison des Merengues” dirigée à Fort-de-France par Eugène Balthazar. Une partie de ces enregistrements ont été réédités par les productions Sully Cally. Un autre disque fut réalisé au milieu des années soixante par la marque martiniquaise “Hit-Parade”. Enfin, six disques LP furent édités par la firme guadeloupéenne Célini entre 1967 et 1981, puis un autre à Paris par la marque “Déesse” sous le nouveau nom du “Grand Ballet de Martinique”, peu avant que Loulou Boislaville en abandonne la direction. Tous ces disques, visant à perpétuer les traditions musicales de la Martinique, font entendre le programme coutumier des spectacles de la troupe et montrent parfois de grandes similitudes. Beaucoup de séances partagent un noyau de musiciens habitués du groupe où l’on retrouve par exemple Hurard Coppet (1908-1971), Turenne Roussi (1929-1988), Frantz Régna ( ? -2009) à la clarinette, et le vétéran Raymond Lauzette (1890-1973) au trombone.

C’est à partir de trois albums édités par le producteur Raymond Célini que la présente compilation a été réalisée. La séance de 1973, enregistrée dans un studio parisien à l’occasion d’un passage en Métropole, a l’avantage d’offrir une qualité acoustique bien supérieure à celle des précédentes productions et elle bénéficie en plus de la présence exceptionnelle du tromboniste guadeloupéen Albert Lirvat, maître en animation d’orchestre, qui sait communiquer aux musiciens par ses chorus, riffs et contrepoints, toute la joie, la vigueur et la vitalité dont il est capable. La révélation de cette séance est sans aucun doute le Martiniquais Frantz Régna, bien oublié aujourd’hui, qu’il faut placer au rang des grands clarinettistes antillais dans la continuité des Stellio, Delouche, Coppet ou Noiran. Doué d’une sonorité pénétrante et troublante à l’égal de ce dernier, capable d’imaginer une infinie variété de broderies et de nuances, il est l’un des derniers héritiers de l’authentique style créole de Saint-Pierre qui reflétait l’insouciance, la douceur, la légèreté de la ville disparue en 1902. Tout comme Maurice Noiran aussi, il aura préféré se mettre en retrait de la scène et se satisfaire du simple plaisir de partager son art avec passion dans l’anonymat et la modestie. Si bien qu’on ne sait presque rien de Frantz Régna, sinon qu’il était natif de Rivière Pilote, qu’il s’était fixé en Métropole et qu’il y est décédé octogénaire en mars 2009. Il repose aujourd’hui au cimetière de Villetaneuse, dans la banlieue nord de Paris. Nous avons complété cette compilation avec deux titres parmi les plus connus de Loulou Boislaville : “Ti valse nou a” et “Hermancia” extraits d’une séance de 1967. On peut y entendre le clarinettiste saxophoniste Turenne Roussi et le tromboniste Raymond Lauzette dont le style instinctif n’est pas sans rappeler celui d’Archange Saint-Hilaire dans ses premiers enregistrements avec Stellio en 1929.

Les thèmes des chansons et la vivante interprétation qui nous en est donnée laissent imaginer l’humour, le bonheur, la jubilation de ces spectacles chantés et dansés qui suscitaient chaque fois l’émerveillement du public. Beaucoup de titres sont des œuvres de Loulou Boislaville. Il a créé environ 80 compositions dont 52 ont été publiées en 1997 dans un recueil des cahiers de la chanson créole. Comme il le dit lui-même très humblement, il n’a jamais appris à lire ou écrire la musique, de même qu’il ne sait jouer d’aucun instrument. Ses seules ressources sont sa voix et son imagination. La musique et les paroles viennent d’un jet quand il est inspiré. Des transcripteurs chevronnés l’aidaient à noter sa musique. Il a eu longtemps recours à son professeur Victor Coridun (1895-1973), auteur du célèbre recueil de chansons créoles de Saint-Pierre publié en 1929, mais aussi au pianiste Nel Lancry (1925-2006) et plus récemment à Michel Béroard.

L’une des originalités de Loulou Boislaville était de mettre en scène des chansons inspirées de la vie quotidienne, assemblées en pot-pourri et arrangées en forme de sketches musicaux où il tenait l’un des rôles. La plus comique de ces pièces et la plus appréciée des spectateurs était sans aucun doute “Ba moin an ti bo” qui recrée une scène de ménage entre deux amoureux. Loulou et sa partenaire Marie-Thérèse Malfleury, dans un échange à feu nourri de répliques mordantes et cocasses, y font la preuve de leurs talents pour le théâtre en redonnant à cette biguine si souvent rabâchée un piment et un intérêt inédits. Il en est de même pour “Cé machan’nes nous a” qui restitue l’ambiance animée et colorée des marchés martiniquais et nous fait découvrir l’incroyable diversité des légumes, fruits, confiseries, gâteaux… proposés par les marchandes locales. Trois chanteuses, avec beaucoup de réalisme, de conviction et une maîtrise vocale affirmée, interprètent les couplets à tour de rôle. La biguine “Martinique trop belle” de Gaston Nuissier est un hymne à la beauté de la Martinique et de ses paysages, à son hospitalité, à la douceur de son climat, à la qualité de ses produits comme le sucre et le rhum. La couleur sonore des interprétations est rehaussée par les chœurs. Certains titres sont des classiques du répertoire martiniquais : ainsi la biguine “Missié Michel” remontant à la grève des ouvriers agricoles qui fit une dizaine de morts en février 1900, la mazurka “Laetitia” d’Eugène Delouche, et plusieurs compositions d’Alexandre Stellio comme la mazurka “La nuit” ou les biguines “Bête à feu”, “L’échelle poule” et “Serpent maigre”. À propos de ce dernier titre, dont on savait depuis longtemps que Stellio avait plagié un ragtime américain, le mystère est aujourd’hui levé, comme nous l’avons appris de Roland Pierre-Charles, pianiste martiniquais. Stellio n’a pas copié Scott Joplin mais un autre compositeur américain beaucoup moins connu : le pianiste aveugle Charles Hunter (1876-1906), lui aussi maître du ragtime, qui composa “Tickled to death” en 1899 alors que Stellio n’avait encore que 14 ans. L’écoute comparative avec “Serpent maigre”, enregistré trente ans plus tard en 1929, montre la ressemblance frappante entre les deux œuvres, tant par leur structure en trois parties que dans la scansion et le dessin mélodique de chacune d’elles. Les deux premiers thèmes font ressortir quelques variations mais le troisième, dans la version de Stellio, est quasiment la copie conforme du ragtime original.

Lors des représentations du Groupe Folklorique Martiniquais, les pièces vocales alternaient avec les morceaux purement instrumentaux : valses, mazurkas, biguines dont la délicieuse “Danse des parapluies” de Maurice Alcindor (non incluse dans ce CD), prétexte à de savantes et délicates chorégraphies de Ronne Aul mettant en valeur l’élégance, la beauté, l’agilité, la grâce, la séduction des danseuses et danseurs parés de leurs costumes raffinés, les femmes se distinguant par leurs bijoux étincelants et leurs coiffures de madras multicolore. Aux danses réglées et convenues des bals citadins succédaient celles libérées et spontanées des campagnes au son du tambour “bèlè”, et parmi elles “La Calenda”, danse érotique, impétueuse et provocante des anciens esclaves exaltant à leur manière les feux ardents de l’amour.

La représentation se terminait enfin sur la célèbre et touchante valse créole “Adieu foulard, adieu madras” attribuée à François Claude Amour, Marquis de Bouillé, qui fut gouverneur général des colonies françaises des Îles du Vent de 1777 à 1783. Cette chanson d’adieu est ici interprétée en duo de manière tendre et sentimentale par Loulou Boislaville et Marie-Thérèse Malfleury avant d’éclater d’un coup en une frénésie endiablée de refrains de carnaval. Ainsi peut-on se plonger en rêve dans la fête du Carnaval de Saint-Pierre avant la catastrophe quand le peuple, du plus humble au plus opulent, se trouvait rassemblé dans les rues en foule compacte, déguisée et masquée, pour exorciser les soucis quotidiens dans la transe collective. De même, à la fin de chaque spectacle du Groupe Folklorique, le public était-il invité à rejoindre les danseurs et danseuses sur la scène. La soirée, au son de l’orchestre déchaîné, finissait en apothéose en un joyeux et délirant “vidé” qui ne tardait pas à submerger toute la salle.
Jean-Pierre Meunier
© Frémeaux & Associés, Groupe Frémeaux Colombini SAS, 2012

Remerciements
Pour l’aide apportée, nous exprimons toute notre gratitude à Loulou Boislaville qui nous a accordé une longue interview le 10 février 1994, Simone Boislaville, Delly Boislaville, Roland Pierre-Charles.

Bibliographie
Ronne Aul et Loulou Boislaville, de Catherine Glondu-Seloi, éd. K-Éditions, 2010. 
Chants et compositions de Loulou Boislaville, réalisé par Jean-Luc Danglades, éd. SOCIFAC, 1997.
Le grand livre des musiciens créoles, de Sully Cally, éd. Sully Cally, 1996. 
Musique aux Antilles, de Maurice Jallier et Yollen Lossen, éd. Caribéennes, 1985.


La maison de disque Célini “Aux Ondes”, créée par Raymond Célini, a produit de nombreux artistes et disques d’anthologie, on compte parmi eux le premier album de Malavoi, et l’Album d’or de la biguine. Ces derniers ont été cédés à Frémeaux & Associés par Harry Célini, sous la direction artistique de Jean-Pierre Meunier, afin de permettre à ce catalogue de la musique créole indépendante de rester disponible dans le monde entier.
Augustin Bondoux



Loulou Boislaville
Loulou Boislaville (1919-2001) was a well-known songwriter from Martinique, where from 1966 to 1981 he led the famous “Groupe Folklorique Martiniquais” created in 1945 by Alexandre Nestoret in Fort-de-France. Loulou Boislaville devoted his life to preserving and spreading the music & dance legacy of the French West Indies. He was a major contributor to the renaissance of the carnival and Christmas traditions in Martinique after the Second World War, and his group gave countless performances, not only for tourists on the island but also overseas during their many international tours.

Loulou Boislaville was the illegitimate son of Marie Emma Eugénie Boislaville (1898-1964), who was born in Le Prêcheur, a village near the northern tip of Martinique. His father Louis Delouche (1881-1962), who was from Sainte-Philomène to the north of Saint-Pierre, was also the father of clarinettist Eugène Delouche (1909-1975), and the half-brother of Loulou became one of the legends of Martinique music in Paris in 1931. Just before Loulou was born, his mother Eugénie left her village and went to Fort-de-France (Morne Abélard), and it was there, on January 8th 1919, that she gave birth to her only child, Louis Lucien “Loulou” Boislaville. Shortly afterwards, she went to live in the popular Terres-Sainville quarter of the island’s capital, leading a modest, courageous existence cooking meals which she sold on market-days.

Loulou Boislaville grew up in a colourful world which bustled with shopkeepers, craftsmen and musicians both day and night… doors and windows remained open, and music and songs filled the air for neighbours and visitors alike. The boy showed no aptitude at all for his studies, but he had a natural gaiety filled with optimism, and it was very communicative; he was still very young when he revealed his father’s genes with music that had rhythm and energy, singing for his school-friends at the slightest opportunity. As a teenager he joined the Scout movement called “Les Éclaireurs de France”, where his talents were immediately noticed at gatherings. In 1935, Loulou and his friends formed a troupe of actors, singers, dancers and musicians they called the “Madinina Gaieté”, and the little company performed comedy-routines – in French and in Creole – at concerts and dances held all over Martinique until 1939.

In 1936 Loulou Boislaville joined a tailors’ school – a recent enterprise following the initiative of Martinique’s Chamber of Commerce and Industry – and he became a certified tailor in September 1939 just before war was declared. He joined the Army – they needed tailors – and it became his profession until 1946. After the 1945 Armistice, his fellow-Scout Alexandre Nestoret invited him to join the little group of musicians he’d formed with his brother Jean Nestoret, a violinist, along with Marcel Misaine (guitar), Lionel “Nel” Lancry (piano) and flautist François Quarménil; the group aimed to restore the customs of the island and give new life to its local traditions and religious ceremonies… all of which had been almost completely forgotten in Martinique during the war-years. They recruited dancers, both male and female, and the “Groupe Folklorique Martiniquais” was born.

During his seven years in the Army, Loulou Boislaville had fallen ill several times and been taken to hospital; he took advantage of his stays there to organize free workshops for patients interested in singing, dancing or theatre, and his talents did much to restore morale. When Loulou was demobilized, and although he was still officially a tailor, he continued to devote much of his time to patients in several hospitals on the island of Martinique: at Colson there was a psychiatric hospital hidden away in the tropical vegetation a few miles to the north of Fort-de-France, and the hospital board offered to give Loulou Boislaville a job. He joined the staff in 1950 for training, and became a registered nurse there in 1952; three months later he was appointed to take charge of the patients’ leisure-activities, and he remained on the staff of the hospital until his retirement in January 1984.

He might have been a medical professional, but in parallel Loulou Boislaville remained extremely active with the ‘Groupe Folklorique’ which, under the aegis of the Office of Tourism, played regularly for tourists staying at the island’s hotels. In 1948 the group went to Trinidad to play at the Carnival for a week, sponsored by Martinique’s rum-producers… In 1949 Loulou met Simone Richard-Hilaire, his future wife, who joined the Groupe Folklorique Martiniquais in 1950; moved by the same passion for the folk-music and traditions of Martinique, she remained Loulou’s most faithful supporter even when times were hard. In August 1952, in Puerto Rico, the group won Second Prize (behind Haiti) at the first Caribbean Music Festival organized by the government of Puerto Rico and the Hamilton Wright Organization in New York, which promoted cultural exchange. They even made records… From 1955 onwards the Groupe Folklorique played on cruise-ships at anchor in Fort-de-France.

From the end of October to the end of November 1963 the Groupe Folklorique appeared in France for the first time, playing on the French West Indies stand at the Rouen Fair. The group’s reputation outside Martinique was growing, and the island’s Tourist Board decided to give it international status by hiring a full-time professional choreographer, beginning in 1966. The choreographer was Afro-American dancer Ronne Aul (he was born on July 27th 1925 in Yazoo City, Mississippi), a former partner of dancer, singer, actress and choreographer Katherine Dunham (1909-2006), who became famous for her research into ritual Afro-Caribbean dances and their integration into modern American dance. Under Ronne Aul’s influence, the group’s dance-routines acquired perfection, the result of intensive rehearsal and rigorous discipline. A new era began for the Martinique folk-group, which changed its name to become the «Ballets Martiniquais” with Loulou Boislaville as its Artistic Director; as for his therapeutic work at the hospital in Colson, the Tourist Board granted him leave whenever necessary…

One tour followed another: the group went to Trinidad in 1967 before appearing at New York’s Waldorf Astoria Hotel the same year and in 1969; they inaugurated the new terminal at JFK Airport the following year in New York, and then played in France, Italy and Belgium before an appearance at the Munich Olympic Games in 1972. Between 1975 and 1978 they also gave performances in England, Puerto Rico, French Guyana, Germany, Austria and Switzerland. The ascension of the «Ballets Martiniquais» came to a sudden halt on March 19th 1980 when the Caserne Bouillé – its headquarters in Fort-de-France – was destroyed by fire. The troupe’s precious costumes, archives, stage-sets and decors, collections which were part of the island’s legacy… all were irremediably lost. The group despaired of continuing; Loulou made a determined appeal to the generosity of the islanders and managed to put the Ballet back on its feet… for a while. In 1981, faced with increasing financial difficulties, Loulou and his new associate quarrelled and the latter took over the reins of the Ballet under its new name, “Le Grand Ballet de Martinique”.

After his retirement from the hospital in 1984 – he was sixty-five – Loulou Boislaville would spend the rest of his days working with associations devoted to the care of the elderly, and he was involved with several singing-groups which appeared during the carnival season and at year-end. In 1993 he was decorated as a Commander of the National Order of Merit of the French Republic. Loulou Boislaville died in Fort-de-France on March 15th 2001. His funeral was held on Sunday March 18th in the presence of a huge crowd of friends and admirers who accompanied him to his grave according to his last wishes. The procession became a vast folk-festival, with the crowd singing the beguines and mazurkas he had composed over the years.
Jean-Pierre MEUNIER
Adapted into English by Martin Davies
© frémeaux & associés, groupe frémeaux colombini SAS, 2012


1. MISSIÉ MICHEL (OUÉ OUÉ) (Ernest Léardée, Stellio). Biguine   3’02
Chant : Loulou Boislaville.

2. TROIS VALSES  (Folklore). Valse pasillo  3’33

3. GRAND MAIS GRAND (Louis Boislaville). Mazurka   3’23
Chant : Loulou Boislaville.

4. MARTINIQUE TROP BELLE (Gaston Nuissier). Biguine   1’53
Chant : Loulou Boislaville.

5. DANSEZ LA MAZOUK (Louis Boislaville). Mazurka   2’55

6. BÊTE A FÉ – L’ÉCHELLE POULE (Stellio). Biguine   4’58

7. TROIS PROMENADES (Folklore). Biguine polka   2’17

8. LA CALENDA (Louis Boislaville). Calenda   2’52

9. SERPENT MAIGRE (Folklore). Biguine   2’50

10. PARAPLUIE ESCLAVE (Folklore). Biguine   2’25

11. CÉ MACHAN’NES NOUS A (Paroles de Louis Boislaville). Biguine   3’41
Chant : Marie-Thérèse Malfleury, Sylvanise Pépin, Marie-Ange Jean-Baptiste.

12. LAETITIA (Eugène Delouche). Mazurka   3’24
Chant : Loulou Boislaville.

13. BA MOIN AN TI BO (Folklore). Biguine   4’20
Chant : Loulou Boislaville et Marie-Thérèse Malfleury.

14. MAZURKA CLASSIQUE (LA NUIT) (Stellio). Mazurka   3’17

15. SANSAN’NE (CENCEN’) (Sam Castendet). Biguine   3’21
Chant : Loulou Boislaville.

16. TI VALSE NOU A (Louis Boislaville). Valse   3’20
Chant : Loulou Boislaville.

17. HERMANCIA (Louis Boislaville). Mazurka   3’23
Chant : Loulou Boislaville.

18. ADIEU FOULARDS (Folklore). Valse lente   8’18
Chant : Marie-Thérèse Malfleury et Loulou Boislaville.

POT-POURRI CARNAVAL (Folklore). Biguine vidé. 
(La fête Gondeau, En pyjama, Papillon volé, Crapaud, Roulez, Baissez bas, Angelina,
Cavalcade, Madam’ ka coné moin, A la califourchon, Guiab’la)

Informations discographiques
Disque Célini “Aux Ondes” Réf.  RCG 10032 (Titres 1 à 9) 
Disque Célini “Aux Ondes” Réf.  RCG 10033 (Titres 10 à 15 et 18) 
Al Lirvat
(trombone), Frantz Régna (1ère clarinette), Claude Monteil (2ème clarinette, saxophone soprano), Maurice Charlery (piano), Arcade Dondon (guitare), non identifié (contrebasse), Émile Trébeau (chacha, accordéon dans 8 et 10), Marcel Longrais (batterie). 
Enregistré à Paris en 1973

Disque Célini “Aux Ondes” Réf.  CÉLINI 102 (Titres 16 et 17) 
Raymond Lauzette
(trombone), Turenne Roussi (clarinette, saxophone), Georges Sainte-Rose (banjo) Lucien Charlery (violoncelle), Émile Trébeau (chacha), Marcel Longrais (batterie).
Enregistré à Pointe-à-Pitre en 1967

Loulou Boislaville (1919-2001) fut de 1966 à 1981 l’animateur du célèbre Groupe Folklorique Martiniquais créé en 1945 par Alexandre Nestoret. En présentant des spectacles chatoyants de musiques et de danses traditionnelles tant dans son île qu’à l’occasion de nombreuses tournées internationales, il contribua grandement à la renommée des Antilles à travers le monde.
Jean-Pierre Meunier

From 1966 to 1981 Loulou Boislaville (1919-2001) led the famous ‘Groupe Folklorique Martiniquais’ which Alexandre Nestoret created in 1945. With shows that gleamed with traditional music and dancing, not only on the island of Martinique but also during many tours abroad, he made a major contribution to the worldwide fame of the French West Indies.
Jean-Pierre Meunier

CD GROUPE FOLKLORIQUE MARTINIQUAIS, DIRECTION LOULOU BOISLAVILLE © Frémeaux & Associés 2012 (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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