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trilogie

Yvette, Yvette, Yvette !



Nathalie Joly
chante
Yvette Guilbert






Je ne sais quoi
En v’là une drôle d’affaire
Chansons sans gêne



Yvette, Yvette, Yvette ! L’intégrale - Nathalie Joly chante Yvette Guilbert



« Égérie des cabarets montmartrois de la Belle Époque, Yvette Guilbert, dont les traits ont été immortalisés par Toulouse Lautrec, est une grande figure de notre patrimoine. La comédienne et chanteuse, Nathalie Joly réalise un formidable travail d’interprétation et de mise en musique du répertoire de celle qui fut sans doute la première chanteuse moderne. L’univers de la “ Diseuse fin de siècle ”, engagé, drôle, poétique, est empli d’une force et d’une audace que Nathalie Joly interprète avec justesse et pertinence. Une œuvre intemporelle, annonciatrice de celle des grandes chanteuses à textes du XXe siècle, à laquelle Nathalie Joly redonne toute sa symbolique contemporaine. »
Augustin BONDOUX et Patrick FRÉMEAUX


Pionnière du féminisme, précurseure d’une écriture féminine française moderne, Yvette Guilbert a inventé l’art du parlé chanté, ancêtre du RAP. Depuis dix ans nous explorons son œuvre intemporelle, engagée, drôle, poétique, audacieuse. Pour dire l’histoire de cette femme, il aura fallu trois spectacles. L’histoire d’une émancipation. De l’émancipation d’Yvette Guilbert à celle de ses héritières.
Ma passion pour les formes parlées et chantées m’a poussé à explorer différents répertoires des années 30-40 : En France dans la chanson réaliste ou l’intermède forain, en Allemagne dans le cabaret Berlinois et le sprech gesang de Kurt Weill, en Espagne dans le café cantante, comme en Roumanie dans la doîna, partout on retrouve dans cette Europe de l’entre-deux-guerres cet art particulier du parlé chanté. L’origine de cet art naît en France avec la première diseuse, Yvette Guilbert, à qui Charles Gounod dira : « Continuez à parler en chantant comme vous le faites, c’est là votre « merveille », ce chant parlé, ce rythme dans le verbe. »     
Freud entend Yvette Guilbert dès ses débuts au cabaret, lors de son premier séjour à Paris. Il suit alors les consultations de Charcot vers 1890, à la Salpêtrière. Frappé par l’esprit de l’interprète, séduit par son art de l’authenticité, il lui fait part de son admiration. Son portrait figurera aux murs de son bureau aux côtés de celui de Lou Andréas Salomé. Tous deux cherchent dans les « terres inconnues » de la sexualité ce qui alimente la vie de l’esprit. Leur correspondance entre Vienne, Paris et Londres témoigne d’une amitié qui dura un demi-siècle. Leurs 18 lettres entre 1926 à 1938 m’ont été confiées par le London Freud Museum, nous les avons publiées dans un coffret CD livre (Je ne sais quoi c/o Seven Doc / Marche la route). Elles servent de colonne vertébrale au spectacle JE NE SAIS QUOI créé à l’invitation de Paul Denis chargé par la Société Psychanalytique de Paris d’organiser la célébration du 150ème anniversaire de la naissance de Freud à la Mutualité (novembre 2006). On retrouve dans ce premier volet la célèbre chanson « Madame Arthur » qui donne son titre au spectacle et les deux chansons préférées du Maître de la psychanalyse « Dites-moi que je suis belle » et « La soularde » .
Un fond important de partitions et documents inédits, écrits de la main d’Yvette Guilbert, m’a été par une vieille dame. Il a nourri le second spectacle EN VL’À UNE DRÔLE D’AFFAIRE et le CD (Marche la route, label France musique). Cet opus, également mis en scène par Jacques Verzier, s’intéresse à la seconde carrière d’Yvette Guilbert qui la voit interpréter des chansons plus littéraires, inventant entre parlé et chanté, le « rythme fondu » .
Pour mettre en scène la troisième période de la vie d’Yvette Guilbert, marquée par la carrière cinématographique éblouissante qu’elle débute dans la maturité de sa vie à 61 ans avec L’Herbier, Tourneur, Murnau… j’ai fait appel à l’acteur Simon Abkarian, homme de théâtre, de cinéma et de music-hall. CHANSONS SANS GÊNE a été créé à Marseille où Yvette Guilbert s’est réfugiée dans les dernières années de sa vie. Lors de son dernier récital, en 1938, elle salue avec émotion le public parisien qui l’a « vue vieillir, souriante et chantant. » On ne saurait toutefois oublier ni le combat contre les inégalités, ni la quête d’authenticité de cette « princesse de la rampe » qui avait « fui la bruyante gloire ». (CD Frémeaux & Associés / Marche la route). Yvette Guilbert n’a sans doute pas chanté Friedrich Hollaender, ni la valse Im chambre séparée (réminiscence de l’enfance viennoise de Sigmund Freud), mais a beaucoup tourné en Allemagne où elle a introduit son style et son goût pour le cabaret. S’ajoutent au contenu du 3ème album des compositions et textes de notre spectacle, inspirés des écrits d’Yvette Guilbert qui était aussi chroniqueuse, romancière à ses heures, biographe et conférencière, poursuivant inlassablement par l’écrit son combat en faveur des femmes et de leur émancipation. Une chanson de Barbara complète ce tableau musical, qui aurait pu tout aussi bien appartenir au répertoire d’Yvette, avec lequel Barbara a commencé sa carrière.   
Nathalie Joly
© marche la route


Sigmund Freud prétendait ne pas aimer la musique, mais il aimait les chansons d’Yvette Guilbert, pas seulement parce qu’elles lui rappelaient le Paris de sa jeunesse, mais par tout ce que ces chansons exprimaient de sentiments profonds, de désirs, de conflits et d’humour dans la détresse. A l’inverse de Romain Rolland qui s’abandonnait volontiers au « sentiment océanique » communiqué par les foules ou par l’orchestre, Freud se gardait de l’exaltation, sans doute pensait-il que c’est un état qui fait perdre le contact avec la réalité et a toujours quelque chose de factice. Il n’aimait l’air qu’avec la chanson, mais aussi avec le talent de l’artiste, avec sa présence charnelle. L’émotion dont il parle en évoquant certaines pages d’Yvette Guilbert, « La soularde » par exemple, tient à la justesse du texte dans l’expression du malheur, de la déchéance sociale et du rejet dont la souffrance psychique est l’objet, mais aussi au talent de la comédienne chantante, de l’artiste dont Freud n’a jamais tenté de réduire le mystère : « Pourquoi frémit-on en entendant “La Soularde” ou pourquoi répond-on “oui” avec tous ses sens à la question : “Dites-moi si je suis belle” ?… Mais on en sait si peu là-dessus », écrivait-il à son amie. La souffrance psychique et sa négation vont de pair avec le refus de l’inconscient : Freud ne pouvait qu’être sensible aux manifestations de l’inconscient qui apparaissent à tout moment dans les couplets d’Yvette Guilbert : la joie sadique de la dame du « Fiacre », débarrassée de son mari, le pragmatisme indulgent de Dame Gertrude, dame entretenue, qui préfère tellement choisir les vieux, l’omniprésence de la sexualité dans la vie… Yvette Guilbert se joue et joue des traits les plus noirs de l’esprit. C’est sur cette communauté de sensibilité que s’est fondée l’amitié de Freud et d’Yvette Guilbert, liés par leur aptitude commune à l’indulgence et plus encore à l’humour, cette musique du sourire si nécessaire pour supporter les vicissitudes de l’existence.
Paul Denis
(©Préface du CD livre « Je ne sais quoi »)

Comédienne–chanteuse,
Nathalie Joly obtient un 1er prix de chant à l’unanimité ainsi qu’un 1er prix de musique de chambre au CNR de Boulogne-Billancourt, et une maîtrise de philosophie à la Sorbonne. Elle tourne pour Canal+ « Les aventures de Mona Lisa ». Au théâtre, elle joue notamment sous la direction de Philippe Adrien (Rêves de Kafka et Ké voï), Thierry Roisin (Les Pierres), Michel Rostain (Jumelles), Alain Françon et l’Opéra de Lyon (La vie Parisienne d’Offenbach), Maurice Durozier (Brûleur de planches, Cabaret ambulant, Calma de la mar, Désirs de mer), Lisa Wurmser (Marie des grenouilles, La bonne âme du Set chouan)… et des compositeurs comme Maurice Ohana, le GRAME James Giroudon et Pierre Alain Jaffrenou, David Jisse, Christian Sebille, Philippe Legoff. En Afghanistan, à Kaboul, elle a réalisé en 2005 le film documentaire Tashakor.
Nathalie Joly a exploré les formes parlées – chantées, dans les spectacles et CD qu’elle a écrit et réalisé avec la compagnie Marche la route : Je sais que tu es dans la salle sur Yvonne Printemps et Sacha Guitry, Cabaret ambulant sur le Théâtre forain, Surabaya Trio puis J’attends un navire - Cabaret de l’exil d’après l’œuvre de Kurt Weill coréalisé avec Jacques Verzier, Cafés Cantantes sur les chansons de superstition et Paris Bukarest sur Maria Tanase mis en scène par Maurice Durozier. Le Musée d’Orsay lui a commandé Café polisson pour l’ouverture de l’exposition « Splendeurs et misères, images de la prostitution en France 1850-1910 » mis en scène par Jacques Verzier (sept. 2015). Elle a prolongé son exploration avec de jeunes rappeurs Marseillais dans sa création Diseuses sur l’histoire du parlé chanté d’hier au Rap d’aujourd’hui. Elle a créé sa trilogie sur Yvette Guilbert Je ne sais quoi et En v’là une drôle d’affaire, sous la direction de Jacques Verzier puis Chansons sans gêne sous la direction de Simon Abkarian. Ces trois spectacles ont été créés à Paris au Théâtre de la Tempête, joués plus de 400 fois en France et dans une quinzaine de pays, en quatre langues. Yvette, Yvette, Yvette ! L’intégrale sera présentée au Théâtre du Soleil du 28 septembre au 22 octobre 2017.
Jean-Pierre Gesbert collabore depuis 1999 aux créations et parutions de Nathalie Joly J’attends un navire - cabaret de l’exil, Je ne sais quoi, En v’là une drôle d’affaire, Chansons sans gêne, Diseuses et Café polisson. Pianiste et comédien, il a travaillé avec le Centre Dramatique National des Pays du Nord, la compagnie du Pélican de Laurent Pelly et le Studio de Jean-Louis Martin-Barbaz. Il a joué dans Les Bouchons chantent Mireille et Jean Nohain, et travaillé avec Hervé Van der Meulen, Laurent Serrano, Laurent Pelly, Philippe Meyer, Patrick Simon, Ariane Dubillard… Il est aussi directeur musical et compositeur pour le théâtre.


Yvette Guilbert (1865 -1944)  
Emma Guilbert nait en 1865 à Paris. C’est au roman de Maupassant “Yvette” qu’elle empruntera plus tard son nom de scène… Sa famille a peu d’argent, son père, volage et dépensier, quitte le domicile conjugal. Sa mère exerce le métier de chapelière, passementière, brodeuse… Yvette quitte l’école à douze ans pour l’aider. Cousette, vendeuse puis mannequin à seize ans, elle est repérée dans la rue par Charles Zidler, le directeur de l’Hippodrome. Le créateur du Moulin-Rouge l’engage en 1885 comme comédienne. Elle joue des petits rôles puis se tourne vers la chanson qui paie mieux, et débute en 1889 à l’Eldorado, mais le succès n’est pas au rendez-vous : Tu n’as pas d’expression, tu ne fais pas les bons gestes ! lui dit le directeur des Nouveautés. En quête de textes nouveaux, elle écrit « La Pocharde » qui lui apporte un peu de succès. A partir d’œuvres d’art, elle invente sa silhouette de Diseuse de fin de siècle immortalisée par le peintre Toulouse-Lautrec: Longue et mince, robe de satin vert, longs gants noirs et chevelure flamboyante. Elle obtient ses premiers succès avec les chansons de Léon Xanrof en dénichant ses “Chansons sans gêne” sur les quais, et les couplets d’Aristide Bruant. Elle enchaîne les salles de cafés concerts : le Divan Japonais, le Concert Parisien, les Ambassadeurs, la Scala, le Chat Noir… Elle devient la plus célèbre « Diseuse fin de siècle » de la Belle Époque. Dès 1894 elle commence une carrière internationale qui la mène jusqu’aux Etats-Unis. En 1897, elle y épouse Max Schiller, biologiste Viennois, ancien manager de Sarah Bernhardt et public relations d’Eleonora Duse. Résolument hors des codes, Yvette Guilbert invente un langage entre parlé et chanté (cf le spectacle « En v’là une drôle d’affaire »). En deux chansons (Madame Arthur et Le Fiacre), elle accède à la gloire et tourne dans le monde entier. Gravement malade à partir de 1900, opérée huit fois d’un rein, elle interrompt sa carrière pendant onze ans. Au début des années 1910, elle créée à New York son école des arts du spectacle. Dès 1900 elle explore le répertoire de sa seconde carrière : chansons traditionnelles, complaintes, ballades médiévales, chansons du patrimoine du Moyen-âge jusqu’au 19ème siècle. Ruinée, elle rentre en France et reprend les succès grivois de ses débuts. Elle publie sa biographie « La chanson de ma vie », écrit des romans, entame à 61 ans une carrière cinématographique éblouissante (cf le spectacle « Chansons sans gêne »). Réfugiée à Aix-en-Provence pour se cacher de la Gestapo, Yvette Guilbert y décède le 3 février 1944. La même année, les femmes obtiennent leurs droits politiques. Amie de Freud qu’elle a rencontré à ses débuts grâce à Madame Charcot, elle échange avec le maître de la psychanalyse une correspondance intense (publiée intégralement dans le CD livre du « Je ne sais quoi » c/o Seven doc / Marche la route), elle est aussi très proche d’Eleonora Duse et de Loïe Fuller, admirée par des écrivains comme Zola, Pierre Louÿs, Edmond de Goncourt, Pierre Loti, Jean Lorrain… Yvette Guilbert a traversé les époques. Elle reste avec Thérésa l’une des premières grandes vedettes de la chanson française et représente aujourd’hui encore une figure moderne de la parole féminine.    Nathalie Joly © Marche la route



Revue de Presse (extraits)
LE MONDE 24.12.09
De l’intérêt de Sigmund Freud pour Yvette Guilbert, la plus moderne des chanteuses d’antan. Nathalie Joly retrouve le parlé chanté caractéristique de « Madame Yvette ». Parce qu’il s’intéressait aux femmes, à l’art, et à leurs mystères respectifs, Sigmund Freud avait été subjugué par Yvette Guilbert (1865-1944). Le médecin viennois était venu à Paris en 1890 afin de suivre les consultations du professeur Charcot, grand spécialiste de l’hystérie. La chanteuse de cabaret faisait ses débuts à l’Eldorado, et le fondateur de la psychanalyse écouta bouche bée Dites-moi si je suis belle, chantée sur une mélodie tortueuse datant du XIVe siècle. Freud resta fidèle au modèle favori de Toulouse-Lautrec, qui la dessinait sans relâche, taille fine, yeux perdus, longs gants noirs.
En 1897, la plus moderne des chanteuses d’antan épousa un autre Viennois, biologiste, Max Schiller. Plus tard, Freud accrocha à son mur, à côté du portrait de son amie l’écrivain Lou Andreas-Salomé, celui de cette femme qui fascina Paris et bien au-delà, jusqu’à ce qu’elle tombe malade en 1900. Et Freud entretint une passionnante correspondance avec la « diseuse fin de siècle », unique en son art du parlé-chanté et du théâtre en scène. Passionnée par ce genre très européen, Nathalie Joly a construit un spectacle, Je ne sais quoi, fondé sur dix-neuf chansons et dix-huit lettres inédites, écrites entre 1926 et 1939 - Freud était alors réfugié à Londres. Elle l’a créé fin 2008 à l’initiative de la Société française de psychanalyse, à la Cartoucherie de Vincennes, et le présente jusqu’au 31 décembre avec un pianiste, Jean-Pierre Gesbert, sur la petite scène de la Vieille Grille, un cabaret comme il en reste peu à Paris. Un passionnant coffret a, en outre, été édité, qui contient les chansons du spectacle et le texte des lettres qui lui ont été confiées par le Freud Museum de Londres. D’Yvette Guilbert, on a gardé ces chansons composées par Léon Xanrof - un certain M. Fourneau, qui transposa son nom en latin, fornax, et inversa le tout -, qui firent le miel de Barbara, à ses débuts en 1950. Le Fiacre ou la magnifique Maîtresse d’acteur sont des mélodies qui ont traversé le siècle. Yvette Guilbert, la diseuse, mettait des musiques sur des textes de Paul de Kock (Madame Arthur), des thèmes anciens (Verligodin) ou s’emparait de drames fabuleux, comme celui de La Glu (de Jean Richepin et Gounod) ou de La Soularde (Jules Jouy et Eugène Porcin). Freud s’interrogeait sur l’essence de l’artiste. En ce sens, Je ne sais quoi est un spectacle passionnant, drôle souvent, jamais pesant, sobre (mise en scène de Jacques Verzier), Nathalie Joly chante avec justesse, éclaire l’importance de la star du Moulin rouge et du Divan japonais, sans jamais chausser les gros sabots qui permettraient de comprendre le « je ne sais quoi » qui attise les passions autour de Madame Arthur.
     Véronique Mortaigne

LIBÉRATION Le 3 janvier 2013
Nathalie Joly dans les bras de morphine
Cabaret. Avec « En v’là une drôle d’affaire », la chanteuse et comédienne poursuit à Paris son exploration de l’univers radical d’Yvette Guilbert, « diseuse » et reine du café-concert Belle Epoque.
Dans l’intimité de la Vieille Grille, antre historique de la chanson française niché entre le Jardin des Plantes et la Mosquée de Paris (Ve), se joue ces jours-ci un étrange rituel. Une sarabande de maris cocus, d’enfants débités en quartiers et mis au saloir, de maquereaux surineurs et de bourgeoises livides piquées à la morphine.    
« Rythme fondu ». C’est un tour de chant autant qu’une pièce de théâtre, dont la mise en scène emprunte aux ombres chinoises, au kabuki, au langage secret de l’éventail coréen. En v’là une drôle d’affaire célèbre la mémoire d’Yvette Guilbert (1865-1944), qui fut une chanteuse adulée, dessinée par Toulouse-Lautrec. Loin des flonflons pompiers et du sentiment cocardier en vogue, elle imposa son propre style de « diseuse », qu’elle baptisa « rythme fondu » et définit ainsi dans ses mémoires : « La science d’allumer et d’éteindre les mots, de les plonger, selon leur sens, dans l’ombre ou la lumière. ». Chanteuse et comédienne, Nathalie Joly se passionne de longue date pour l’œuvre et la vie de « la Guilbert » : « Dès le conservatoire, je m’intéressais à Kurt Weill et son Sprechgesang, le parlé-chanté dont elle fut une pionnière. » En 2005, après son spectacle Paris-Bukarest, sur la grande chanteuse roumaine Maria Tanase, les responsables de la Société psychanalytique de Paris (SPP) lui commandent un récital consacré à Yvette Guilbert, à l’occasion des 150 ans de la naissance de Sigmund Freud. Déclinaisons. Un vrai spectacle, mis en scène par Jacques Verzier, naît de ce matériau en 2008. Je ne sais quoi est programmé pour cinq soirs, déjà à la Vielle Grille. Grâce à Philippe Adrien et Ariane Mnouchkine, spectateurs conquis, Je ne sais quoi poursuivra son aventure à la Cartoucherie. La pièce dépasse aujourd’hui les 250 représentations, en France et à l’étranger, avec des déclinaisons en espagnol et en portugais. Je ne sais quoi, avec intelligence et humour, mettait en relief l’idée que les chansons à la mode sont l’inconscient d’une société. De Madame Arthur et sa « foule d’amants » à l’amoralité souriante du Fiacre se dessine un monde régi par un carcan de convenances mais qui, à l’ombre des cabarets, s’offre des moments de permissivité. De bibliothèque en échoppe de bouquiniste, Nathalie Joly découvre, à mesure qu’elle enquête sur la vie et l’œuvre d’Yvette Guilbert, une existence d’une densité romanesque hors du commun : née pauvre, devenue riche au point de s’offrir un hôtel particulier en plein Paris, foudroyée en pleine gloire par une maladie du rein qui l’éloigne des scènes pendant onze ans, ruinée par une école de chant qu’elle ouvre à New York, star de cinéma, féministe de la première heure… En v’là une drôle d’affaire, deuxième spectacle à lui être consacré, toujours accompagné au piano par Jean-Pierre Gesbert, complète l’image qu’offrait Je ne sais quoi : refrains coquins, goualantes du trottoir comme la Pierreuse, mais aussi complaintes moyenâgeuses pleines d’infanticides et de serial-killers. Leur noirceur, souvent liée à ce que les surréalistes appelleront « l’amour fou », n’a jamais été égalée. Les dédoublements de personnalité de Guilbert, qui fascinèrent Freud, prennent un relief saisissant.    
trésor. La bonne fortune s’est mêlée à l’enquête de détective menée par Nathalie Joly sur les traces de sa devancière. Une dame âgée appelle un jour la Vieille Grille pour dire qu’elle conserve des souvenirs familiaux d’Yvette Guilbert, qu’elle aimerait transmettre à qui s’y intéresse. « Cette dame très chic, violoniste, m’a apporté deux épais dossiers débordants de documents, raconte Nathalie Joly. Des partitions d’orchestre manuscrites, des lettres, des programmes de concerts… » Plusieurs chansons inédites du spectacle proviennent de ce trésor tombé du ciel. Un air intrigue plus particulièrement : la Morphinée, dont la diseuse affirme dans ses mémoires qu’elle fut un de ses grands succès. Problème : elle n’a jamais été gravée en 78 tours, et la partition demeure introuvable. Le texte du vénéneux poète Jean Lorrain finit par émerger dans un rarissime ouvrage : « Oh la douceur de la morphine ! / Son froid délicieux sous la peau./ On dirait de la perle fine/ coulant liquide dans les os. »… Au cœur du spectacle, cette Belle au Bois dormant camée, revenue à la vie après un sommeil de plusieurs décennies, garde un pouvoir de fascination intact et brille comme un diamant noir.     François-Xavier Gomez

LE MONDE 25.03.2017
Nathalie Joly fait revivre la verve d’Yvette Guilbert
La chanteuse et actrice présente son troisième spectacle consacré à « la plus moderne des chanteuses d’antan » . Depuis une dizaine d’années, la chanteuse et actrice Nathalie Joly fait vivre, par des spectacles et des disques, la mémoire artistique d’Yvette Guilbert (1865-1944). Terrifiantes, fantaisiste ou polissonnes, les chansons empruntent un vaste registre. Dans ce troisième épisode, Yvette Guilbert est âgée de 60 ans, elle donne des conférences, transmet l’art de l’interprétation, tourne dans quelques films, se produit dans un dernier concert à Paris, en 1938… Chansons et textes y sont assemblés. Nathalie Joly dit son aînée, ses réflexions sur sa vie artistique, la séduction, la place des femmes dans un monde d’hommes, l’âge. Pas de pathos, mais de l’ironie et des mots tranchants. Les chansons empruntent à un vaste registre : terrifiantes histoires (Blues de l’absinthe, dont le personnage central vit « dans la crainte de son ignoble partenaire », L’Enfermée, dont la porte ne sera ouverte que le jour de son enterrement), fantaisies (Nous nous plûmes), polissonneries (Les Amis d’monsieur, pitoyables coqs devant « la petite bonne » ), portraits sensibles (A présent qu’t’es vieux, Fleur de berge). Le pianiste est autant le musicien, le confident que le spectateur de Joly/Guilbert. La chanteuse, par son expressivité vocale, ses variations de timbre dans une même chanson, ses rages et ses caresses, donne pleine vie aux paroles. Dans l’intimité de la petite salle, les mots et mélodies s’imposent. En arrière de la scène, quelques projections, ombres de personnages d’un univers totalement du présent. La trilogie sera présentée au Théâtre du Soleil, du 28 septembre au 22 octobre.     Sylvain Siclier

LIBÉRATION 2 décembre 2016 - Yvette Guilbert, éloge d’une pionnière
Nathalie Joly reprend à la Vieille Grille à Paris « Chansons Sans Gêne », évocation d’un monstre sacré de la Belle Epoque, féministe de la première heure et précurseure de la chanson française moderne.     
Chansons sans gêne. Nathalie Joly interprète Yvette Guilbert dans les deux sens du terme : elle reprend ses chansons et elle traduit dans un langage contemporain son esprit et ses engagements. Le répertoire de celle qu’on appelait « la diseuse fin de siècle » est essentiel dans le patrimoine de la chanson française. Par le choix de ses textes, elle donnait de la femme une image à rebours des codes dominants dans la société patriarcale et sexiste de son époque. Sa science de la scène, son art de faire vivre une chanson, ont révolutionné le monde du café-concert. Son héritage sera porté par Piaf et Barbara, Anne Sylvestre et Marie-Paule Belle… Un fil qui monte jusqu’à Catherine Ringer ou la jazzeuse Cecile McLorin Salvant, qui se réclame aujourd’hui de la grande Yvette.
Blues et surréalisme - Troisième volet de la série, Chansons sans gêne… se penche sur les dernières années de la vie d’Yvette Guilbert, pendant l’Occupation, à Aix-en-Provence, où se cache son mari juif. Au-delà de l’évocation historique, c’est une belle occasion de découvrir de formidables chansons signées Xanrof bien sûr, mais aussi Fragson, Jean Lorrain ou Gaston Couté: la fine fleur de la bohème des années folles, un solide bataillon d’anarchistes, de morphinomanes et d’invertis. Les thèmes de la déchéance sociale des femmes (prostitution, alcool) y croisent la réflexion sur la brièveté de la vie, parfois dans une veine présurréaliste. La mise en scène de Simon Abkarian concentre l’attention sur la parole, la force des mots qui nous parviennent après un sommeil d’un siècle avec une force intacte. Et auxquels le piano de Jean-Pierre Gesbert apporte de superbes teintes bluesy. La Vieille Grille, avec ses quelques dizaines de places, est l’un des derniers lieux de Paris à avoir conservé l’ambiance des cabarets de la rive gauche. Pour ressusciter Yvette dans toutes ses facettes, on ne pouvait rêver mieux meilleur écrin.    François-Xavier Gomez

COFFRET Yvette, Yvette, Yvette ! L’intégrale - Nathalie Joly chante Yvette Guilbert
Piano Jean-Pierre Gesbert
Réalisation artistique et conception du livret Nathalie Joly • Œuvres d’Yvette Guilbert © Société des Gens de Lettres de France 2017
Crédits photos © Marche la route • Visuel couverture Yves Prince • Durée 165 mn
Coordination Augustin Bondoux • Fabrication et distribution Frémeaux & Associés • www.fremeaux.com
Remerciements à Jacques Verzier, Simon Abkarian, Société des Gens de Lettres de France, la SOFIA, Editions Fortin, London Freud Museum, Freud copyrights,
Martine Guez, Paul Denis et la Société Psychanalytique de Paris, Bibliothèque musicale de Radio France, BNF Richelieu, Séverine Gauci, Rosine Thomas,
Théâtre de Lenche à Marseille, Théâtre la Piscine Châtenay-Malabry, acb Scène Nationale de Bar le duc, Théâtre de la Tempête et Philippe Adrien.
Yvette, Yvette, Yvette ! L’intégrale des trois épisodes Nathalie Joly chante Yvette Guilbert - sera présentée pour la 1ère fois au Théâtre du Soleil du 28 septembre au 22 octobre 2017.
PRODUCTION Marche la route • SITE http://marchelaroute.free.fr • CONTACT Tel +33 (0)6 52 04 68 90 • marchelaroute@gmail.com

- À présent qu’t’es vieux (Paul Marinier - Nathalie Joly)
- Blues de l’absinthe (Maurice Rollinat - Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- Blues de la femme (Nathalie Joly)
- Complainte d’une méchante, récit d’un infanticide (Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- D’elle à lui (Paul Marinier)
- Das Mädchen mit den Schwefelhölzchen (Friedrich Hollaender)
- Dites-moi que je suis belle (E. Deschamps, musique anonyme du XIVe siècle)
- En vérité je vous le dis (Yvette Guilbert)
- Fleur de berge (Jean Lorrain - Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- Henri’s blues (Nathalie Joly)
- Hindu melody – Mélodie Indienne (G. Ivanovitch Gurdjieff - Thomas Hartmann)
- Idylle normande (Paul Marinier - Henry Cas)
- Im chambre séparée (Valse Viennoise de Richard Heuberger)
- I want you my honey (John Templeto - Nathalie Joly)
- J’en suis pas sûre * (Maurice Boukay - Jules Lasaïgues)
- J’m’embrouille (Paul de Kock - musique Yvette Guilbert)
- Je suis pocharde * (Yvette Guilbert - Louis Byrec)
- L’éloge des vieux (Abbé de L’attaignant - Yvette Guilbert)
- L’enfermée * (Gaston Couté - Léo Daniderff - Nathalie Joly)
- L’hôtel du n°3 * (Chansons parisiennes - Léon Xanrof)
- La glu (Légende bretonne, Jean Richepin - Charles Gounod)
- La femme, notre petite compagne (Jules Laforgues - Emile Waldteufel - Nathalie Joly)
- La bossa du bossu (Nathalie Joly, d’après une chanson populaire 1555)
- La légende de Saint-Nicolas (Chanson populaire)
- La pierreuse * (Eugène Porcin - Jules Jouy)
- La soularde (Jules Jouy - Eugène Porcin)
- Laissez faire le temps (Yvette Guilbert)
- Le bain du modèle * (Léon Xanrof)
- Le fiacre * (Chansons parisiennes - Léon Xanrof)
- Le jeune homme triste (Maurice Donnay)
- Le Miracle de Sainte Berthe (légendes dorées, édition Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- Le manque de mémoire, liquidation amoureuse (Paul de Kock - Yvette Guilbert)
- Le petit cochon (Eugène Héros - HT Smith)    
- Les amis de Monsieur (Eugène Héros - Cellarius - Harry Fragson)
- Les anneaux de Marianson (légende médiévale du XVIe siècle - Nathalie Joly)
- Les bonnes grosses dames * (Jean Bataille)
- Les dames trop mûres * (Léon Xanrof - Nathalie Joly)
- Les femmes comme moi (Nathalie Joly)
- Les Mignons (Françoise Lo - Barbara)
- Ma grand’mère (Jean Pierre Béranger - Nathalie Joly)
- Madame Arthur (Paul de Kock - musique d’Yvette Guilbert)
- Maîtresse d’acteur * (Chansons parisiennes - Léon Xanrof)
- Morphinée (Jean Lorrain - Yvette Guilbert)
- Moulin rouge * (Maurice Boukay - Legay Marcel - Nathalie Joly)
- Nous nous plûmes (Georges Sibre - Harry Fragson)
- On dirait qu’c’est toi * (Eugène Lemercier - musique Victor Leclerc)
- Partie Carrée entre les Boudin et les Bouton * (Marcel de Lihus)
- Pourquoi n’êtes-vous pas venu ? (Léon Xanrof - Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- Quand on vous aime comme ça (Paul de Kock - musique d’Yvette Guilbert)
- Renaud le tueur de femmes (Chanson populaire du XVIe siècle - Nathalie Joly)
- Entrée d’Yvette / Sur la scène * (Nathalie Joly - Léon Xanrof)
- Très bien * (Chansons parisiennes - Léon Xanrof)
- Verligodin (Chanson populaire - Yvette Guilbert, Frédérique Jozin)
- Wenn ich mir was wünschen dürfte (Friedrich Hollaender)

* Les textes des chansons suivies d’un * sont reproduits
avec l’aimable autorisation des éditions Fortin sont disponibles dans leur catalogue http://www.editionsmusicalesfortin.com



CD1 : « JE NE SAIS QUOI »

NATHALIE JOLY CHANTE YVETTE GUILBERT 1er épisode
PIANO Jean-Pierre Gesbert

Ce premier CD réunit les 19 chansons choisies dans le répertoire d’Yvette Guilbert pour le spectacle JE NE SAIS QUOI de Nathalie Joly créé à la demande de la Société Psychanalytique de Paris (nov. 2006), puis au Théâtre de la Tempête Cartoucherie à Paris (2008) - d’après l’amitié et la correspondance entre Freud et Yvette Guilbert, mis en scène par Jacques Verzier, en coréalisation avec la Compagnie Marche la route.
Enregistré en live à La Mirande, Festival d’Avignon 2008
Montage, mixage, mastering Mireille Faure au Studio Circé.
Réalisation artistique et conception du livret Nathalie Joly
Durée 58,13
Chant Nathalie Joly
Piano, voix (5-9-11-12) Jean-Pierre Gesbert
Textes arrangements compositions Nathalie Joly & Jean-Pierre Gesbert
© Marche la route tous droits réservés


 1 - Dites-moi que je suis belle (E. Deschamps, anonyme XIVe siècle) 3’16
 2 - J’m’embrouille (Paul de Kock - Yvette Guilbert) 3’12
 3 - Le fiacre (Léon Xanrof) 2’07
 4 - Verligodin (Trad. - Yvette Guilbert) 3’37
 5 - L’éloge des vieux (Abbé de L’attaignant - Yvette Guilbert) 4’05
 6 - Quand on vous aime comme ça (Paul. de Kock - Yvette Guilbert) 2’59
 7 - La glu (Jean Richepin - Charles Gounod) 2’57
 8 - Madame Arthur (Paul de Kock - Yvette Guilbert) 4’08
 9 - D’elle à lui (Paul Marinier ) 3’16
10 - Très bien (Léon Xanrof) 2’13
11 - Les bonnes grosses dames (Jean Bataille) 2’47
12 - Laissez faire le temps (Yvette Guilbert) 3’53
13 - L’hôtel du n° 3 (Léon Xanrof) 2’29
14 - On dirait qu’ c’est toi (Eugène Lemercier -Victor Leclerc) 1’56
15 - Im chambre séparée (Léon & Walberg /Richard Heuberger) 3’04
16 - La soularde (Jules Jouy-Eugène Poncin) 3’54
17 - Le petit cochon (Eugène Héros - HT Smith)  2’36
18 - Wenn ich mir was wünschen dürfte (Friedrich Hollaender) 3’03
19 - Maîtresse d’acteur (Léon Xanrof) 2’19
DURÉE TOTALE 58’13

1 - DITES-MOI QUE JE SUIS BELLE  
(E. Deschamps, musique anonyme du XIVe siècle)
Dites, dites, dites, dites-moi
Suis-je, suis-je, suis-je, suis-je belle ?
Dites, dites, dites, dites-moi
Suis-je, suis-je, suis-je, suis-je, suis-je belle, moi ?
Il me semble, à mon avis,
Que j’ai beaux traits et doux vis
Et la bouche vermeillette
J’ai verts yeux et fins sourcils
Le chef blond, le nez très vif
Blanc menton, blanche gorgette
J’ai menton bourré de gris
Robes brodées de haut prix
Cheveux de couleurs assortis à mes toilettes.
C’est un monde interdit
Que d’avoir femme sosie
Aussi charmante aussi cosette…

2 - J’M’ ’EMBROUILLE
(Paul de Kock / Yvette Guilbert)
Mon Dieu qu’les gens sont heureux
de pouvoir écrire leurs mémoire
Moi j’peux pas même si je l’veux
me rappeler toutes les histoires
Refrain
Je n’ai pas encore trente ans
et déjà ma mémoire se rouille
Quand j’veux parler d’mes amants
Je n’sais pas pourquoi j’m’embrouille
Ah c’est bête !
Pourtant je me rappelle bien
que j’perdis mon cœur aux vendanges
Mon premier amant n’avait rien
mais il était beau comm’ un ange
Mon second c’était un acteur, bête, comme une citrouille !
Mon troisième c’était un facteur non, non, non
c’est pas ça, j’m’embrouille !
Ah comment s’appelait ce sournois,
Cet anglais d’humeur taciturne,
Qui sans rire une seule fois,
Avec moi mangea sa fortune.
Et cet Italien sans souci, ce Belge aux yeux de grenouille
Ah ! je m’souviens d’un p’tit Russe aussi
Mais leurs noms ? Ah ! Mais ça ! ça s’brouille !
Un enfant, le mien, un amour,
M’appelle sa tante et pour cause
Bah ! Il connaîtra bien sa mère, un jour
Mais pour son père, c’est autre chose
Mais comment reconnaître l’auteur
De ce bébé qui gazouille
Il est d’l’un de mes adorateurs,
Mais duquel ?
C’est ça qui m’embrouille !

3 - LE FIACRE
(Léon Xanrof - éditions Fortin tous droits réservés)
Un fiacre allait trottinant
Cahin, caha, Hu dia ! Hop là !
Un fiacre allait trottinant
Jaune avec un cocher blanc.
Derrière les stores baissés
On entendit des baisers.
Puis une voix disant « Léon !
Mais tu m’fais mal, ôte ton lorgnon ! »
Un vieux Monsieur qui passait
S’écrie « Mais on dirait qu’c’est !
Ma femme dont j’entends la voix ! »
Il s’lance sur l’pavé en bois.
Mais i glisse su’ l’sol mouillé,
Crac il est escrabouillé !
Du fiacre un’ dam’ sort et dit
« Chouette Léon, c’est mon mari !
Ya plus d’raison d’nous cacher
Donn’ donc cent sous à c’cocher »

4 – VERLIGODIN
(Trad. / Yvette Guilbert)
- D’où venez-vous, d’où venez-vous donc mon joli Verligodin
D’où venez-vous, d’où venez-vous donc mon ami doux ?
- Ben je viens d’la foire !
- Vous venez d’la foire ? Mais y’a pas d’foire.
- Mais si parbleu quoi, je viens d’la foire
- Et que m’avez-vous donc rapporté, mon joli Verligodin ?
Et que m’avez-vous donc rapporté mon ami doux ?
- Quatre balais
- Quatre balais ? Mais j’vois point d’balais
- Mais si parbleu quoi, quatre balais !
- Et où c’est t-y qu’vous les avez mis mon joli Verligodin ?
Où c’est t-y qu’vous les avez mis mon ami doux ?
- Dans un coin
- Dans un coin ? Mais ya pas d’coin
- Mais si parbleu quoi, dans un coin
- Mais pourquoi donc vous fâchez-vous mon joli Verligodin ?
Mais pourquoi donc vous fâchez-vous mon ami doux ?
- Bah ! J’suis malade
- Vous êtes malade ? Vous n’êtes point malade,
- Mais si parbleu quoi, je suis malade
- Eh ben alors, alors soignez-vous mon joli Verligodin
Eh ben alors soignez-vous mon ami doux !
- Ben j’ai point l’sou
- Vous n’avez point l’sou ! Vous êtes riche comme tout,
- Mais non parbleu quoi, j’ai point l’sou
- Sous votre matelas y’a plus d’trois cent francs mon joli Verligodin.
Sous votre matelas y’a plus d’trois cent francs mon ami doux.
- Mais comment qu’tu le sais ?
- Ah ! comme ça je le sais,
- Je vois ben qu’tu l’sais
- Ben parbleu et ben quoi je l’sais !
Dame vous nous laissez tous crever d’faim mon joli Verligodin
Dame vous nous laissez tous crever d’faim mon ami doux
- Mais c’est mon bien
- Oui, c’est votre bien, mais c’est-y pas l’mien ?
- Ben non parbleu quoi, c’est mon bien !
 - Quand vous mourrez j’sais bien c’qu’arrivera mon joli Verligodin
- Quand vous mourrez j’sais bien c’qu’arrivera mon ami doux
- Ben quoi on m’enterrera ?
- Oui et le curé qui c’est qui paiera ?
- Alors là j’m’en fous on m’enterrera
- Vous savez c’que diront vos enfants mon joli Verligodin ?
- Vous savez c’que diront vos enfants mon ami doux
- Y diront «Tiens le vieux est mort, y gueulera plus»
- Eh ben ils ont tort, j’gueulerai encore !

5 - L‘ÉLOGE DES VIEUX
(Abbé de L’attaignant / Yvette Guilbert)
Vous connaissez Dame Gertrude
C’est une femme à sentiments
Qui n’est ni coquette, ni prude et qui pense solidement.
On ne voit pas chez cette belle de jeunes gens avantageux, non !
Ce sont des vieux, ce sont des vieux qu’elle aime à recevoir chez elle,
Ce sont des vieux, ce sont des vieux qu’avec raison, elle aime mieux.
Nos greluchons sont trop volages
On ne peut pas compter sur eux
Les vieux sont prudents et plus sages et méritent mieux d’être heureux.
Un jeune trompe sa maîtresse
Mais ceux qui la chérissent mieux
Ce sont les vieux, ce sont les vieux, ils ont plus de délicatesse
Ce sont les vieux, ce sont les vieux, d’abord ils sont moins dangereux
Le jeune est toujours dans l’ivresse
Ne suit que son tempérament
Le vieux jouit avec adresse, avec goût et discernement.
On est flatté par la tendresse de ceux qui s’y connaissent mieux !
Le goût des vieux, le goût des vieux est toujours si plein de justesse
Le goût des vieux, le goût des vieux est aux femmes plus glorieux.
Ah évidemment que si l’on n’est pas si bien traitée
Par un vieux, que par un cadet
Du moins on est plus respectée
Et son hommage est plus discret
Sans abuser de sa victoire il est doux et cache ses feux
Prenez un vieux, prenez un vieux, il ménagera votre gloire
Prenez un vieux, prenez un vieux, vous vous en trouverez bien mieux.

6 - QUAND ON VOUS AIME COMME ÇA
(Paul de Kock / Yvette Guilbert)
C’que j’suis heureuse ma chère j’en perds la tête
Et ce n’est pas d’l’amour pour plaisanter
Du beau Raoul j’ai su faire la conquête,
Je suis aimée et je peux m’en vanter.
Cet amant-là m’a déjà fait connaître
Le désespoir, les pleurs et coetera
Il voulait même me jeter par la fenêtre
Ah ! Quel plaisir quand on vous aime comme ça !
La première qu’il m’offrit sa tendresse
Il me fit peur tant il roulait des yeux
Depuis c’temps-là, quand il m’fait une caresse
J’en porte la marque et j’ai les bras tous bleus.
A son désir souvent je me dérobe
Car en amour je sais que c’t’être-là
Va m’déchirer mon manteau et ma robe
Ah ! Quel plaisir quand on vous aime comme ça !
Quand il m’soulève
Pas moyen que j’m’échappe
Il m’serre si fort j’en perds la respiration
Quand sur la joue il m’colle une petite tape
Ça m’fait tout d’suite, tout d’suite tout d’suite comme une fluxion !
Si m’presse la main j’suis sûre qu’il va m’la tordre
Et si m’touche le doigt j’suis sûre qu’il l’écrasera
Il ne peut pas m’embrasser sans me mordre
Ah ! Quel plaisir quand on vous aime comme ça !
Quand il veut bien m’emmener à la promenade,
C’est dans des chemins couverts et poussiéreux,
S’il passe quelqu’un, Raoul devient maussade
Il faut tout d’suite, tout d’suite, tout d’suite que j’baisse les yeux.
Si je me retourne alors y faut voir comme,
Raoul me pince en me disant tout bas :
« J’te casse la gueule si tu regardes un autre homme ! »
Ah ! Quel plaisir quand on vous aime comme ça ?

7 - LA GLU
(Jean Richepin / Charles Gounod)
Y’avait une fois un pauv’ gars
Et lon lon laire et lon lon la
Y’avait une fois un pauv’ gars
Qui aimait celle qui n’l’aimait pas.
Elle lui dit « apporte-moi demain
Le cœur de ta mère pour mon chien ! »
Va chez sa mère et la tue
Lui prit le cœur et s’en courut.
Comme il courait, il tomba
Et mis à terre le cœur roula
Et pendant que l’cœur roulait
Entendit l’cœur qui parlait
Et l’cœur disait en pleurant
T’es-tu fait mal, t’es-tu fait mal mon enfant ?

8 - MADAME ARTHUR
(Paul de Kock / Yvette Guilbert)
Madame Arthur est une femme
Qui fit parler, parler, parler d’elle longtemps
Sans journaux, sans rien, sans réclame,
Elle eût une foule d’amants.
Chacun voulait être aimé d’elle
Chacun la courtisait, pourquoi ?
C’est que, sans être vraiment belle
Elle avait un «Je ne sais quoi».
Refrain : Madame Arthur est une femme
Qui fit parler parler parler
Parler d’elle longtemps.
Sans journaux, sans rien, sans réclame,
Elle eût une foule d’amants.
Madame Arthur est une femme
Qui fit parler d’elle longtemps.
Sa taille était très ordinaire
Ses yeux petits, petits, petits mais sémillants
Son nez retroussé, sa voix claire
Ses pieds charmants et frétillants.
Bref, en regardant sa figure
Rien, ne vous mettait en émoi
Mais, par-derrière sa tournure
Promettait un « Je ne sais quoi ».
Il fallait la voir à la danse
Avec son cha, son cha, son cha,
Son charme sans égal
Par ses mouvements, sa cadence
Elle était la Reine du bal
Le cavalier lui faisant face
Devenait tout rouge d’émoi quand
Levant sa jupe avec grâce
Il voyait son «Je ne sais quoi».
« Pardon, pardon » disait Monsieur Prud’homme
« Mais de quoi donc vivait cette Dame
Ayant si grand, si grand train de maison
Courant de l’opéra au drame
Et soupant chaque soir dit-on ? »
C’est qu’elle était, pourquoi le taire
Habile à payer chaque mois
Fournisseurs et propriétaires
Rien qu’avec son « Je ne sais quoi ».

9 - D’ELLE A LUI
(Paul Marinier)
Tu m’écris Léon qu’y faut que j’t’oublie
Parce que dans quelqu’ jours tu vas te marier
C’que tu m’demandes là, mais c’est d’la folie
Car y a des amours qu’on n’peut oublier.
J’te l’ai toujours dit tu fus l’premier homme
Qui m’aies, chaste et pure t’nue entre ses bras
Ça t’fait ricaner ? Ricane mon bonhomme
Tout d’même c’est une chose qu’une femme n’oublie pas.
Ah oui qu’j’étais pure, c’était ridicule,
Des choses de l’amour j’savais rien de rien
A c’point qu’toi qu’est pas, tout d’même un Hercule
Tout c’que tu f’sais j’trouvais ça très bien.
T’aurais pourtant pas fait comme ce colosse
Des choses épatantes entre tes deux r’pas
Mais non mon pauv’ vieux, non je n’suis pas rosse
Mais quoi, y a des choses qu’une femme n’oublie pas.
En c’temps-là t’étais pas mis comme un prince
Tu gagnais quelqu’ chose comme cent francs par mois
Quand on a l’ventr’ creux on a la taille mince
J’aime pas les gros hommes, bah c’était d’mon choix !
Je menais une vie sobre tout autant qu’rangée
Tu t’souviens plus d’ça à présent qu’t’es gras !
C’que j’en ai bouffé d’la vache enragée
Et ça c’est une chose qu’une femme n’oublie pas !
Ça n’t’empêchait pas d’faire des p’tites bombances
Et d’chercher ailleurs un autr’ bien qu’le tien
Ah tu m‘en as fait voir de toutes les nuances
Tu prétendais même que l’jaune m’allait bien
Et quand j’pense que moi, moi j’t’étais fidèle
Dans la vie d’une femme ça compte
En tous cas, l’fait est assez rare pour qu’on s’le rappelle
Mais c’est une bêtise qu’une femme n’oublie pas !
Le jour où j’t’ai dit : « J’crois que j’vais être mère »
Un p’tit enfant d’toi c’était fabuleux !
Tiens j’l’ai encore là ta voix dans l’oreille
« Pas d’petit salé on est assez d’deux ! »
Ah, tu t’fichais bien d’ma vie, d’ma souffrance !
Ça prouve mon pauvre vieux qu’si t’es mufle hélas
C’est pas d’aujourd’hui qu’j’en fais l’expérience
Mais y’a des choses qu’une femme n’oublie pas.
Si j’remue tout ça c’est que j’ai tant d’peine
J’croyais qu’on vivrait toujours tous les deux
Mais non j’irai pas chez toi t’faire une scène
Tu veux t’en aller vas-t’en, sois heureux
Mais t’oublier, non, j’t’avoue ma faiblesse
Songeant au passé je pleurerai tout bas
Car c’temps-là vois-tu, c’est toute ma jeunesse
Et ça c’est une chose qu’une femme n’oublie pas.

10 - TRÈS BIEN
(Léon Xanrof - éditions Fortin tous droits réservés)
Vous engageant à la poursuite
Sa nuque avait des tons rosés
Elle marchait presque aussi vite
Que les intérêts composés
Elle était idéale, exquise,
Adroite, question d’maintien…
Elle penchait comme la tour de Pise
A part ça elle était très bien
- Très bien !
Elle avait des yeux très étranges,
Pas pareils, malheureusement
L’un dans le ciel cherchant les anges,
L’autre baissé timidement.
Ah l’œil droit, troublant et sévère,
Et fixe comme un œil de chien…
J’ai su depuis qu’il est en verre
A part ça elle était très bien
- Très bien.
Son organe était mâle mais tendre ;
Quant à l’esprit, elle avait dû
J’en suis sûre, en avoir à vendre,
Mais sans doute elle l’avait vendu.
Elle était pas mal étoffée,
Avec un bedon comme le sien
Il n’lui manquait plus qu’d’être truffée.
A part ça elle était très bien
- Très bien.
Quoiqu’elle parlât avec emphase
On eût tiré facilement,
Des cuirs qu’elle faisait dans une phrase
De quoi chausser un régiment
Quand elle causait à sa bonne
A propos de tout et même de rien
Elle lui citait du Cambronne…
A part ça elle était très bien
- Très bien.

11 - LES BONNES GROSSES DAMES - Chanson naturiste
(Jean Bataille - éditions Fortin tous droits réservés)
Dans les rues ell’s vont titubant
Et transportent cahin-cahan
Des bras des jambes et des flancs
D’hippopotame.
Et sur l’devant d’leur bâtiment,
Il faudrait un rud’ raval’ment
Pour qu’ell’s se trouv’nt à l’align’ment
Les bonn’s gross’s dames.
Ell’s ont la tête tout en rond
On croirait voir un potiron
Ou le dôme du Panthéon
Quand on les r’garde
Ell’s ont l’teint couleur vin d’Bercy
On dirait l’derrière cramoisi
D’un p’tit enfant qui s’rait assis
Dans d’la moutarde.
Quand ell’s courent après l’omnibus
Ell’s grimpent avec des airs fourbus
Disant vraiment je n’en peux plus
Faut qu’on arrête !
Puis ell’s s’écroul’nt avec fracas
Un énorm’ tas qui n’se tient pas
On cherch’ de l’œil s’il n’en gliss’ pas
Sous la banquette.
Quand d’leur corset ell’s ôt’nt l’étau
Ell’s font la pige aux Grand’s eaux
D’Versailles ou du Trocadéro
Tant y a d’cascades
Ça va ça vient ça n’est pas dur
Ça fluctuat ça mergitur
On dirait un pot d’confitur’
Ou d’marmelade.
Enfin quand elles entr’nt dans leur lit
Tout ça s’étale et s’aplatit
Aux yeux du mari qui se dit :
« Fâcheuse affaire !
Puisqu’il faut en passer par là
Pour m‘consoler pendant c’temps là
J’vais tâcher d’rêver qu’j’épouse la
Reine d’Angleterre !! »

12 - LAISSEZ FAIRE LE TEMPS
(Yvette Guilbert)
Le miroir quand il peut est franc, sans réserve
mais autant qu’on le veut, la glace conserve
Car dans un miroir, il faut savoir, se voir
Mes yeux se sont ouverts et grand bien me fasse.
Les printemps aux hivers ont cédé la place.
Et bien quoi voilà ! Et lonlon la lonla !
Tout le monde, tout le monde doit en passer par là (bis)
On naît, on chante et vite on a vingt ans
Laissez, laissez faire, laissez faire le temps
On aime bien son père
On aime bien sa mère
Mais un jour vient quelqu’un qu’on aime mieux pourtant.

Laissez faire, laissez faire, laissez, laissez faire, laissez faire le temps.
On aime son mari comme une enfant sage
Un jour l’homme chéri n’est plus du ménage
Le premier amant est forcément charmant
On devrait se blaser dès le quatrième
Mais hélas le baiser n’est jamais le même
Alors quoi ben voilà ! Et lonlon la lonla !
Tout le monde, mais tout le monde doit en passer par là (bis)
On aime, on pleure et l’on a quarante ans.
Laissez, laissez faire, laissez faire le temps
Et l’on veut rire encore, on sait que l’on peut plaire
Si l’on sait aimer mieux on n’aime plus autant.
Laissez faire, laissez faire, laissez, laissez faire, laissez faire le temps.
En suivant le chemin, voici qu’on est vieille
Pour alléger demain, pensons à la veille
Notre cœur blessé, par le passé bercé
Sans regrets exigeants ni sotte hantise
Rions des jeunes gens qui refont nos bêtises
En disant « voilà ! » Et lonlon la lonla !
Tout le monde, tout le monde doit en passer par là (bis)
On chante encore quand on a soixante ans
Laissez, laissez faire, laissez faire le temps
Pourquoi vouloir revenir en arrière ?
Le temps sourit aux vieux simples et bons enfants.
Laissez faire, laissez faire, laissez, laissez faire, laissez faire le temps.

13 - L’HÔTEL DU N° 3
(Léon Xanroff - éditions Fortin tous droits réservés)
J’habit’ près de l’Ecol’ de méd’cine
Au premier tout comme un bourgeois
Un’ demeur’ magnifiqu’, divine,
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)
Il y a pour que tous aient leurs aises
Des lits d’fer et des lits en bois
Et de tout’s les sort’s de punaises
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)
Notre potag’ roul’ dans ses vagues
Tant de cheveux que chaque mois
Les clients s’en font fair’ des bagues
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)
A table ceux qui veulent des serviettes
Avec eux descendent leurs draps
Et c’est l’chien qui lave les assiettes
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)
Une grande fraternité règne
Les voisins y sont très courtois
Et nous avons tous le mêm’ peigne
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)
La bonne, oh la pauvre petite bonne,
la bonne à tout faire naturellement,
la pauvre, enfin n’en parlons plus !
La bonn’ n’est pas une très belle fille
Mais nous n’tenons pas au minois
On lui fait l’amour en famille
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)
Comm’ c’est pas de l’or qu’not’ bourse renferme
Et qu’nous sommes souvent aux abois
Y’a plus personn’ la veill’ du terme
A l’hôtel du n° 3 ! (bis)

14 - ON DIRAIT QU’ C’EST TOI !

(Eugène Lemercier / Victor Leclerc -
éditions Fortin tous droits réservés)
Je t’écris ces quelques lignes
Pour t’avouer Bernard
Que je n’fus pas des plus malignes
En t’faisant cornard.
J’croyais rencontrer un ange
Dans l’petit Eloi
Mais j’ai rien gagné au change
On dirait qu’c’est toi !
Y n’prononce pas deux mots d’suite
Sans s’glorifier d’eux
Tous les jours y prend un’ cuite
Quand ça n’est pas deux.
Il est amoureux d’sa tête
Je m’demande pourquoi ?
Il est vantard, il est bête :
On dirait qu’c’est toi !
C’n’est pas d’après ma peinture
La crèm’ des amants
Mais s’lon la température
Il a de bons moments
Dans ses élans de tendresse
Heureux comme un roi
Quand sur son cœur il me presse
On dirait qu’c’est toi !
Moi quand il est en ribotte,
Je trouv’ plein d’appas
Le premier voisin qui m’botte,
Ou qui n’me botte pas
Mes escapad’s n’ont pas de born’s
J’te l’jure sur ma foi
Quand y sort avec ses cornes
On dirait qu’c’est toi !
Malgré sa musculature
Y n’fait pas chaque jour
Honneur à sa signature
Au point d’vue d’l’amour
Quand nous taillons un’ bavette
Sur n’importe quoi
Y reste en panne au plus chouette…
On dirait qu’c’est toi !

15 - IM CHAMBRE SÉPARÉE
(Der Opernball – Léon & Walberg – Heuberger)

16 - LA SOULARDE
(Jules Jouy /Eugène Poncin)
1 - On n’lui connaît aucun parent
A Clichy pour cent francs par ans
Elle couche par terre dans une mansarde, la soularde
Dès le matin on peut la voir
Sur le pavé sur le trottoir
Cheminer la mine hagarde, la soularde.
Un ancien châle à même la peau,
Coiffée d’travers d’un vieux chapeau
En marchant toute seule elle bavarde, la soularde
Les mastroquets l’air rigolo
Sur le seuil de leur caboulot
Se disent « elle a sa cocarde, la soularde »
2 - Chien égaré cherchant son trou
Allant souvent sans savoir où
Loin d’la barrière elle se hasarde, la soularde
Un tas de gamins l’entourant
Criant, chantant, sautant, courant
Escortent ainsi qu’une garde, la soularde.
Mais elle, indifférente à tout
Va devant elle n’importe où
Alors de cailloux on bombarde la soularde
Sensible à ce brutal affront
Du sang lui coulant sur le front
Elle se retourne et regarde, la soularde.
3 - Tous interrompant leur lazzi
Filent le cœur d’effroi saisi
Devant les regards que leur darde la soularde.
Au milieu des passants surpris
Baladant l’vice en cheveux gris
« Pour sûr elle est vraiment tocarde » la soularde.
Pourtant, ouvrier ou gamin, laisse-la passer son chemin !
Qui sait le noir secret que garde la soularde ?
Peut-être que pleurant un fils
Songeant au bonheur de jadis
Un soir, elle trouve que sa fin tarde, la soularde.
4 - Quand la mort qu’elle appelle en vain, brisera son verre de vin,
Elle bénira la camarde, la soularde.

17 - LE P’TIT COCHON

(Eugène Héros / HT Smith)
Tout seul dans la cour d’une ferme
Vivait un joli p’tit cochon
Sans compagne il s’embêtait ferme
Pas d’femme ce n’est pas folichon.
Cochon, cochon, s’embêtait le petit cochon.
Il avait de bons repas
Mais son cœur n’avait pas
Pour l’aimer de fanchon
Cochon, cochon, Oh le pauvre petit cochon.
Voici qu’un jour, jour d’allégresse
Une douce amie on lui donna
Gentille comme tout et pleine de graisse
Avec une voix de prima donna.
Cochon, cochon
Quel veinard ce p’tit cochon !
Chaque jour il l’embrassa
D’bonheur remuant sa
P’tite queue en tire-bouchon
Cochon, cochon
Il ne fut pas si godichon.
Puis on mit triste destinée !
Un autre cochon gros et fort
Qui voulut près de sa Dulcinée
Avoir aussi son heureux sort.
Cochon, cochon
Fut cocu le pauvre cochon.
Triste, triste O combien
Il s’battit pour son bien
Et reçut un pochon !
Cochon, cochon
Battu fut le petit cochon.
Alors n’ayant pas l’avantage
Après avoir beaucoup gémi
Il dût accepter le partage
Il prit même l’autre pour ami.
Cochon, cochon
Il ne fut pas si cornichon
Moralité :
Ils sont heureux tous trois
Et vivent comme des Rois
Que d’hommes qu’nous approchons
Cochon, cochon
Agissent comme des cochons !

18 – WENN ICH MIR WAS WÜNSCHEN DÜRFTE
(Friedrich Hollaender - chanson du film « Portier de nuit »
de Liliana Cavani)

19 - MAÎTRESSE D’ACTEUR

Léon Xanrof - éditions Fortin tous droits réservés)
J’suis collée avec un artiste
Qui joue au théâtre comme emploi
Un rôle d’Alphonse très réaliste
Si du moins c’était avec moi (bis) !

Il a une mémoire magnifique
Jamais on n’l’a vu rester coi
Il est toujours à la réplique
Si du moins c’était avec moi (bis) !
Quelquefois la salle est rebelle
Et pour réchauffer le public froid
Il mouille tout son gilet d’flanelle
Si du moins c’était avec moi (bis) !
Dans la pièce il chante une romance
Mais c’est dans le duo qu’il est roi
Chaque soir on l’bisse et il recommence
Si du moins c’était avec moi (bis) !
Il est beau surtout quand il lance
Sa magnifique tirade du trois
Il dit qu’il faut repeupler la France
Si du moins c’était avec moi (bis) !
C’est pas drôle pour un cœur qui vibre
D’garder pour un acteur sa foi
C’est qu’après minuit qu’il est libre
Si du moins c’était avec moi (bis) !
Tous les soirs il joue les bravaches,
les tombeurs et les fiers-à-bras
Oui ! Mais au lit il fait relâche.
Malheureusement c’est avec moi (bis) !

CD 2 : en v’là une drôle d’affaire

NATHALIE JOLY CHANTE YVETTE GUILBERT - 2ème épisode
 1 - La femme, notre petite compagne (Jules Laforgues - Emile Waldteufel – Nathalie Joly) 3’21
 2 - J’en suis pas sûre (Maurice Boukay -Jules Lasaïgues) 2’46
 3 - Je suis pocharde (Yvette Guilbert - Louis Byrec) 3’40
 4 - Idylle normande (Paul Marinier - Henry Cas) 3’15
 5 - La pierreuse (Eugène Poncin - Jules Jouy) 3’38
 6 - Morphinée (Jean Lorrain - Yvette Guilbert) 5’40
 7 - Le jeune homme triste (Maurice Donnay) 3’34
 8 - Renaud le tueur de femmes (Chanson populaire du XVIème siècle – Nathalie Joly) 3’42
 9 - Les anneaux de Marianson (Légende médiévale du XVIème siècle – Nathalie Joly) 4’44
10 - Complainte d’une méchante, récit d’un infanticide (XVIIème siècle – Yvette Guilbert – Nathalie Joly) 1’57
11 - Le miracle de Sainte-Berthe (Chanson populaire de France – Nathalie Joly) 4’07
12 - I want you my honey (John Templeto – Nathalie Joly) 1’26
13 - Ma grand’mère (Jean Pierre Béranger – Nathalie Joly) 2’57
14 - La légende de Saint-Nicolas (Chanson populaire) 2’27
15 - Le bain du modèle (Léon Xanrof) 3’19
16 - Partie Carrée (Marcel de Lihus) 1’56
17 - En vérité je vous le dis (Yvette Guilbert) 1’46

Durée totale 55’
 
D’après le spectacle de Nathalie Joly créé dans une mise en scène de Jacques Verzier au Théâtre de la Tempête Cartoucherie à Paris en juin 2012 en coréalisation avec la Compagnie Marche la route.
Chant Nathalie Joly
Piano, chant (10-11-12-13-15) Jean-Pierre Gesbert
Violon Emelyne Chirol (6-7-15)
Tambourin Jacques Verzier (10)
Textes arrangements compositions Nathalie Joly & Jean-Pierre Gesbert © Marche la route tous droits réservés
Enregistré au studio RDPC les 6 et 7 octobre 2012 par Etienne Caylou
Montage, mixage Alix Ewald
Mastering Isabelle Davy – CIRCE

1 - LA FEMME   
 
(Jules Laforgues - Emile Waldteufel - Nathalie Joly)
Refrain
Si mon air vous dit quelque chose
Vous auriez tort de vous gêner
Je ne le fais pas à la pose
Je suis la femme on me connaît.
Bandeaux plats ou crinière folle,
Dites, quel front vous rendrait fou ?
J’ai l’art de toutes les écoles
J’ai des âmes pour tous les goûts.
Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main,
Vous n’êtes que des naïfs mâles
Je suis : l’Eternel féminin !
Cueillez la fleur de mes visages,
Buvez ma bouche et non ma voix,
Et n’en cherchez pas davantage,
Nul n’y vit clair pas même moi.
Mon but se perd dans les étoiles !
C’est moi qui suis la grande Isis !
Nul ne m’a retroussé mon voile.
Ne songez qu’à mes Oasis….

2 - J’EN SUIS PAS SÛRE
Chanson de métier
(Maurice Boukay - Jules Lasaïgues -
éditions Fortin tous droits réservés)
Je suis née en … je n’sais plus combien,
J’ai eu tant d’noms que j’sais plus l’mien.
J’fais jamais la mêm’ signature,
J’en suis pas sûre !
Y paraît qu’à dix ou douze ans
J’avais les ch’veux blonds rutilants,
C’était p’têt’ déjà d’la teinture.
J’en suis pas sûre.
Sous l’fard j’sais plus si y a d’la peau,
Et quand j’saign’ quéqu’part su’ l’museau,
Si c’est du sang ou d’la peinture
J’en suis pas sûre.
De parfums j’ai l’corps tout chargé
J’y sens rien, je m’demand’ si j’ai
Un nez au milieu d’la figure !
J’en suis pas sûre.
A force d’pas dormir la nuit,
J’vois plus clair en plein jour : ça m’nuit :
J’trouv’ plus l’chemin d’la Préfecture
J’en suis pas sûre.
Et à forc’ d’entend’ du potin,
J’suis sourde aux trois quarts, pauv’ catin !
Faut pas m’demander d’battre la m’ sure
J’en suis pas sûre.
On a beau poivrer mes ragoûts,
J’ai plus d’palais, plus d’dents, plus d’goût
J’crois qu’j’ai usé mon embouchure.
J’en suis pas sûre.
Quant au toucher, j’en parle pas,
Ça m’fait pas plus du haut en bas
Qu’si j’avalais une absinthe pure…
J’en suis pas sûre.
Des gosses, j’en ai eu… deux, ou trois
C’est des produits français que j’crois
Mais qui qu’a signé la facture
J’en suis pas sûre.
Sans l’blindage, ma chère j’m’écroulerais
Ça ballotte comm’ si tu dirais
Dans un bocal d’la confiture…
Je m’fais vieille et j’peux plus trimer ;
Faut que j’paye quelqu’un pour m’aimer
Quand j’dis qu’i’ m’aime, je m’le figure !
J’en suis pas sûre.
D’aimer, j’crois pas qu’ça m’arriva
Mon cœur est mort, mon corps s’en va
II aura p’t’être un’ sépulture… J’en suis pas sûre !

3 – JE SUIS POCHARDE - Chansonnette comique
(Yvette Guilbert - Louis Byrec - éditions Fortin tous droits réservés)
J’viens d’la noce à ma sœur Annette

Et comme le champagne y pleuvait

J’n’vous l’cache pas, je suis pompette

Et j’ai pincé mon p’tit plumet.

Je sens flageoler mes guiboles

J’ai l’cœur guilleret, l’air folichon

J’suis prête à faire des cabrioles

Quand j’ai bu du Moët & Chandon.


Refrain
Je suis pocharde
J’dis des bêtises
Je suis grise ! Mais quoi, ça me r’garde
Qu’est-ce c’que vous voulez que j’vous dise ?
Je suis grise.

Je fais très rarement des folies
Mais quand j’en fais, ah nom de nom !
Je dépasse toutes les fantaisies
J’suis plus une fille, j’suis un garçon
À moi l’plaisir, la rigolade,
J’m’ fais craquer l’corset d’aplomb
Car y a pas, moi faut que je cascade
Quand j’ai bu du Moët & Chandon.
J’dis aux gens qui m’reprochent la chose
Remisez donc dans vos airs de deuil
Car c’est l’Champagne qui en est la cause
Si j’ai que’qu’ fois une mèche dans l’œil,
Et puis j’trouve que c’est toujours bête
De vouloir cacher son pompon
C’est pas un crime que d’être pompette
Et d’aimer Moët & Chandon.

4 – IDYLLE NORMANDE
(Paul Marinier - Henry Cas)
Mathurin l’fils à notr’ voisin
L’autr’ jour me croisa sur l’chemin
Comme j’portions l’beurre et l’fromage
Pour les vendre au prochain village.
« Où qu’tu vas ? » qui m’fait
« Où que j’va ? Gros malin !
Ben j’vais où qu’j’ai besoin ! »
« Tiens » Qui r’prend d’un air plein d’mystère
« Ben c’est justement là qu’j’ai à faire »
Ah ben ! N’en v’là un’ drôl’ d’affair’!
« La Margoton ! Viens par ici
J’connais un chemin qui raccourcit »
Mais dans l’bois il était tout drôle
Il faisait comme un chat qui s’frôle
« M’sieur Mathurin ! Qué qu’vous avez donc ? »
« Bah ! » Qui m’fait
« La Margoton ! Mais j’suis comme ça quand j’ai ma chère
Un p’tit désir à satisfaire ! »
Ah ben ! n’en v’là un’ drôl’ d’affair’ !
« L’désir que j’ai c’est d t’embrasser
Une fois et pis d’recommencer »
« Ah M’sieur Mathurin ! Non : faut êtr’ sage
ça fait tourner l’beurre et l’fromage ! »
« T’es bête c’est un jeu amusant
C’est un plaisir ben innocent
La preuve que ton père et ta mère
S’embrass’nt quelqu’ fois pour se distraire ! »
Ah ben ! N’en v’là d’un’ drôl’ d’affaire !
Bah ! que j’dis, s’ils s’embrass’nt les vieux
Après tout j’peux ben faire comme eux
Ça doit êtr’ une chose très morale
Ça prouv’ra ma tendresse filiale !
Il m’embrassa puis m’r’embrassa
Si bien que la journée s’passa
À c’t’occupation singulière
Et j’disais : Oh la la, ma mère !
Ah ben ! N’en v’là d’un’ drôl’ d’affair’ !
Quand j’rentris à la maison
J’dis à maman sans plus d’façons
« J’viens d’embrasser l’fils à Jean Pierre
Comme tu t’embrasses avec mon père ! »
Ma mère elle m’a fichu des coups
La morale de ça voyez-vous ?
C’est qui n’faut pas la chose est claire
Suivr’ toujours l’exemple de sa mère
Mais c’est tout d’même un’ drôl’ d’affaire,
Une drôl’ d’affaire !

5 – LA PIERREUSE
(Eugène Poncin - Jules Jouy - éditions Fortin tous droits réservés)
Y a des filles qui ont la vie heureuse
Et qu’occupent de belles positions
Moi je suis tout simplement pierreuse*
L’soir dans les fortifications.
Afin d’ boulotter l’existence
À la nuit je m’ ballade dans l’noir
Pendant qu’mon homme reste à distance
À m’surveiller sur le trottoir.
Quand j’vois un passant qui s’promène
Afin d’lui causer sans témoins
Dans un des fossés, je l’amène
Et puis j’appelle Alphonse de loin.
Pi….ouit !
Il ne s’le fait pas dire deux fois !
Y’s’précipite su’l’bourgeois !
Tirlitipiton ! Hu’ donc ! Agn’donc
En plein sur le piton,
Il lui colle un gnon
Et chip’ son pognon !
Ça s’fait très vite ! Pi….ouit !
Quand j’peux faire un p’tit brin d’toilette
Pour trouver des clients meilleurs
Je m’risque jusqu’à la Villette
Pas loin des boulevards extérieurs.
Afin de n’pas être embêtée,
Jusqu’à trois heures du matin
J’travaille dans une rue écartée
Tout près du canal Saint-Martin.
Sitôt qu’la lune éteint son cierge
J’accoste un passant dans un coin
P’tit à p’tit j’l’attire sur la berge
Et puis j’appelle Alphonse de loin.
Pi….ouit !
Il ne s’le fait pas dire deux fois !
Y’s’précipite su’ l’bourgeois !
Et Tirlitipiton ! Hu’ donc ! Agn’donc
Il lui chip’ son pognon !
D’un coup su’ l’trognon
L’balance dans l’bouillon !
Ah ! Ça s’fait vite !
Pi….ouit !
Bien que je sois d’humeur coquette
Si j’porte le deuil c’est qu’récemment
La veuve, place de la Roquette
M’a soufflé mon dernier amant.
Oui, c’est l’autre jour à l’aurore
Qu’on m’a rogné mon gigolo
Oh ! Il m’semble que je l’vois encore
Cette fois-ci c’est pas rigolo.
J’l’aperçois là-bas sous la porte
Le curé lui parle sans témoin
Su’la bascule il faut qu’on l’porte
Un camarade l’appelle de loin
Pi….ouit !
Il n’a pas l’temps de l’dire deux fois,
On l’met su’ la chose en bois !
Et Tirlitipiton ! Hu’ donc Agn’donc
En plein le cordon
La tête et le tronc
Tombent dans l’panier d’son !
Ah ! Ça s’fait vite ! Pi….ouit !

6 - LA MORPHINÉE

(Jean Lorrain - Yvette Guilbert)
J’peux plus dormir dès qu’il fait noir
J’vois grouiller un tas d’choses dans l’sombre
Des chauves-souris, des grands yeux d’ombre
Puis des rats comme dans l’Assommoir.
Alors j’prends l’flacon qui console
Vite une piqûre et ça m’remet
C’est d’puis c’matin ma troisièm’ fiole
J’m’en déshabituerai jamais
Refrain
Si j’vis comme une hallucinée
C’est d’puis qu’un homme m’a plantée là
Ça m’a chaviré l’cœur, voilà.
D’autres boivent, moi, j’suis morphinée*.
Des fois je n’suis pas raisonnable
J’en prends trop, trop
Comme aujourd’hui
Et c’est d’vant mes yeux comme du sable
Et j’le vois…oui … j’le revois Lui !
Ah ! qu’il est doux…
Ah ! qu’il est tendre
Qu’il est caressant …
Il m’adore…
Mais…où est-il ?….
Parti ! d’la cendre
Ah ! Qu’est-ce que j’ai !
Je rêve encore…
Oh la douceur de la morphine !
Son froid délicieux sous la peau !
On dirait de la perle fine
Coulant liquide dans les os.
Si j’meurs à la Salpêtrière
Ça vaut tout autant qu’au Midi
Et Charcot en guise de prière
Dira d’vant mon corps refroidi :
Refrain
C’était une pauvre hallucinée
Son amant l’avait plantée là
Elle a eu trop d’chagrin, voilà.
D’autr’s boivent, elle s’est morphinée !

*A partir de 1859, les principales victimes de la morphine sont les femmes. Les Dames du monde s’offrent des seringues en or ou en argent. En vente libre dans les pharmacies comme médecine, « la fée grise », comme on l’appelle alors, devient une perversion. Dans les salons, chez les raffinés et les horizontales, on croise d’envoûtantes morphinées.

7 – ADOLPHE ou LE JEUNE HOMME TRISTE
(Maurice Donnay)
Il était laid et maigrelet
Ayant sucé le maigre lait

D’une nourrice pessimiste

Et c’était un nourrisson triste.
Au lycée, il suivit des cours
Et fut aussi fort en discours
Latin, que subtil helléniste
Mais c’était un étudiant triste.
Faisant de l’amour un solo
Il s’amusait comme Charlot
C’était un de nos bons solistes

Mais toujours triste, ah, combien triste !

Il fut reçu docteur en droit
N’ayant jamais à ce qu’on croit
Connu la fleur ni la fleuriste
Et je ne sais rien de plus triste.
Et quand il voulut un beau jour

Mordre à la pomme de l’amour
Il tomba sur une modiste

Qui le trouva tellement triste.
Qu’elle le trompa sur le champ

Avec un professeur de chant

Qui possédait le genre artiste

Alors il fut beaucoup plus triste.
La politique le hanta

Le boulangisme le tenta
Puis il se fit opportuniste

Mais il était toujours très triste.
Comme il ne s’y trouvait pas bien
Sa devise fut tout ou rien
Il devint donc toutouriéniste
Mais il était toujours très triste.
Un ministre étant son ami

Du côté du manche il se mit

On le vit devenir manchiste

Mais il était toujours très triste.
Le ministre ayant fait un bond
Alors il se dit : à quoi bon !
Mais pour être un aquaboniste
Hélas ! Il n’en fut pas moins triste.
Et quelque chose qu’il tentât

Dans l’art, dans l’amour, dans l’État
Il était quelque chose en iste
De triste, triste, triste, triste !
Quand il mourut d’un eczéma
Il exigea qu’on le créma

Et sur sa tombe un symboliste
Écrivit ces mots : « Il fut triste ! »

8 - RENAUD LE TUEUR DE FEMMES
(Chanson populaire du XVIème siècle - Nathalie Joly)
Renaud a de si grands appas
Qu’il a séduit la fille du Roy
L’a bien emmenée à sept lieues
Sans qu’il lui dit un mot ou deux.
Quand sont venus à mi-chemin
Mon Dieu Renaud que j’ai donc faim !
Mangez la belle, votre main
Car plus ne mangerez de pain.
Quand sont venus au bord du bois
Mon Dieu Renaud que j’ai donc soif !
Buvez la belle votre sang,
Car plus ne boirez de vin blanc !
Puis-je pas boire à ce vivier
Où treize dames sont noyées ?
Oui treize dames y sont noyées
La quatorzième vous serez !
Quand sont venus près du vivier
Lui dit de se déshabiller
N’est pas affaire aux chevaliers
De voir dame déshabiller !
Mettez votre épée sous vos pieds
Votre manteau devant le nez
Renaud mit son épée sous pied
Et son manteau devant son nez.
La belle alors l’a poussé
Dedans le vivier l’a noyé
« Venez carpes, venez poissons
Manger la chair de ce larron ! »
Renaud voulut se raccrocher
A une branche de laurier
La belle alors avec l’épée
Coupe la branche de laurier !
« Oh belle, tendez-moi la main
Je vous épouserai demain »
« Va-t’en Renaud va-t’en au fond
Epouser les femmes qui y sont ! »
« Belle que diront vos parents
Si revenez sans votre amant ?  »
« Je dirai que j’ai fait de toi
Ce que tu voulais faire de moi ! »

9 - LES ANNEAUX DE MARIENSON
(Légende médiévale du XVIème siècle - Légendes dorées - Nathalie Joly)
Marianson dame gentil’ Où est allé votre mari ?
Il y a six mois et demi que Renaud est dedans Paris
Puisque Renaud n’est plus ici il faut vous faire un autre ami
Non ! Si longtemps que je vivrai Autre que Renaud n’aimerai !
Marianson dame gentil’ Prêtez-moi vos anneaux jolis
Prêtez-moi vos anneaux du doigt que j’en fasse pareils pour moi
Je vous le jure sur ma foi Personne ne la saura que moi.
Marianson mal avisée ses trois anneaux lui a prêté.
Quand les anneaux lui eu confié chez l’argentier s’en est allé
Bonjour, bonjour bel argentier, prends-moi ces trois anneaux dorés
Je te les donne à mon lever et veux avoir à mon coucher
Fais-les de la même façon que ceux de la Marianson.
Quand il eut les anneaux dorés, vite à Paris s’en est allé
Qui trouva-t’il sur le pavé ? Ce fut Renaud tout le premier.
Ah dieu te garde franc chevalier ! Quelles nouvelles m’as apporté ?
Ta femme est accouchée d’un fils, de moi elle a fait son ami.
Tu as menti franc chevalier, ma femme m’est fidèle assez.
Que tu le crois ou le décrois voici les anneaux de ses doigts.
Quand il a vu la vérité contre la terre s’est jeté
Il y resta trois jours, trois nuits, sans boire manger ni dormir.
Au bout de trois jours et trois nuits sur son cheval il remontit
N’allait pas comme homme de sens, il allait comme poudre et vent.
Sa mère était sur les créneaux qui vit de loin venir Renaud.
Marianson Dame gentil’ voici venir votre mari.
Il ne vient pas en homme aimé il vient en homme courroucé !
Ma mère montrez lui son fils cela devra le réjouir.
Il prend l’enfant par le maillot, le jette contre le carreau
Prend sa femme par les cheveux, à la queue du cheval la nœud.
Depuis les portes de Paris jusqu’aux portes de Saint-Denis
N’y avait brousse ni buisson que n’eut sang de Marianson.
Renaud, Renaud, mon doux ami, par Dieu arrêtons-nous ici !
N’est pas pour toi franche putain, c’est pour mon cheval qui a faim !
Dis-moi, dis-moi franche catin, où sont les anneaux de tes mains ?
Sont dans le coffre au pied du lit, voici la clef pour les quérir.
Marianson dame gentil’ pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?
Renaud, Renaud, mon doux ami, m’en avez-vous pas donné loisir ?
Marianson Dame gentil’ pardonnez à votre mari.
Oui, ma mort lui est pardonnée, mais pas celle du nouveau-né.
Marianson Dame gentil’ que faut-il faire pour vous guérir ?
Ne faut qu’une aiguille et du fil, et un drap pour m’ensevelir.

10 - Complainte d’une méchante
Récit d’un infanticide
(XVIIème siècle – Texte refait par Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
Filles de la paroisse
Et vous aussi garçons !
Tremblez en écoutant
La terrible chanson
Au sujet d’une fille
De très bonne famille
Qui sans le baptiser
Tua son nouveau-né !
L’enterrant de sa bêche
Elle rentre au logis
Pâle, la bouche sèche
Son père est tout surpris.
Mais quelle fut sa rage
Quand le soir dans l’herbage
Il trouva sa jument
Qui déterrait l’enfant !
Le père prend sa hache
Et veut la mettre à mort
Mais la fille se cache
En emportant le corps.
Au juge elle déclare
Sa conduite barbare
Et montrant son enfant
Demande un châtiment.
Les aides du bourreau
Déjà sont arrivés
La hache, le billot
Font rougir les pavés
C’est en vain qu’elle pleure
Dans une demi-heure
Mère dénaturée
Sera décapitée !

11 - Le miracle de Sainte-Berthe
ou la servante manchote à laquelle Dieu donna
des bras pour aider la Vierge à enfanter

(Chanson populaire de France – Légendes dorées, éditions Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
Dans la nuit qui s’avance
- Silence !
Joseph cherche à loger
Dans un pauvre quartier.
À une porte blanche
Il se met à cogner  
Il se met à crier
Hé Monsieur l’hôtelier !
Ma femme est dans les transes
Et prête d’accoucher
Faut pourtant la loger.
Monsieur parlez plus bas,
L’hôtelier est couché
Faut pas le réveiller
Il défend que l’on donne
Aux pauvres à loger
Sans argent pour payer.
Mais, de vous j’ai pitié,
Sur la pointe des pieds
Entrez dans le cellier
Vous voyez cette grange ?
Ici vous dormirez et vous reposerez.
Merci bonne servante
Ma femme vais chercher
Pour l’aider à marcher.
Hélas qu’il fait donc sombre, hélas
Dans cette étable-là
Moi qui vais être mère, hélas !
Ne m’assisteras-tu pas ?
Je le voudrais Madame, hélas !
Que ne le pourrais pas.
Au nom du ciel ma fille, hélas !
Je souffre aide-moi !
Hélas je suis manchote, hélas !
Hélas je suis manchote,
Manchote des deux bras.
Au nom du ciel ma fille, hélas !
Madame ! Minuit sonne,
Je suis tout en émoi.
Miracle pas croyable !
Il m’est poussé des bras.
Et le sauveur du Monde, Noël Noël !
Il est entre mes bras.

12 - I WANT YOU MY HONEY

(John Templeto - Nathalie Joly)
Le jour a défait ses voiles dissipant jusqu’aux étoiles
Ton souvenir est radieux,
Illuminant ma pensée, ensoleillant ma journée
Je te veux mamour je te veux.
Je veux tes caresses, tes baisers, je veux tes yeux
Je veux nos ivresses, tout ton toi, oui je le veux
Donc mon miel ma rose, mon cœur, mon corps, ma chose…
Yes I want you want you want you my honey. Yes ! I do !

13 - Ma grand-mère
(Jean Pierre Béranger - Nathalie Joly)
Ma grand’ mère, un soir à sa fête,
Du vin pur ayant bu deux doigts
Nous disait en branlant la tête :
Que d’amoureux j’eus autrefois !
Refrain
Combien je regrette
Mon bras si dodu
Ma jambe bien faite
Et le temps perdu !
- Quoi ! Maman vous n’étiez pas sage ?
- Non, vraiment, et de mes appas
Seule à quinze ans j’appris l’usage,
Car la nuit je ne dormais pas.
- Maman, vous aviez le cœur tendre ?
- Oui, si tendre qu’à dix-sept ans
Lindor ne se fit pas attendre
Et qu’il n’attendit pas longtemps.
- Maman, Lindor savait donc plaire ?
- Oui, seul il me plut quatre mois
Mais bientôt j’estimai Valère
Et fis deux heureux à la fois !
- Quoi ! Maman, deux amants ensemble !
- Oui, mais chacun d’eux me trompa.
Plus fine alors qu’il ne vous semble,
J’épousai votre grand-papa
- Maman, que lui dit la famille ?
- Rien, mais un mari plus sensé
Eût pu connaître à la coquille
Que l’œuf était déjà cassé
- Bien plus tard, maman, vous fûtes veuve ?
- Oui ! Mais grâce à ma gaîté
Si l’église n’était plus neuve
Le saint n’en fut pas moins fêté !
- Comme vous, maman, faut-il faire ?
- Eh ! Mes petits enfants, pourquoi,
Quand j’ai fait comme ma grand-mère
Ne feriez-vous pas comme moi ?


Chant 14 - La légende de Saint-Nicolas
(Chanson populaire)
Ils étaient trois petits-enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs.
Tant sont allés tant sont venus,

Que sur le soir, se sont perdus.

S’en sont allés chez le boucher
Boucher voudrais-tu nous loger ?

Ils n’étaient pas sitôt entrés,

Que le boucher les a tués
Les a coupés en p’tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux.
Saint-Nicolas au bout de sept ans

Vint à passer dedans ce champ,
Alla frapper chez le boucher :

Boucher voudrais-tu me loger ?

- Entrez, entrez, Saint-Nicolas,

Il y a d’la place, il n’en manque pas.

Il n’était pas sitôt entré

Qu’il a demandé à souper.

- Voulez-vous un morceau d’jambon.
- Je n’en veux pas, il n’est pas bon.
- Voulez-vous un morceau de veau ?
- Je n’en veux pas, il n’est pas beau !
Du p’tit salé je veux avoir
Qu’il y a sept ans qu’est dans l’saloir !
Et Nicolas alla s’asseoir
Dessus le bord de ce saloir.
Petits-enfants qui dormez-là,

Je suis le grand Saint-Nicolas !
Nicolas étendit trois doigts
Les petits se levèrent tous trois
Le premier dit : J’ai bien dormi.

Le second dit : Et moi aussi. !
A ajouté le plus petit

Je croyais être en paradis !


15 - LE BAIN DU MODÈLE
Scie d’atelier*
(Léon Xanrof – éditions Fortin tous droits réservés)
C’était une petit Italienne
Qui posait dans les ateliers
Elle avait dix huit ans à peine
Des p’tits pieds et des grands souliers.
Quoiqu’elle fut un peu bébêt’,
elle était gentille comme un cœur
Mais répandait une drôle d’odeur
Car elle s’lavait jamais la tête.
Refrain
Quand on veut être modèle
Chez les Rapins, chez les Rapins
Suffit pas d’être belle,
Faut prendre des bains, des bains. (bis)
On la présente à Rochegrosse **
Pour poser dans un grand tableau
Mais il dit en voyant la gosse :
« Elle a donc une maladie d’peau ?
Elle est sale comme trente deux fumistes
V’là quarante sous pour prendre un bain
Si tu n’ l’as pas pris d’ici d’main
J’t’envoie chez les impressionnistes ! »
La p’tit’ qu’avait pas l’habitude
Fut m’née au bain triomphalement
On l’enferma comme feu Latude***
Dans une p’tite chambre peinte en blanc.
Les rapins restèrent à la porte
Mais au bout de sept heures un quart
Ils lui crièrent : « Vlà qui s’fait tard
Réponds-nous au moins si t’es morte ! »
Ils entrent n’obtenant pas de réponse
Ils trouvent la p’tite penchée sur l’eau
Disant : « J’peux plus boire, je défonce ! »
Elle avait l’ventre comme un tonneau.
Par suite d’une erreur fantastique
Elle avait cru que ça s’buvait
Elle mourut des suites de ce fait
Quarante ans après, hydropique.
La moral’ de cette romance
C’est que l’eau sert à l’extérieur
Faut s’en mettre à l’intérieur
Que dans un’ très grav’ circonstance.
* La scie d’atelier est un refrain d’une monotonie préméditée, répété d’autant plus de fois qu’il semble agacer celui ou celle qu’on cherche à mortifier. Elle se chantait particulièrement dans les ateliers des artistes peintres qu’on nommait à la Belle époque les rapins.
** Peintre pompier injustement (?) oublié (1859-1938)
*** Jean Henry (1725-1805) dit Danry, dit Maser de Latude, est un prisonnier français célèbre par ses nombreuses évasions.

16 - PARTIE CARRÉE
CHEZ LES BOUDINS ET LES BOUTONS

(Marcel de Lihus - éditions Fortin tous droits réservés)
Il y avait un nommé Boudin
Y avait un nommé Bouton
L’un pourvu d’une Madam’ Bouton
Et l’autre d’une Madam’ Boudin
Au Sacré-Coeur, Madame Bouton
Avait connu Madam’ Boudin
A Condorcet, Monsieur Boudin
Avait connu Monsieur Bouton.
Tous les dimanches les Boudin
Offraient le spectacle aux Bouton
Mais en revanche les Bouton
Payaient à souper aux Boudin
On ne voyait pas les Bouton
Sans voir aussitôt les Boudin
Quand on invitait les Boudin
Fallait inviter les Bouton.
Le bottier de Monsieur Boudin
Bottait aussi Monsieur Bouton
Le couturier de Madam’ Bouton
Couturait d’même Madam’ Boudin
Comme position Monsieur Bouton
Vendait des chapelets de boudins
Comme position Monsieur Boudin
Vendait des chap’lets de boutons.
Naturellement Monsieur Boudin
Faisait d’l’œil à Madam’ Bouton
Mais naturellement Monsieur Bouton
Faisait d’l’œil à Madam’ Boudin
De sorte que Madam’ Bouton
Faisait avec Monsieur Boudin
Juste ce que Madam’ Boudin
Faisait avec Monsieur Bouton.
Un beau matin Monsieur Boudin
Dit : « J’vais être père, mon vieux Bouton ! »
« C’est épatant » répond Bouton
« J’vais l’être aussi, mon vieux Boudin ! »
C’est ainsi que Madam’ Bouton
Mit au monde un petit Boudin !
C’est ainsi que Madam’ Boudin
Mit au monde un petit Bouton !

17 - En vérité je vous le dis
(« La chanson de ma vie »
d’Yvette Guilbert éditions Grasset)
Il ne faut jamais se décourager !
Jamais être découragé d’apprendre
Jamais être découragé par les difficultés
Jamais être découragé par la lenteur des progrès
Jamais être découragé par la lenteur du succès
Jamais être découragé par l’incompréhension de qui que ce soit
Jamais être découragé par les autres
Jamais être découragé par soi-même
Et moi je dis à l’artiste : Courage ! (…)



CD 3 : CHANSONS SANS GÊNE

NATHALIE JOLY CHANTE YVETTE GUILBERT 3ème épisode


Enregistré au studio G Acoustique par Franck Gelibert
Mixage, mastering Isabelle Davy - CIRCE
Réalisation artistique et conception du livret Nathalie Joly
Œuvres d’Yvette Guilbert@Société des Gens de Lettres de France 2017
Durée 52’

D’après le spectacle CHANSONS SANS GÊNE de Nathalie Joly créé dans une mise en scène de Simon Abkarian, en collaboration avec Pierre Ziadé, dans des lumières d’Arnaud Sauer, au Théâtre de Lenche à Marseille en mai 2015, au Théâtre La Piscine Firmin Gémier à Châtenay-Malabry puis au Théâtre de la Tempête à Paris en mai 2016 en coréalisation avec la Compagnie Marche la route.

Nathalie Joly Chant
Jean-Pierre Gesbert Piano, chant (17), trompette (7)
Théo Girard Contrebasse (2-6-8-9-16)
Textes (1-3-4-10-12-13-17), compositions, arrangements Nathalie Joly et Jean-Pierre Gesbert © Marche la route tous droits réservés

 1 - Entrée d’Yvette 0’50 (Nathalie Joly) - Sur la scène 2’06 (Léon Xanrof - Nathalie Joly) 2’57
 2 - Blues de l’absinthe (Maurice Rollinat - Yvette Guilbert - Nathalie Joly) 3’23
 3 - Pourquoi n’êtes vous pas venu ? (Léon Xanrof - Yvette Guilbert - Nathalie Joly) 4’17
 4 - Les femmes comme moi (Nathalie Joly) - Black coffee (Sonny Burke) 1’49
 5 - Nous nous plûmes (Georges Sibre - Harry Fragson) 3’11
 6 - A présent qu’t’es vieux (Paul Marinier - Nathalie Joly) 2’26
 7 - Les dames trop mûres (Léon Xanrof - Nathalie Joly) 3’05
 8 - La bossa du bossu (Nathalie Joly, d’après une chanson populaire 1555) 2’08
 9 - Les amis de Monsieur (Eugène Héros et Cellarius - Harry Fragson) 2’30
10 - Henri’s blues (Nathalie Joly) 1’05
11 - Hindu melody – Mélodie Indienne (Georges Ivanovitch Gurdjieff / Thomas Hartmann) 1’51
12 - Moulin rouge (Maurice Boukay - Legay Marcel - Nathalie Joly) 3’52
13 - Blues de la femme (Nathalie Joly) 1’26
14 - L’enfermée (Gaston Couté - Léo Daniderff - Nathalie Joly) 3’32
15 - Fleur de berge (Jean Lorrain - Yvette Guilbert - Nathalie Joly) 3’52
16 - Le manque de mémoire
(Paul de Kock -Yvette Guilbert) 2’29
17 - Das Mädchen mit den Schwefelhölzchen
(Friedrich Hollaender) 3’44
18 - Les Mignons (Françoise Lo - Barbara) 3’48


1 - SUR LA SCENE

(Léon Xanrof - Nathalie Joly - éditions Fortin tous droits réservés)
Maman un soir en répétant
M’donna l’jour derrière un portant
J’grandis dans l’atmosphère malsaine sur la scène.
Maintenant j’suis actrice à mon tour
Je joue l’soir je répète le jour
J’passe mes dimanches et tout’ ma s’maine sur la scène.
On est très bien payé seulement
Nos amendes absorbent total’ment
Le prix d’notr’ mois en une semaine sur la scène.
Faut être bonne pour le Directeur,
Le régisseur, le souffleur, les auteurs, les acteurs, les censeurs,
Un rôle ça donne rud’ment d’la peine sur la scène !
Quand à la ville je crève de faim
J’mange des soupers en carton fin
J’bois du champagne, d’la veuve fontaine sur la scène.
Les soirs où j’ai envie d’pleurer
Faut tout d’même que j’fasse rigoler
ou que j’souligne un mot obscène sur la scène.
Et même le succès n’est pas doux
Ça n’nous rapporte que des jaloux
On s’aime un peu comme chatte et chienne sur la scène.
Quand on est vieille, on veut plus d’vous
Et y a pas d’Caisse de retraite pour nous
Y a plus qu’à s’fiche en sortant d’ scène dans la Seine.

2 – Blues de l’absinthe
(Maurice Rollinat - Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- Elle était toujours enceinte,
Et puis elle avait un air…
Pauvre buveuse d’absinthe !
Elle vivait dans la crainte
De son ignoble partenaire
Elle était toujours enceinte.
Par les nuits où le ciel suinte,
Elle couchait en plein air.
Pauvre buveuse d’absinthe !
Ceux que la débauche éreinte
La lorgnaient d’un œil amer :
Elle était toujours enceinte !

- Dans Paris, ce labyrinthe
Immense comme la mer,
Pauvre buveuse d’absinthe,
Elle allait, prunelle éteinte,
Rampant aux murs
comme un ver…
Elle était toujours enceinte !
Oh cette jupe déteinte
Qui se bombait chaque hiver !
Pauvre buveuse d’absinthe !
Sa voix n’était qu’une plainte,
Son estomac qu’un cancer :
Elle était toujours enceinte !
- Elle râlait : « Ça m’esquinte !
 Je suis déjà dans l’enfer »
Pauvre buveuse d’absinthe !
Or elle but une pinte
de l’affreux liquide vert
Elle était toujours enceinte !
Ce fut sa dernière plainte
Avant de quitter la terre,
Pauvre buveuse d’absinthe !
Et son amant dit sans feinte :
« Bon débarras, fini l’enfer ! »
Elle était toujours enceinte.
Elle effrayait maint et mainte
Rien qu’en tournant sa cuiller
Pauvre buveuse d’absinthe !

* La Buveuse d’absinthe est une figure de l’époque. On en retrouve son portrait dans toute la peinture de la fin du 19ème siècle et début 20ème, de Manet, Degas, Félicien Rops, à Picasso. Nathalie Joly fait revivre la chanson oubliée de
Maurice Rollinat et Yvette Guilbert Buveuse d’absinthe, couleurs blues. Les années 1900 constituent l’âge d’or de la drogue littéraire. Maupassant écrit à renfort d’éther, Apollinaire sniffe avec Lou la « divine coco », « Devenir Dieu » disait Baudelaire… De
Saïgon à Paris les fumeries ne se comptent plus.

3 - POURQUOI N’ETES VOUS PAS VENU ?

(Léon Xanrof - Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- L’autre jour vous m’aviez promis
De venir ce matin sans faute
Pour vous attendre j’avais mis
Le peignoir qui d’un geste s’ôte
Du parfum qui vous a tant plu,
Ma chambre était toute embaumée
Je crois que vous m’auriez aimée.
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Mon miroir qui n’est pas menteur
Me disait que j’étais charmante
J’avais l’œil doux et prometteur
Et je trouvais longue l’attente
Même j’ai baisé mon bras nu
à votre place favorite,
Je disais « qu’il vienne donc vite ! »
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Où donc étiez-vous mon ami
Et d’où venait votre paresse
Si vous n’étiez pas endormi
Dans les bras d’une autre maîtresse ?
Que voulez-vous moi je l’ai cru
Et lorsque le courroux s’éveille
On songe à rendre la pareille,
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Or à ce moment on frappa
« Enfin le voilà » m’écriais-je
« Entrez ! » Mon mari seul entra
Oui mon mari, quel sacrilège !
Le tableau l’a sans doute ému
Car il m’a dit d’une voix tendre
Les mots que je voulais entendre
Pourquoi n’êtes-vous pas venu ?
- Mon trouble était si grand si grand
Que lorsqu’il m’a dit « je vous aime »
Je crois que j’en ai dit autant,
Il m’embrassa je fis de même
Et quoique cela lui fût dû
Avec plaisir je fus docile
Ne venez plus c’est inutile
Puisque vous n’êtes pas venu.

4 - Les femmes comme moi (Nathalie Joly)

5 - NOUS NOUS PLUMES
(Georges Sibre - Harry Fragson)
Elle s’appelait Hortense, elle avait vingt ans
Des yeux bleus, un nez en trompette
On s’était aimé, un soir de printemps
J’dis pour entamer la causette
«Mam’zelle, voulez-vous de moi pour amoureux ?
Je dois vous prévenir, je suis militaire”
« À vot’costume » qu’elle m’fait sans plus d’manière
J’m’en doutais bien un peu»
Refrain
Elle me dit : Ça colle-t’y?
Ouais qu’j’y dis
Bon qu’elle dit
Je lui plu, elle me plut
On se plut, nous nous plûmes
Avec rage, sans partage
Nous nous p’lures d’oignons
Je lui plu, elle me plut
On se plut, nous nous plûmes
Un nid d’plumes sans costume
Et aïe donc, Cupidon !
-Quand j’étais d’sortie l’dimanche à Saint-Cloud
Dans l’bois, toute la journée entière
On s’mordait les pieds, on s’griffait les genoux
On jouait à cracher en l’air
Pis quand venait le soir, ayant tout dépensé
On r’venait à pied par la barrière
Et j’soupirais « Puisque t’es plumassière
Allons nous plumarder »
- Mais, hélas, l’amour c’est comme le camembert
Ça peut pas durer toute la vie
On s’est dit adieu, un beau soir d’hiver
Qu’y tombait un tas d’saloperies
Depuis, je l’ai vue,
elle s’est fait teindre les cheveux
Elle fréquente plus les militaires
Et comme les jeunes, ça y rapportait guère
Maint’nant elle a un vieux
Elle me dit « V’là mon prix
Aujourd’hui, c’est un Louis »
- Elle m’plut plus,
j’lui plu plus
On s’plut plus,
nous s’plus plûmes
Sans bagage, bon voyage
Nous s’plus p’lures d’oignon
J’lui plu plus, elle m’plut plus
On s’plut plus, nous s’plus plûmes
J’aime les femmes, j’le proclame,
Mais à l’œil, c’est plus bon !

6 - À PRÉSENT QU’T’ES VIEUX   
 
(Paul Marinier - Nathalie Joly)
- À présent qu’t’es vieux, qu t’en a eu plus d’une
Que t’es fatigué, qu’tu t’en aperçois
Tu voudrais mon cher, r’prendr’ la vie commune
Et recommencer l’roman d’autrefois
Tout ça c’est très bien, ça m’paraît très sage
Et ta p’tite santé s’en trouv’rait bien mieux
Du diable d’ailleurs c’est assez l’usage
Et tu t’fais ermite à présent qu’t’es vieux.
- Ma cuisine jadis te paraissait fade
T’as été manger chez tous mes amis
Mais à présent qu’t’as l’estomac malade
Un p’tit ordinaire ça t’sera permis !
Cet état d’choses ne m’paraît pas juste,
Si tu t’es ruiné l’appétit grand Dieux
Moi j’ai conservé le mien très robuste
J’voudrais pas jeûner à présent qu’t’es vieux.
- Tu m’jures sur l’honneur de m’rester fidèle
Que les autres bonnes femmes ça n’te dit plus rien
Que j’n’aurai toujours qu’à m’louer d’ton zèle
Qu’tu m’suivras partout comme un vrai p’tit chien.
Quand j’pense qu’autrefois – Dieu qu’la vie est drôle
T’étais comme un coq, superbe, vaniteux,
Comme le temps tout d’même nous fait changer d’rôle
Tu joues les caniches à présent qu’t’es vieux.
- Dans l’temps où t’avais les jarrets solides
Pour d’autres victoires tu m’as plantée là
Ben maint’nant qu’t’es mûr pour les invalides
Tu t’dis « de c’qui reste, ça la content’ra ».
Vois-tu, la valeur qui fait les conquêtes
Ça s’en va toujours en même temps qu’les ch’veux
Et si j’en juge par c’qui t’reste sur la tête
T’es rudement mangé à présent qu’t’es vieux !

7 - LES DAMES TROP MÛRES

(Léon Xanrof - Nathalie Joly - éditions Fortin tous droits réservés)
- Dans les salons l’air peu follet
Au sein gauche le ruban violet
Se tiennent dans les encoignures,
Les dames trop mûres.
Elles compriment sous l’corsage craqueur
La gélatine où bat leur cœur
Dans des corsets aux airs d’armures
Les dames trop mûres.
Elles s’habillent comme à vingt ans
Oublient les injures du temps
En faisant à Vichy des cures,
Les dames trop mûres.
Leur décolletage sans pudeurs
combine heureusement l’odeur
De l’héliotrope et des saumures,
Les dames trop mûres.
Mais d’avoir l’âge des grands-mamans
Ça n’empêche pas les sentiments
Elles n’ont ni la chair ni l’âme dure,
Les dames trop mûres.
Et vers minuit dans leur logis
Par des collégiens un peu gris
Elles se font remonter en voiture,
Les dames trop mûres.
Quelquefois l’imprudent gamin
Meurt étouffé le long du chemin
Dieu préserve vos progénitures
Des dames trop mûres.
Mais les jeunes gens n’ont plus hélas
Les mêmes idées que feu Jonas
Elles font bien rarement des captures,
Les dames trop mûres.
Aussi vers le déclin du jour
Elles offrent à Dieu leurs amours
Qui n’peuvent plus être autre chose que pures,
Les dames trop mûres.

8 - LA BOSSA DU BOSSU
(Nathalie Joly, d’après une chanson populaire 1555)
Mon père m’a mariée à un bossu
Le premier jour de mes noces il m’a battue.
Je m’en allis au jardin prier Vénus
Refrain
Tu ne la verras plus petit bossu ta femme
Tu ne la verras plus petit bossu tordu.
Je m’en allis au jardin prier Vénus
La prière que j’ai faite est advenue
J’ai trouvé le bossu mort sur ses écus
Je l’ai fait ensevelir dans de la glu…

9 – LES AMIS DE MONSIEUR
(Eugène Héros et Cellarius - Harry Fragson)
- Bien qu’il possède une femme charmante,
L’ami Durand est un coureur
V’là t’y pas qu’il remarque sa servante
Et qu’il la reluque en amateur.
Il lui murmure : « Dites donc, ma fille…
Entre nous, vous êtes fort gentille
Et votre personne, crénom d’un chien,
Au naturel doit être très bien. »
« Ah ! Monsieur - répond la petite bonne -
Ce que vous m ‘dites n’a rien qui m’étonne
Car, fit-elle d’un air étourdi
Tous les amis de Monsieur m’l’ont déjà dit. »
– Durand, de plus en plus, s’emballe.
A la petite bonne, il fait la cour
Et pour décrocher la timbale,
Il lui jure toute une vie d’amour.
« Voyons, fais pas la dégoûtée.
Au contraire, tu d’vrais être flattée.
Dans ta chambre, je mont’rai sans bruit.
Laisse donc ta porte ouverte, cette nuit. »
« Ah ! Monsieur - répond la petite bonne -
C’que vous m’dites n’a rien qui m’étonne.
Parait qu’je possède un bon lit.
Tous les amis de Monsieur m’l’ont déjà dit. »
– Au rendez-vous, elle fut fidèle,
Mais comme elle hésitait un peu,
Durand s’excitant de plus belle,
Avait la tête, le cœur en feu.
Voyant qu’elle retirait sa chemise
En dev’nant rouge comme une cerise,
Il s’écria tout folichon :
« Je n’ai jamais vu d’aussi beaux nichons ! »
« Ah Monsieur - répond la petite bonne -
C’que vous m’dites n’a rien qui m’étonne.
J’comprends que vous soyez ébahi.
Tous les amis de Monsieur m’l’ont déjà dit ».
- Comme Durand a de la galette
Et qu’il n’est pas vilain garçon,
Elle fit pas longtemps la coquette
Et céda sans faire de façons.
Ici des points pour la censure
Puis il s’écria : « Je t’assure,
J’te trouve exquise, c’est merveilleux
Et que ma femme tu t’y prends bien mieux ».
« Ah ! Monsieur - répond la petite bonne -
C’que vous m’dites n’a rien qui m’étonne,
Que j’m’y prends mieux qu ta femme, pardi !
Tous les amis de Monsieur m’l’ont déjà dit. »

10 - Henri’s blues (Nathalie Joly)

11 - Hindu melody – Mélodie Indienne (Gurdjieff )

12 – MOULIN ROUGE
(Maurice Boukay - Legay Marcel - Nathalie Joly -
éditions Fortin tous droits réservés)
- Sur la hauteur tout près des cieux
Quand la nuit descend sur la terre    
On voit s’allumer les grands yeux    
Du bruyant moulin de Cythère    
Dis-nous pour qui tu mouds ton grain    
Moulin pour qui tournent tes ailes     
Pour la joie ou pour le chagrin    
Mouds-tu pour eux, mouds-tu pour elle ?    

Refrain
Moulin rouge, Moulin rouge, pour qui mouds-tu Moulin rouge    
pour la mort ou pour l’amour pour qui mouds-tu jusqu’au jour ?
- Je mouds pour que les pauvres fous     
Les déshérités, les malades    
Aient moyennant quarante sous     
Leur part d’amour et de ballades.    
Je mouds pour que les malheureux     
Les orphelins, les sans caresses    
Aient des hiver moins rigoureux.     
Je mouds pour que les meurt de faim     
Oubliant que leurs ventres grondent     
S’enivrent de rythmes sans fin,     
Je mouds pour que les assassins     
Éblouis laissent passer l’heure    
Où les ventrus et les malsains     
Regagnent tremblants leurs demeures.    

- Sur la montagne des Martyrs     
Je mouds le rêve et l’Harmonie,         
Je mouds l’or et les repentirs,     
Le rachat par l’ignominie.    
Je mouds un avenir meilleur    
Je mouds pour eux je mouds pour elles,     
Je mouds un avenir meilleur,    
Par la croix rouge de mes ailes.

13 - Blues de la femme (Nathalie Joly)

14 - L’ENFERMÉE

(Gaston Couté - Léo Daniderff - Nathalie Joly -
éditions Fortin tous droits réservés)
J’vis cheuz mes enfants parce qu’on m’trouve berlaude
Y m’coupe du pain blanc, rapport à mes dents
Y m’ donnent de la soupe ben grasse et ben chaude
Et du vin avec deux bouts d’ suc’ dedans
Y font du bien aise autour de mon âge
Mais ça c’est l’médecin qu’en est cause bien sûr
Y m’enferment dans l’clos comme une pie en cage
Et j’peux pas aller plus loin qu’les quat’ murs !
La porte ! Y veulent pas me l’ouvrir la porte !
Quoi que j’leur ai fait ? Qu’y veulent pas qu’je sorte,
Mais ouvrez-la-moi donc la porte !
Hé les bieaux faucheux qui partent en besogne
Non ch’uis pas berlaude j’ai tous mes esprits
ch’uis même corps solide et j’ai forte pogne
Si vous faut quelqu’un pour gerber v’nez m’quérir
Oh… J’voudrais bien aller aux champs comme tout l’monde
J’ai honte de rester comme ça sans œuvrer
A c’t’heure qui fait doux et qu’la terre est blonde
Si vous m’défermez, c’est vous qu’hériterez
La porte ! Mais ouvrez-la-moi donc la porte !
Quoiqu’ j’vous ai fais ? Qu’voulez pas que j’sorte !
La porte que j’vous dis ! La porte !
Hé mon beau Jean-Pierre qu’est déjà qui fauche
Y disent que j’suis vieille mais tu sais ben qu’non
A preuve c’est que j’chuis encore tell’ment gauche
Que j’fais coquelicot en disant ton nom
Oh Viens j’nous marierons tout d’même et quand même
Malgré qu’t’ai pas d’quoué pour la dote que j’ai
Oh Viens t’en m’d’ défermer si c’est vrai qu’tu m’aimes
Et courrons acheter l’ bouquet d’oranger…
La porte ! Faudra bien qu’tu m’ l’ouvres la porte !
Quoi que j’t’ ai donc fait qu’tu veux pas que j’sorte ?
La porte que j’te dis ! La porte !
Mais l’galant qu’j’appelle c’est défunt mon homme
Mais les bieaux faucheux passent pas d’ce temps là
Mais ce s’rait donc vrai que j’chuis berlaude comme
Ils s’le racontent tous ; Il tombe du verglas !
Ya pourtant quelqu’un qui frappe à ma porte
C’est Monsieur l’curé, les chantres et l’bedeau
Qui viennent défermer sur terre les vieilles mortes
Pour les enfermer dans l’champs aux naviots.
La porte ! On me l’ouvrira bien la porte,
Le jour de l’enterrement, faudra bien qu’je sorte,
Vous l’ouvrirez que j’dis ! La porte !!

15 - FLEUR DE BERGE
(Jean Lorrain - Yvette Guilbert - Nathalie Joly)
- J’fis connaissanc’ au mois d’ décembre

Auprès d’Billancourt

D’un marinier rouquin comm’ l’ambre

Un vrai brin d’amour
C’gars mielleux me dit :
C’est pas d’la bêche, t’as rien des nichons
Vrai j’t’offrirais bien quoiqu’en dèche
Un’ frit’ de goujons
Refrain
I m’app’lait sa goss’, sa p’tit’ môme

Dans l’ jour en bateau,
 
I m’prom’nait la nuit, fou d’ma peau
I’m’ caressait fallait voir comme
C’était un gars, c’était un homme
- L’soir au Lion d’or, par des temps d’ neige
Au coin d’un bon feu

J’lui faisais des tas de sortilèges
pour l’ monter un peu
Causant comm’ un chat qui miaule
d’suit’ y riochait

Et m’disait : rentrons à la piaule
Voir le beau brochet

- Que je t’ai pêché la p’tite ?
Refrain
- C’était trop beau, l’ciel est canaille,
Quand on est heureux
Ça dure jamais ! Faut que j’m’en aille

Ma poitrine sonn’ creux

Le méd’cin dit que je m’décolle
Grâc’ à c’beau train-là
Qu’ dans deux mois j’ déviss’ ma boussole

Faut partir… Y’a pas !
Il m’app’lait sa gosse, sa p’tit’ môme
Dans l’jour en bateau
I ‘m’prom’nait la nuit, fou d’ma peau,

I m’caressait fallait voir comme !

J’pourrai jamais aimer d’autre homme.

16 - LE MANQUE DE MÉMOIRE
(Paul de Kock -Yvette Guilbert)

17 - DAS MÄDCHEN mit den Schwefelhölzern
(La petite fille aux allumettes) (Friedrich Hollaender)

18 - LES MIGNONS
(Françoise Lo, Barbara)
- Avec des yeux plus grands qu’le ventre,
Avec des mots plus grands qu’le cœur,
Ils entrent dans notre existence
Côté tendresse, côté cœur.
Ils nous racontent leur enfance
En se cachant sur nos genoux
Et je ne crois pas qu’ils plaisantent
Quand ils disent : « J’ai peur de vous ».
Ils nous découvrent, ils nous adorent.
Ils nous bercent avec des chansons.
Ils font bien d’autres choses encore
Moi, je les trouve assez mignons.
- Avec une belle assurance,
Une fois par mois, avec des fleurs,
Ils nous proposent une existence,
Côté coin du feu, côté cœur.
Ils ronronnent dans nos corbeilles
Et viennent manger dans nos mains
Puis, de bonne heure, ils s’ensommeillent.
Ça nous fait de joyeux matins.
Ils nous embrassent, mais nous ignorent.
Ils chantent faux sur nos chansons.
Quelquefois, ils font pire encore.
Moi je les trouve assez mignons
- Un jour, ils refument la pipe
Qu’ils avaient jetée aux orties
Et voilà qu’ils prennent en grippe
La cage qu’ils s’étaient choisie.
On se dit que l’on s’aime encore
En pensant que rien ne va plus.
Ce Monsieur près de qui l’on dort,
Pourquoi donc nous avait-il plu ?
On leur ouvre tout grand la porte
On n’a plus le cœur aux chansons.
Bêtement, la vie les emporte
Dommage, ils étaient bien mignons.
- Avec des nuits de solitude,
Avec des jours de fin de mois,
On se refait des habitudes.
A vivre seul, on vit pour soi
Et voilà t’y pas qu’ils reviennent.
« Bonjour ! Tu vas bien ? Me voilà.
Cette maison qui est la mienne,
Tu vois que je ne l’oublie pas. »
On ne dit rien mais l’on s’étonne
On a beau savoir la chanson
On la trouve assez polissonne
La dernière de nos mignons.
- Avec des yeux plus grands qu’le ventre
Avec des mots plus grands qu’le cœur,
Ils reviennent dans notre existence
Côté ah, côté cœur.
Et bien qu’on connaisse leur enfance
Et bien qu’on connaisse la chanson
Ça n’fait rien, on recommence,
C’est vrai qu’ils sont mignons, mignons.


«  La grande bataille c’est la recherche du Bonheur dans la vérité, et nos folies ne sont que les rages
de ne trouver que le mensonge.  »
(Yvette Guilbert, Lettre à Freud, 14 mars 1931 © Marche la route / Seven doc)



« En vérité je vous le dis, il ne faut jamais se décourager ! »
(Yvette Guilbert “La chanson de ma vie” Editions Grasset)



« Sans les artistes la Nation se meurt ! »
(Yvette Guilbert “La chanson de ma vie” Editions Grasset)


«  Je suis Terrienne !
Effondrée de reconnaissance,
ô Terre,
je suis ta Passante émerveillée.  »
(Yvette Guilbert)


« Parcours le Monde Yvette jusqu’à effacer ton ombre,
jusqu’à disparaître, devenir le brouillard vivant des autres,
une esquisse, quelques traits…
Alors tous, amoureux d’eux-mêmes deviennent amoureux de toi,
tu deviens le sculpteur derrière le paravent. »
(Extrait spectacle Chansons sans gêne©marche la route)





Cette intégrale regroupe les trois albums : « Je ne sais quoi » (2008), « En v’là une drôle d’affaire » (2012) et « Chansons sans gêne » (2016), et met en exergue le formidable travail de Nathalie Joly d’interprétation et de mise en musique des œuvres d’Yvette Guilbert. Égérie du Paris de la Belle Époque, ses textes demeurent d’une surprenante modernité tant ils mêlent audace, humour et puissance poétique. La chanteuse et comédienne Nathalie Joly a su réinscrire au patrimoine l’œuvre de la « Diseuse fin de siècle » et redonner corps et esprit à toute sa symbolique contemporaine. Une saisissante manière d’aborder le répertoire de celle qui, au cours d’une seule vie, fut la plus moderne des chanteuses d’antan, pionnière du parlé-chanté, féministe de la première heure, correspondante de Freud et star de cinéma.    
Augustin BONDOUX / Patrick FRÉMEAUX

This “complete works” edition contains the three albums that Nathalie Joly released with her gifted performances of her own musical settings for the works of Yvette Guibert: “Je ne sais quoi” (2009), “En v’là une drôle d’affaire” (2012) and “Chansons sans gene” (2016). Guibert was the muse of Belle Epoque Paris, and her texts have remained surprisingly modern thanks to their audacity and humour combined with the power of poetry. Guibert was known as the “Diseuse fin-de-siècle” or “decadent story-teller” because of her habit of slipping speech into songs; singer/actress Nathalie Joly has astonishingly reinstated Guibert in France’s national heritage, and given new substance and wit to the diseuse as a contemporary symbol. This set is a striking approach to the repertoire of a woman who, in a single lifetime, pioneered oratory, was a feminist before her time, corresponded with Freud, and also made films for such directors as Murnau, Autant-Lara or Guitry.     
 Augustin BONDOUX / Patrick FRÉMEAUX

CD1 « JE NE SAIS QUOI »
 1 - Dites-moi que je suis belle    3’16
 2 - J’m’embrouille    3’12
 3 - Le fiacre    2’07
 4 - Verligodin    3’37
 5 - L’éloge des vieux    4’05
 6 - Quand on vous aime comme ça    2’59
 7 - La glu    2’57
 8 - Madame Arthur    4’08
 9 - D’elle à lui    3’16
10 - Très bien    2’13
11 - Les bonnes grosses dames    2’47
12 - Laissez faire le temps    3’53
13 - L’hôtel du n°3    2’29
14 - On dirait qu’ c’est toi    1’56
15 - Im chambre séparée    3’04
16 - La soularde    3’54
17 - Le petit cochon    2’36
18 - Wenn ich mir was wünschen dürfte    3’03
19 - Maîtresse d’acteur    2’19

CD 2 en v’là une drôle d’affaire
 1 - La femme    3’21
 2 - J’en suis pas sûre    2’46
 3 - Je suis pocharde    3’40
 4 - Idylle normande    3’15
 5 - La pierreuse    3’38
 6 - Morphinée    5’40
 7 - Le jeune homme triste    3’34
 8 - Renaud le tueur de femmes    3’42
 9 - Les anneaux de Marianson    4’44
10 - Complainte d’une méchante, récit d’un infanticide    1’57
11 - Le miracle de Sainte-Berthe    4’07
12 - I want you my honey    1’26
13 - Ma grand’mère    2’57
14 - La légende de Saint-Nicolas    2’27
15 - Le bain du modèle    3’19
16 - Partie Carrée    1’56
17 - En vérité je vous le dis    1’46

CD 3 CHANSONS SANS GÊNE

 1 - Entrée d’Yvette 0’50 - Sur la scène 2’06    2’57
 2 - Blues de l’absinthe    3’23
 3 - Pourquoi n’êtes vous pas venu ?    4’17
 4 - Les femmes comme moi     1’49
 5 - Nous nous plûmes    3’11
 6 - À présent qu’t’es vieux    2’26
 7 - Les dames trop mûres    3’05
 8 - La bossa du bossu    2’08
 9 - Les amis de Monsieur    2’30
10 - Henri’s blues    1’05
11 - Hindu melody    1’51
12 - Moulin rouge    3’52
13 - Blues de la femme    1’26
14 - L’enfermée    3’32
15 - Fleur de berge    3’52
16 - Le manque de mémoire    2’29
17 - Das Mädchen mit den Schwefelhölzchen    3’44
18 - Les Mignons    3’48

Nathalie Joly : chant
Jean-Pierre Gesbert : piano


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