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Les Fables de La Fontaine Vol. 2
à partir de 6 ans

Racontées par Michel Galabru et Jean Topart








Pour accompagner la lecture des fables de La Fontaine, il semblait indispensable de réunir des instruments que le célèbre fabuliste aurait aimé entendre… au dix-septième siècle, la musique de chambre commençait à se faire connaître et apprécier. Nobles et bourgeois se réunissaient pour écouter avec enthousiasme des petits ensembles jouant un répertoire de plus en plus riche. Les trios, quatuors, quintettes, sextuors… naissaient et devenaient progressivement des genres à part entière. La musique de Louis Couperin, exact contemporain de La Fontaine donne un bon exemple de ces formes “nouvelles”. Parmi ces ensembles, la réunion d’une flûte traversière, d’un théorbe et d’une viole de gambe apparaissait comme des plus courantes : ces trois instruments se mariaient en effet de manière idéale et ils bénéficiaient d’une exceptionnelle popularité.  La Flûte traversière, construite en bois et en ivoire, est progressivement modifiée, son tube passant d’une forme cylindrique au 16ème siècle, à une forme conique grâce à Jacques Hotteterre, dit Le Romain, joué plusieurs fois dans ce disque. Elle devient alors un des instruments solistes de l’orchestre.  La “viole qu’on tient entre les jambes” ou “viole de gambe”, apporté d’Espagne par la famille Borgia séduit elle aussi, dès les années 1500, musiciens et compositeurs. Sa sonorité claire et pénétrante lui donne une place prédominante dans la musique de chambre, à l’époque de Louis XIV, chez des compositeurs comme Forqueray ou Marin Marais, eux aussi présents dans ce disque. Les luthiers perfectionnèrent peu à peu la lutherie de l’instrument améliorant encore la finesse et la délicatesse de leur son. Souvent comparées aux violons, dont on déplore la rudesse, les violes apparaissent comme des instruments des plus nobles ! Ironie du sort, ce sont pourtant les violons qui feront oublier ces dernières… aujourd’hui jouées par les seuls spécialistes de musique ancienne. Au XVIème siècle, le luth, instrument proche de la guitare, possède six ou sept rangs de cordes appelés chœurs. A la renaissance, le parfait courtisan se devait de jouer du luth… particulièrement en Italie où les recherches musicales montrent le plus de vitalité. Princes et Rois, eux-mêmes, pratiquent l’instrument. Sa renommée grandissant, le luth va évoluer, sa  famille se développer : l’archiluth et le théorbe apparaissent. Ce second instrument est caractérisé par un deuxième “chevillier” permettant d’adjoindre aux cordes habituelles (le petit jeu) un registre de cordes graves très longues (le grand jeu).  Au début du XVIIème siècle, c’est en France que le théorbe va trouver sa terre d’élection. Robert de Visée, dont on peut entendre plusieurs compositions dans ce disque est l’un des compositeurs majeurs de cet instrument. Présent dans l’entourage immédiat du Roi Louis XIV, lui-même bon guitariste, il est considéré comme l’un des meilleurs luthistes de l’école française.

Flûte traversière baroque : Jean-Christophe Kuhl
Théorbe : Claire Antonini
Viole de Gambe : Emmanuelle Guigues

Discographie
01. Le lièvre et la tortue 2’42
02. Le petit poisson et le pêcheur 2’05
03. Le héron et la fille 3’00
04. Le savetier et le financier 3’38
05. La laitière et le pot au lait 3’11
06. Le laboureur et ses enfants 1’41
07. Le chat, la belette et le petit lapin 3’33
08. L’ours et les deux compagnons 2’28
09. L’âne et le chien 3’12
10. Les deux pigeons 6’21
11. Les deux coqs 2’59
12. Le singe et le léopard 2’29
13. L’âne et ses maîtres 2’29
14. Les femmes et le secret 3’07
15. La tortue et les deux canards 2’39
16. Le lion et le rat - La colombe et la fourmi 2’54
17. Plage musicale 1’05

Inventaire du contenu
On dit : les fables de La Fontaine. Mais il n’en a pas inventé les sujets. Il en existait depuis des temps très anciens, non seulement en Grèce, avec les apologues d’Esope, et chez les Romains, grâce aux fables de Phèdre, qui les avait composées en vers, mais jusqu’en Inde et dans le reste de l'Orient. Le poète français, comme son Héron, “n’avait qu’à prendre” : il suffisait de se baisser, car il s’agit là du plus humble parmi les genres littéraires. On contait les fables aux très jeunes enfants, pour les amuser et sans qu’ils s’en aperçoivent, les instruire. Du récit, en effet, se dégage une leçon morale. Plus avisé que son héros le Héron, mais placé comme lui devant l’embarras du choix, La Fontaine sut sélectionner celles qui lui parurent les meilleures, et surtout les plus appropriées à son goût. Il aimait la diversité ; il en prit donc de toutes les sortes. La quarantaine qu’on trouve ici rassemblée ne représente qu’environ le sixième du total, que l’auteur a réparti lui-même en douze livres. Les six premiers parurent en 1668, les cinq suivants en 1678 et 1679, le dernier sous la date de 1693.

Le Lièvre et la Tortue
La Tortue défie le Lièvre à la course. Le pari paraît stupide. Elle finit par le gagner pourtant, à force de ténacité patiente, et surtout parce que le Lièvre, trop sûr de sa rapidité, n’a, par insouciance, pas assez tôt pris le départ. Lequel des deux, en fin de compte, s’avère le plus lambin ? Gardons-nous de croire trop facilement à notre succès. Et La Fontaine lui-même, qui se donne et qu’on prend pour un aimable nonchalant, aurait-il écrit tant de si parfaits chefs-d’œuvre, s’il n’avait dissimulé sous un air de musardise, la longue persévérance d’un travailleur acharné : “papillon du Parnasse”, mais en même temps et plus peut-être encore “semblable aux abeilles” qui butinent inlassablement.

Le petit Poisson et le Pêcheur
Second exemple de fable mixte, où les animaux discutent avec les hommes, car “tout parle” en l’ouvrage du poète, “et même les poissons”. Le “Carpillon “demande la vie. Celui qui l’a pêché ne se montre pas si bête : il la lui refuse (enfreignant d’ailleurs la loi - bien connue de La Fontaine, appelé par ses fonctions à juger les contrevenants - qui prescrit de rejeter les poissons n’ayant pas atteint leur taille normale) avec une impitoyable cruauté, que masque le ton enjoué du récit. Qu’en pensent les lecteurs amis des animaux, les écologistes ?

Le Héron et la Fille
Ici, plus de superposition ni de fusion entre les animaux et les hommes. Une scission s’opère, qui range d’un côté la faune, de l’autre ses homologues humains. Le plaisant de l’ensemble tient au parfait parallélisme des deux volets dont le diptyque est ainsi formé. Au manque d’appétit chez l’échassier devant l’abondant vivier qui constitue son garde-manger, correspond l’indifférence méprisante témoignée par la trop difficile fille à marier envers ses prétendants. Mais, à mesure que s’écoulent, pour l’oiseau, les heures, et pour la jeune personne qui lui sert de pendant, il devient toujours plus urgent de se décider, si l’on ne veut pas se passer de déjeuner ou finir ses jours dans le célibat. Or plus on attend, plus il faut rabattre de ses exigences, bien heureux encore de tomber sur un escargot pour calmer sa fringale, ou de terminer ses jours en compagnie d’un époux gringalet et grincheux. Comment ne pas penser à la Grande Mademoiselle, cousine de Louis XIV, qu’elle avait ambitionné d’épouser, avant de manquer, sans regret, plusieurs mariages avec d’autres têtes couronnées ou des princes de la plus haute noblesse et finir par ne plus trouver mieux qu’un simple gentilhomme tel que Lauzun.

Le Savetier et le Financier
Content de peu, philosophe sans le savoir, “Sire Grégoire”, dans son échoppe, s’égale aux sages les plus réputés de la Grèce ancienne. Il se laisse pourtant éblouir par la somme, énorme à ses yeux, que lui donne son riche voisin, fatigué d’être importuné tous les matins, par ses chansons, de trop bonne heure. Le Savetier s’aperçoit vite qu’il y perd plus qu’il n’y gagne. Il devient inquiet, soupçonneux à son tour, il ne dort plus. Estimant sa tranquillité d’esprit plus précieuse que la fortune, il n’hésite pas et restitue au donateur les cent écus qu’il a reçus de lui. La Fontaine, sans le dire explicitement, le comprend et l’approuve, logé lui-même, vers l’époque où cette fable est publiée, dans un grenier ouvert à tous les vents, mais à l’abri de tout tracas.

La Laitière et le pot au lait
L’aimable Perrette n’aime pas perdre son temps. Pendant qu’elle se hâte vers la ville, elle échafaude, pour l’avenir, des plans. Elle se voit déjà fermière, tant elle y pense intensément. Elle ne suppute plus : elle rêve tout éveillée. Un instant d’inattention, et sa marche, déjà légère, devient danse. Il n’en faut pas plus pour qu’elle renverse tout son lait, qu’elle porte sur sa tête, selon l’usage dans la région parisienne au temps de La Fontaine. Sa perte entraîne l’écroulement de ses projets, aussi fragiles qu’un château de cartes et dangereusement prématurés. Le poète ne s’apitoie pas plus que de raison sur sa déconvenue et même il en sourit. Il devrait, dans la moralité, blâmer son étourderie. Mais qui se sentirait le cœur de lui jeter la pierre ? et qui ne lui ressemble, à commencer par le fabuliste lui-même, à qui sa distraction bien connue vaut de se voir classer parmi les “grands rêveurs” ? Oubliant la leçon d’attention toujours vigilante qu’il s’apprêtait à donner, il ne peut se retenir de célébrer la captivante griserie d’une imagination qui s’abandonne à ses vagabondages.

Le Laboureur et ses Enfants
Point d’animaux, cette fois, mais un Laboureur, enrichi par son travail, qui veut, avant de mourir, en inculquer à ses fils le goût et les accoutumer à l’effort. Les leurrant par l’espoir de dénicher un trésor pour leur donner du cœur à l’ouvrage, il ne leur ment pas totalement : pas de revenus plus solides et plus sûrs que le rendement de la terre, à condition qu’on ne ménage pas sa peine pour la cultiver. Même après sa transplantation à Paris, La Fontaine est resté jusqu’à sa fin, dans l’âme, un homme des champs plutôt que des villes.

Le Chat, la Belette et le petit Lapin
Le modeste terrier de “Janot Lapin”, de même, devient son “palais”, objet de litige avec la Belette, qui prétend l’en expulser à son profit. Le Chat, plus hypocrite et “chat-fourré” que jamais, pris imprudemment par eux comme arbitre de leur dispute, les dévore dès qu’ils se trouvent à sa portée. La fable, gaie, vivante, d’une fine vérité, mérite, d’un bout à l’autre, de compter parmi les meilleures. Mais on en retient surtout l’évocation de la garenne au petit matin, odorante et fraîche. Rarement on a su peindre la simple nature avec tant de grâce, de légèreté, de délicatesse en si peu de vers.

L’Ours et les deux Compagnons
Autre variété de chimériques : ceux qui spéculent sur un bien qu’ils ne possèdent pas encore et dont ils risquent fort de ne jamais s’emparer, faute du courage qui leur manque devant le danger. Le contraste entre le bagout avec lequel ils vantent leur marchandise, puis leur affolement et leur panique en présence de la bête encore sur pied rend cette fable aussi plaisante et même plus finement mise en scène et contée qu’elle ne l’eût été dans un fabliau du Moyen Age ou dans une farce.

L’Ane et le Chien
Fable on ne peut plus conforme au type traditionnel : sujet très simple ; personnages déjà maintes fois rencontrés ; moralité formulée d’entrée, reprise à la fin. Une discordance, toutefois : l’Ane sort de son caractère habituel ; têtu souvent, il refuse rarement ses services. Et le Chien, pour se venger de lui, sourd pour une fois à son instinct, ne prend pas sa défense contre le Loup. Le récit, œuvre d’un humaniste italien, est arbitrairement construit en fonction de la moralité que son auteur se propose d’illustrer. Cette leçon elle-même diffère quelque peu des conseils habituellement donnés par l’apologue de type ésopique, fondés le plus souvent sur le seul intérêt personnel. Certes, l’Ane périt pour n’avoir pas voulu se déranger, pendant son repas, pour le Chien : mauvais calcul. Mais La Fontaine, définissant l’entraide comme une loi naturelle, par conséquent comme un devoir impératif auquel personne jamais ne doit manquer, ouvre la voie à des idées qui ne trouveront tout leur développement qu’à l’âge des Lumières.

Les deux Pigeons
Sans conteste, parmi les fables de La Fontaine, l’une des plus poétiques et des plus émouvantes ; des plus personnelles aussi. Elle suit pourtant assez fidèlement le modèle indien dont le fabuliste français s’inspire. L’amour qui lie tendrement le ramier voyageur à la colombe sédentaire, leur débat sur les plaisirs et l’utilité du voyage ou ses dangers, leurs adieux, l’orage qui force l’aventureux volatile à se réfugier dans un arbre, le “lacs” par lequel il est pris et dont il s’évade avec peine, le Vautour prêt à fondre sur lui, la fronde qui l’atteint et le laisse estropié, la douce émotion des retrouvailles, tout cela préexistait dans le texte qui sert de source, où le thème du voyage reléguait à l’arrière-plan le motif pourtant bien plus touchant de l’attachement passionné qui lie les deux personnages (même si l’un d’eux par ennui, veut quitter l’autre). On ne sait ici qu’admirer le plus, de la sobre vigueur avec laquelle sont peintes les différentes épreuves auxquelles est exposé successivement l’amateur d’horizons lointains, ou de la sûre et juste délicatesse dans l’analyse des sentiments. A cette accumulation de richesses vient se surajouter le commentaire final où le poète laisse en lui se prolonger la résonance de son récit. Il déconseille d’aller chercher si loin un bonheur chimérique, alors qu’un autre, incomparablement plus profond, nous attendrait près de nous, à condition qu’au lieu de le dédaigner nous prenions la peine de l’entretenir et de le cultiver avec assez de ferveur. Lui-même, adolescent, l’a découvert avec émerveillement. Il n’en garde que le souvenir, et le regret de l’avoir perdu, pour s’être montré volage en amours non moins qu’en vers. Trop tard, à présent ! Et pourtant, qui sait ? Bouleversante confidence qui s’achève sur cette note indécise entre un vague espoir et la mélancolie.

Les deux Coqs
L’imagination tient ce pouvoir de ce qu’elle grandit et poétise tout ce qu’elle touche. Le genre si prosaïque, à l’origine, de la fable s’en trouve transfiguré. Deux Coqs se battent dans un poulailler : rien de plus trivial. Mais il n’est pas interdit de les grandir et les ennoblir assez pour les égaler aux héros de L’Iliade. La Fontaine passe vite. N’attendons pas de lui qu’il nous donne un poème épique : “Les longs ouvrages” lui “font peur”. Mais cette brève échappée suffit pour que l’humble apologue en soit comme illuminé.

Le Singe et le Léopard
Juxtaposée à la fable précédente, celle-ci ne lui ressemble guère à première vue. Elle entraîne le lecteur à la foire Saint-Laurent ou Saint-Germain, où se pressaient chaque année les Parisiens. On pouvait y voir aussi bien des fauves que des singes savants, et lire, placardées sur les baraques, des affiches où chaque bonimenteur vantait son attraction. Les badauds, ici, se bousculent chez le Léopard et chez le Singe. Mais, après avoir admiré le premier, on sort vite, tandis que par la variété de ses tours, le second retient la clientèle. Car il existe deux sortes de diversité, l’une tout extérieure, dont on se lasse rapidement, l’autre bien meilleure, parce qu’elle amuse avec esprit. On devine sans peine à laquelle va la préférence de La Fontaine. Mais le sujet de la fable porte moins sur cette diversification, délibérément cherchée par l’auteur des Fables, afin de se renouveler et de ne pas se répéter, qu’il ne concerne le motif de l’ennui suscité par la monotonie. Or le thème apparaissait déjà dans Les deux Pigeons. Pourquoi l’un d’eux veut-il partir ? Parce qu’il se sent mal “au logis”. Comment l’y retenir, sinon en essayant de paraître à ses yeux sous un aspect “toujours divers, toujours nouveau”. Il n’existe aucun autre moyen de plaire durablement.

L’Ane et ses Maîtres
L’Ane, mécontent de son sort, obtient d’en changer, mais à son dam, car il quitte un maraîcher pour un équarrisseur et finit par échouer dans le charbon de bois. Mais ne ressemblons-nous pas tous à cet éternel insatisfait ? Ne vaudrait-il pas mieux accepter sa condition présente et se résigner à subir ses inconvénients ?

Les Femmes et le Secret
Un mari, pour mettre à l’épreuve la discrétion de sa femme, lui donne à croire qu’il vient de pondre un œuf. L’épouse, un peu sotte, ne songe pas un instant à mettre en doute cet événement, mais, bien qu’elle ait juré de garder le silence, elle brûle de répandre la nouvelle qui, dès le lendemain, ne manque pas d’être grossie dans des proportions extravagantes. Conte facétieux plutôt que fable, et sans réelle malignité, qui nous rappelle, discrètement, ce qui risque de se produire si l’on ne sait pas tenir sa langue.

La Tortue et les deux canards
Aucune des Fables n’aide mieux à comprendre pourquoi cette œuvre garde, après plus de trois siècles, toute son actualité. Elle préfigure en effet aussi bien les liaisons transatlantiques par la voie des airs, que les arguments publicitaires utilisés par les agences de tourisme. A l’époque où Roberval inventait sa célèbre balance, notre poète imaginait, avant un Jules Verne, le principe du bimoteur. Mais, comme le genre exige une leçon morale, La Fontaine met en garde ses lecteurs contre la double ivresse de l’altitude et de la vitesse. La Tortue, qui rampe d’habitude avec l’équivalent d’une caravane sur le dos, préfère évidemment l’avion, mais sa vanité d’inaugurer un moyen de locomotion aussi nouveau lui tourne la tête et, jointe à sa démangeaison de parler, cause sa perte. Aurait-elle, sans cet accident, franchi l’Océan, grâce à cet appareil rudimentaire ? On ne le saura jamais. Il est cependant permis d’en douter. A quoi bon, au reste, s’en préoccuper : le charme propre de la fable tient à son caractère fabuleux, dans un espace intermédiaire entre le faux et le vrai, dépourvu de toute pesanteur, pour qu’on y puisse plus librement rêver.

Le Lion et le Rat
Cette fable forme couple avec La Colombe et la Fourmi, pour illustrer l’idée que la bienveillance ou la bienfaisance, exercées sans qu’on en escompte aucun profit, peuvent néanmoins nous valoir un précieux secours pour nous tirer à notre tour d’embarras. Mais, de ce diptyque, le premier volet complète aussi la leçon donnée par la fable du Moucheron, d’abord parce qu’on y retrouve le Lion, ensuite parce qu’il montre qu’on ne doit pas plus dédaigner d’attacher à soi par pure générosité des personnes dont nous n’attendons rien en retour, que s’en aliéner d’autres par mépris parce qu’on se croit en droit de n’en rien craindre de grave. Ainsi se tisse entre les fables une trame beaucoup plus serrée et complexe qu’il ne parait de prime abord. Le Lion, cette fois, épargne le Rat, qui le délivre amusant échange de bons procédés. Mais la Colombe et la Fourmi se sauvent mutuellement la vie : gradation dans la gravité du danger, d’où résulte qu’on passe du burlesque léger, dominant dans Le Lion et le Rat, au pathétique discret de La Colombe et la Fourmi. Une fable au masculin suivie d’une autre apparentée, mais mise pour ainsi dire au féminin : même effet qu’entre La Cigale et la Fourmi d’une part, Le Corbeau et le Renard de l’autre. Mais la modulation s’opère en sens inverse.
Jean-Pierre COLLINET
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2004
Illustrations : gravures de Gustave Doré

La Fontaine (1621-1695)
Le futur fabuliste voit le jour en Champagne, à Château-Thierry. Sa maison natale existe encore. Elle est devenue le Musée Jean de La Fontaine. Il commence ses études sur place et les y poursuit jusqu’à la troisième. A ses années de collège remonte sans doute son premier contact avec les fables : celles d’Esope et de Phèdre figuraient très tôt dans les programmes scolaires. Il termine ses classes à Paris. Il entre ensuite à l’Oratoire, où l’on prépare de futurs prêtres à la prédication ainsi qu’au professorat. Mais il s’aperçoit vite que là ne se trouve pas sa véritable voie. Il se tourne vers le droit et se lie avec de jeunes poètes. Lui-même, vers cette époque, commence à se passionner pour la poésie. A vingt-six ans il se marie avec Marie Héricart, presque de moitié plus jeune que lui. Cinq années après il entre dans l’administration des Eaux et  Forêts, de sa ville natale. Ses activités se partagent entre tournée d’inspection et des audiences dans un tribunal. En 1654, il publie sa première œuvre, L’Eunuque, une comédie adaptée de Térence : œuvre charmante, mais qui passe inaperçue. Quatre ans plus tard, il offre Adonis, poème de six cents vers, au fastueux Surintendant des Finances, Nicolas Foucquet, qui recrute une clientèle  d’artistes et de poètes à sa solde, et va, dès lors verser à La Fontaine une pension, en échange de vers composés tous les trimestres à son intention, puis, bientôt après, lui commande une description du magnifique domaine qui sort pour lui de terre à Vaux-le-Vicomte. De cet ouvrage inachevé (Le Songe de Vaux) n’existe qu’un faible nombre de fragments. mais Foucquet tombe en disgrâce. Il est arrêté le 5 septembre 1661, peu de semaines après la célèbre fête qu’il a organisée à Vaux pour le Roi et la Cour. La Fontaine prend la défense de son protecteur dans une Elégie pour M. F. et dans une Ode adressée à Louis XIV. Lui-même se voit poursuivi pour usurpation de noblesse et frappé par une lourde amende. L’oncle de sa femme, Jannart, est exilé. La Fontaine l’accompagne jusqu’à Limoges. En cours de route, il écrit à son épouse des lettres qui forment son Voyage en Limousin. Après son retour, il va publier les deux premières parties de ses Contes et nouvelles en vers en 1665 et 1666, les six premiers livres de ses Fables choisies mises en vers en 1668 et Les Amours de Psyché et de Cupidon en 1669. Suivront la Troisième Partie des Contes et nouvelles en vers en 1671, et des Nouveaux Contes en 1674, cinq autres livres de Fables en 1678 et 1679. Un douzième livre viendra clore l’ensemble en 1694. En 1684 La Fontaine avait fini par forcer les portes de l’Académie française. Le jour de sa réception, outre son Remerciement, il lut un Discours à Madame de La Sablière. En 1687, il prit part à la Querelle des Anciens et des Modernes, avec son Epître à Huet. Tombé gravement malade en 1692, devant une délégation de l’Académie il déclara solennellement, comme l’avait exigé son confesseur, qu’il considérait ses Contes comme “un livre abominable” qu’il se repentait d’avoir écrit. Il s’éteignit deux ans plus tard, chez Monsieur et Madame d’Hervart, qui l’avaient recueilli lorsque mourut Madame de La Sablière, près de laquelle il avait vécu, vingt ans. On découvrit à sa mort, qu’il portait sous ses vêtements, par pénitence, un cilice.
Jean-Pierre COLLINET
© FRÉMEAUX & ASSOCIÉS / GROUPE FRÉMEAUX COLOMBINI SA, 2004

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ARSENE LUPIN - LA DEMEURE MYSTERIEUSE DE MAURICE LEBLANC
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