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Les Fils du vent
Un film de Bruno Le Jean
Les Films du Veyrier
Frémeaux & Associés Télévisions
















« Le swing de Django souffle sur leurs guitares.»
TSF Jazz

«?Loin des clichés, “Les fils du vent” donnent une belle leçon d’humanité.?»
LES ÉCHOS

«?Un film militant, qui excède le cadre du documentaire musical.?»
LE MONDE


Portraits croisés d’artistes libres qui perpétuent l’héritage tutélaire de Django Reinhardt, succès de la critique et du public lors de sa sortie en salle en octobre 2012, ce film est le documentaire de référence sur le jazz manouche.  Le réalisateur Bruno Le Jean, a suivi pendant huit ans les guitaristes Angelo Debarre, Moreno, Ninine Garcia et Tchavolo Schmitt. De cette musique du quotidien, transmise oralement de génération en génération, qui fédère cette grande famille, qu’elle soit gitane, manouche ou tzigane, aux carnets de circulation et l’expulsion des Roms, le film aborde tous ces thèmes avec humanisme, poésie et réalisme. Ces fils du vent sont des passeurs qui transmettent le trésor et la richesse d’une communauté dont l’apport à la culture occidentale et notamment au jazz est déterminant.   
Patrick FRÉMEAUX
 
This film is a landmark in gypsy jazz with its portraits of artists freely perpetuating the venerable legacy of Django Reinhardt. It was praised by critics and public alike when it was released to cinemas in October 2012, after its director Bruno Le Jean had spent eight years filming the guitarists Angelo Debarre, Moreno, Ninine Garcia and Tchavolo Schmitt. His film portrays everyday music handed down orally from one generation to the next — from the federating of gypsies, Romanies and Tziganes into one great family, to the permits and expulsion of Roms — and treats all those themes with humanity, poetry and realism. The «Sons of the Wind» in the film’s title are passers — go-betweens conveying the rich treasures of this community — yet their contribution to western culture, especially jazz, is decisive.  
Patrick FRÉMEAUX


Les Films du Veyrier - Frémeaux & Associés présentent LES FILS DU VENT
Ninine Garcia
Tchavolo Schmitt
Angelo Debarre
Moreno
L’homme à la moto : Kroterz

Réalisateur : Bruno Le Jean
Image : Bruno Romiguière
Son  : Didier Codoul
Montage : Ange-Marie Revel
Mixage : Jean Holtzmann
Directeur de production : Rauridh Laing
Producteurs : Pascal Metge et Bruno Berthemy
Producteurs associés : Michel Muller et Jean Holtzmann
Direction de Frémeaux & Associés Télévisions : Patrick Frémeaux et Claude Colombini
Éditorialisation : Augustin Bondoux et Benjamin Goldenstein

Frémeaux & Associés Télévisions est la filiale audiovisuelle de Frémeaux & Associés dédiée à la mise à disposition du public d’œuvres vidéographiques et cinématographiques à caractère patrimonial. Conformément à sa politique d’éditeur indépendant du patrimoine, et à l’inverse de l’industrie culturelle, Frémeaux & Associés se refuse au déréférencement rapide et entend promouvoir une volonté muséographique pérenne. www.fremeaux.com
P 2012 Les Films du Veyrier

© 2013 Frémeaux & Associés Télévisions - Les Films du Veyrier

Une production Les Films du Veyrier en coproduction avec Pepino Productions et Super Sonic, avec la participation de Orange Cinéma Séries, Région Alsace, Communauté urbaine de Strasbourg,
Centre national du cinéma et de l’image animée
avec le soutien de l’Acsé - Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances -
Commission Images de la Diversité et du Fonds Audiovisuel Musical du FCM


Ils s’appellent Angelo Debarre, Moreno, Ninine Garcia et Tchavolo Schmitt. Ils sont guitaristes. Ils sont Manouches. Ils jouent et perpétuent la musique de  Django Reinhardt. Ils cultivent aussi un certain sens de l’humour, de l’amitié et une façon bien à eux de vivre debout. Pénétrant sur la pointe des pieds, dans leurs camps, leurs caravanes, ou leurs appartements, on découvre entre les notes et les mots, une communauté qui préserve un mode de vie authentique et singulier, un goût pour la différence, où malgré les difficultés, l’important reste le plaisir de jouer.



LES FILS DU VENT
Un film de Bruno Le Jean


INTERVIEW DE BRUNO LE JEAN (RÉALISATEUR)

Avant de tourner ce documentaire, quel était votre intérêt pour le Jazz manouche, pour les gens du voyage ?
Au départ, je voulais faire un film sur le Blues. Et puis un ami m’a parlé de cette musique qui le passionnait, le Jazz manouche, et qui était pour lui comme le Blues français. J’ai découvert des musiciens, jouant dans des bars avec des guitares sèches, et j’ai été impressionné par leur dextérité. J’aime vraiment la guitare ! Ajoutez à cela la fascination que j’ai depuis longtemps pour les gens du voyage, et on n’était plus très loin de l’idée du film.

Quelles ont été les réactions des quatre guitaristes lorsque vous les avez rencontrés pour la première fois, que vous leur avez expliqué votre projet ?
Ils étaient assez sollicités et un peu méfiants par rapport aux gens qui voulaient les filmer. Je les ai vus chacun trois ou quatre fois et, assez rapidement, ils ont accepté car ils voyaient dans mon projet une reconnaissance. A part les longs métrages de Tony Gatlif, qui traitent de leur communauté mais qui restent des fictions, il n’y avait pas jusqu’à maintenant, au cinéma, de documentaire qui s’intéresse à ce sujet.


Le film s’est-il construit au gré des entretiens avec ces musiciens et leurs familles ou aviez-vous dès le départ une ligne conductrice ?

Il y a huit ans, la première idée, c’était de faire un témoignage, un film itinérant calqué sur leur mode de vie. Je ne les connaissais pas et c’est au fil des rencontres, en découvrant ces personnages que s’est dessinée la trame. J’ai tourné 120 heures de rushes, étalées sur une période de huit ans.


Votre but, à la base, était-il de rendre un hommage au génie du Jazz manouche, Django Reinhardt, à travers ces gens qui font vivre son héritage ?

Mon projet était de filmer les hommes qui véhiculent, aujourd’hui, cette musique. C’est lié, bien sûr, à Django Reinhardt, puisqu’ils le considèrent comme un dieu, un père omniprésent. Je voulais faire un film musical mais il s’est vite transformé en portrait. Le portrait de ces êtres humains que j’apprenais à connaître. Ils sont très généreux et grâce à eux, j’ai pu découvrir leur monde, leur famille.


Comment avez-eu accès aux très rares images d’archive de Django Reinhardt ? Pourquoi y en a-t-il eu si peu, alors qu’il a fait énormément d’enregistrements audio ?

Je me suis aperçu que ce sont des gens difficiles à filmer car ils sont très imprévisibles, pas toujours là où on les attend. Et à l’époque, ce n’était sans doute pas si courant de faire des films sur des musiciens. Il ne reste que trois minutes d’images avec un son synchrone sur Djan­go, auxquelles j’ai eu accès assez facilement.

 

Vous laissez une large place à la musique, mais vous effleurez brièvement les problèmes rencontrés par les gens du voyage, sous le gouvernement Sarkozy. Pourquoi ce choix ?
Ils m’en ont tous parlé, m’ont dit ce qu’ils ressentaient au fond d’eux-mêmes. C’est un sujet qui les touche profondément, même s’ils sont plus ou moins habitués à cet état de choses. J’ai aussi rencontré des militants des associations de gens du voyage. Ces évènements faisaient l’actualité quand on tournait, mais je ne voulais pas tomber dans le reportage, ni donner une tonalité trop politique. Le sujet devait rester la musique et les musiciens.


Par contre, vous abordez leur mode de vie, leurs difficultés pour trouver un empla­cement ou tout simplement de l’eau. D’après vous, et après ce film, quelles sont leurs attentes, leurs demandes pour pouvoir vivre en toute dignité ?
Que les mesures, les lois qui ont été votées soient appliquées ils s’y soumettront ! Chaque commune de plus de trente mille habitants doit avoir un terrain d’accueil avec un accès à l’eau et à l’électricité. Les gens du voyage sont prêts à payer une participation mais ils ne veulent plus être rejetés, être obligés de faire du camping sauvage, être virés par la Police. Ils veulent une Carte d’Identité pour avoir une vie de citoyen, de Français normal et que soit, bien sûr, abrogé ce carnet de circulation archaïque et discriminatoire puisqu’ils sont dans l’obligation de le valider tous les trois mois !


La question de la sédentarisation se pose-t-elle pour certains, notamment à cause des contraintes ?

C’est un sujet qui les préoccupe énormément. Tous sont convaincus de vivre les derniers instants de ce mode de vie nomade. Alors que paradoxalement, à l’heure actuelle, il y a plus de nomades dans le Monde (Afrique, Asie) que de sédentaires. Pourtant, leur vie communautaire et familiale est plus développée que la nôtre. Ils vivent tous ensemble : enfants, parents, grands-parents, tous réunis autour d’une table Nous, il n’y a que les réunions de famille qui nous rassemblent. Comme ils le disent : il y a plus d’amour chez eux. Et ils nous aiment sans doute plus qu’on peut les aimer.


La musique est leur art de vivre, mais un autre point important, sans lequel cette communauté perdrait son identité, c’est la nature et la liberté.
Ils apprécient le fait de vivre à l’extérieur, avec la nature, au rythme des saisons. Malgré tous les problèmes que cela engendre, ils ne se voient pas vivre autrement. C’est peut-être une vision idéaliste, utopique de la liberté. C’est aussi un mode de vie anticapitaliste, une idée de refus de la propriété.


On voit que les enfants apprennent dès l’âge de 7 ou 8 ans à jouer de la guitare en regardant leurs aînés. Cela veut-il dire que cette musique ne mourra jamais ?
C’est vraiment une transmission orale. D’ailleurs, quand j’ai eu besoin de documents ou de photos, à une ou deux exceptions près, ils n’avaient rien à me fournir. Ce qui se comprend quand on vit dans des caravanes où il n’y a pas la place pour stocker les souvenirs. Donc, ils lèguent à leurs enfants, le soir au coin du feu, leur passion. Chez les musiciens, on devient musicien !

Le Jazz manouche est revenu à la mode grâce à Sansévérino ou Thomas Dutronc. A aucun moment lors de vos interviews, ces musiciens ne sont mentionnés. Comment les considèrent-ils ?
Que ce soit Angelo, Moreno, Ninine ou Tchavo­lo, tous respectent et reconnaissent la contribution de ces deux artistes à la popularité de leur musique, mais j’ai senti qu’ils ne voulaient pas que le propos du film soit coloré ou adouci par un effet people. J’avais ce même désir de rester authentique, au plus prés d’eux. J’avais interviewé Sansévérino et Dutronc, qui ont pris des cours avec l’un d’entre eux… mais j’ai fait le choix de ne pas monter ces images. Il n’y avait pas besoin de caution extérieure.

Parlez-nous de ce Festival dédié au Jazz manouche qui a lieu tous les ans à Samois-sur-Seine.
Le Festival se déroule à l’endroit où Django Reinhardt a passé les dernières heures de sa vie. Une dizaine d’années après sa mort, Babik Reinhardt a décidé de créer un Festival à la mémoire de son père. Il se déroule fin Juin, dans la nature, sur une petite île au milieu de la Seine avec une scène à ciel ouvert. Il a fêté cette année sa 33è édition. C’est un véritable succès. La preuve que cette musique vivante et gaie touche les gens, car elle est humaine, sincère et jouée par de vrais artistes.

Un point important, et contrairement à ce que certains pourraient penser, tous ces gens du voyage sont fiers d’être français, malgré la non-intégration dans notre socié­té. Pourquoi cette fierté ?
Ils sont français parce qu’ils sont nés en France, parce que leur famille est là depuis des générations. Dans l’imaginaire collectif, on pense que les gitans sont des gens à part. Ce qu’il faut savoir, c’est que dans les années 1500, c’est un peuple qui a immigré de l’Inde vers l’Europe. Ceux qui sont arrivés en France y sont donc établis depuis plus de cinq siècles. Ca devrait suffire pour se sentir français, non ?

Quel a été votre parcours jusqu’à ce premier long-métrage ?
J’ai commencé par la radio et ensuite, j’ai occupé plusieurs postes sur des documentaires et de la fiction… qui m’ont permis de passer à la réalisation. J’ai tourné des clips (Lavilliers, Renaud), des pubs, beaucoup de sketchs (Groland, Les Guignols sur Canal+), séries et téléfilms… En fait, je voulais être musicien. J’ai toujours été fasciné par la guitare et les guitaristes (Rock, Jazz)... L’image et la musique sont très liées, pour moi.

Quels sont vos projets ?
J’ai un scénario de fiction, que j’ai écrit, qui est en développement. J’espère que «?Les Fils du vent?», s’il est bien reçu, m’aidera à monter ce nouveau projet. J’aimerais aussi pouvoir continuer à faire des films sur la musique.

«?Les Fils du Vent?» est un appel à la tranquillité, à la paix, à la liberté. Est-ce le mes­sage que vous et ces musiciens hors pair, vouliez faire passer ?
Bien sûr ! Vivons ensemble dans la tolérance, quelles que soient nos origines. Ces rencontres ont changé mon regard sur l’existence. C’est une grande leçon de vie où la haine, la méchanceté n’ont pas leur place. Je voulais aussi que le spectateur soit pris par des images simples, mais remplies de générosité, de cœur. C’est un mot très important pour eux, qui revient régulièrement.
Propos recueillis en Juin 2012  par Hervé MILLET

Angelo Debarre

Personnage authentique, hors des normes et des modes, ANGELO parle peu. Chaque mot compte. Ou lui coûte. Une cigarette entre les doigts, il joue, comme Django, sur une vieille Macaferri.

Il est aujourd’hui l’un des héritiers de Django les plus reconnus. Sa discographie et ses collaborations sont impressionnantes?; sa notoriété l’a mené jusqu’à New York – une épreuve, pour lui qui déteste l’avion.

Pour le reste, ANGELO est ce qu’on pourrait appeler un «?pur et dur?». Très attaché aux traditions et à l’itinérance, méfiant de nature, il délimite le terrain : d’accord pour être filmé devant sa caravane, mais pas question pour l’équipe d’aller se balader dans le reste du camp. Il est aussi, quand les mots lui viennent, le plus «?politique?» et le plus revendicatif des quatre.

«?Ma mère m’a montré les premiers accords de guitare, j’avais 5 ans.?»
Angelo

Ninine Garcia
122 rue des Rosiers, Saint Ouen. À la Chope des puces, mythique café érigé en «?temple?» à Django, NININE joue inlassablement les maîtres de cérémonie. Le Jazz manouche est une affaire de famille : c’est son père, Mondine, qui fonda la Chope et l’anima pendant 30 ans et c’est aujourd’hui avec son fils, Rocky, que ce cinquantenaire à l’allure juvénile assure, chaque samedi et dimanche, la permanence de ce haut lieu du Swing.

Transmission, inscription dans la durée… Malgré cet attachement au passé, NININE est un homme ouvert. Abordable, toujours à l’écoute, le musicien donne à voir, explique : les camps entourés de barres d’immeubles, ou posés au bord de l’autoroute, les 30 ou 40 caravanes de la famille élargie, le plaisir de vivre ensemble et aussi les difficultés. Avec des mots simples et une authentique gentillesse.

«Tant que je pourrai penser et que mes doigts pourront bouger,je perpétuerai cette tradition musicale.» Ninine

Moreno
MORENO a appris la guitare comme on apprend à marcher. Chutes, rechutes… La sévérité d’Angelo, Barro et Tonino, ses frères, fut un obstacle difficile à franchir. Lors d’un festival en Allemagne, Tchavolo Schmitt l’encourage et le jeune MORENO devient soliste. La Moselle natale, Toulon, les Saintes Marie de la Mer, Paris… Au début des années 1990, il se fixe définitivement dans la capitale où il rencontre sa femme Marina, une chanteuse tsigane, avec laquelle il enregistre régulièrement des disques. MORENO vit en appartement rue Lévi, dans le 17ème arrondissement. Deux pièces spartiates, sorte de caravane immobile, réchauffées par les accords et les rires des amis qui passent.

Sédentaire, MORENO se veut «?moderne?». Il râle volontiers contre les clichés, le folklore... Une réticence d’autant plus savoureuse que l’homme, charmeur et roublard, nourrit pour les sapes et le «?style?» manouche en général un amour immodéré.

Qu’est-ce qui fait la richesse du monde ? C’est la différence entre les gens. C’est beau les différences, c’est enrichissant pour tout le monde. Si tout le monde était pareil, y’aurait quoi à apprendre des autres ? Rien.
Moreno

Tchavolo Schmitt

TCHAVOLO n’a jamais cherché à faire carrière. N’ayant enregistré qu’une poignée de disques, il avait pratiquement disparu des circuits professionnels quand Latcho Drom (1992) puis Swing (2002), de Tony Gatlif, le placèrent, temporairement du moins, sous le feu des projecteurs.

Né à Paris en 1954, TCHAVOLO a fait ses débuts Porte de Montreuil avant de rallier la région de Strasbourg. Considéré comme l’un des plus talentueux successeurs de Django, il est aussi celui des quatre qui, de par sa manière d’être, lui ressemble le plus : un homme tranquille, insaisissable, habité d’une virtuosité exceptionnelle.

TCHAVOLO vit aujourd’hui en Bretagne. Dans l’instant et avec trois fois rien : le clan, la famille, la pêche, les enfants, la route, un lieu chaleureux où l’on peut boire un coup et surtout partager la musique…

«?Tchavolo communique sa joie au public. Je ne savais pas, avant de l’avoir vu, que des doigts sur un manche puissent être aussi libres.?»
Mandino Reinhardt


DVD Les Fils du Vent de Bruno Le Jean © Frémeaux & Associés - Les Films du Veyrier 2013.

Article dans Jazz à Paris, par Guy Sitruk

« Ecran noir. "Tu mets des doigts là ... et là". Transmission. Plan très serré sur une fine moustache en train d'être taillée, à la lame. Révérence au maître fondateur, Django. Des chaussures rutilantes noires et blanches, des cheveux gominés ramenés en arrière, une chemise rouge ouverte sur la poitrine. Sans faire de théorie, Moreno nous rappelle qu'un genre musical n'est pas que de la musique. C'est, en effet aussi, un ensemble de codes : les vêtements, les attributs pileux, un idiome spécifique, des lieux de rencontre (le St Jean, la Chope de St Ouen, les Petits Joueurs, l’Atelier Charonne et tellement de bistrots ...), des revues (fussent-elles électroniques), une saga et des figures emblématiques, un style de vie ... Voilà comme en peu d'images s'ouvre "Les fils du vent", l'un des rares documentaires sur la vie de tous les jours de quatre figures du jazz manouche : Moreno, Ninine Garcia, Tchavolo Schmidt, Angelo Debarre. Tchavolo (garçon en manouche) Schmidt est le poète, les yeux toujours pleins de douceur, écoutant/chantant le ressac des vagues dans sa maison de Bretagne, une région qu'il adore. Angelo Debarre présenté par Ninine Garcia comme "le scientifique". Peu expansif, calmement révolté par l'accueil qui est fait aux gens du voyage. Moreno ? un physique de brute et une âme d'enfant, séducteur en diable et drôle. Et Ninine Garcia ? Comme c'est lui qui parle, il se situe modestement entre les deux derniers, mais il a l'oreille à l'affût des autres courants du jazz actuel. Il nous dit que son père était manouche, mais pas sa mère, une ... gitane. Et le voilà parti sur l'histoire de ce peuple venu d'Inde il y a 5 siècles, et qui s'est plus ou moins installé de l'est de l'Europe jusqu'au sud de l'Espagne. Cinq siècles ! Combien de "français de souche" peuvent en dire autant ? Mais l'essentiel c'est la vie de tous les jours. Ninine Garcia encore, à La Chope, à St Ouen, où il officie tous les week-ends, avec des amis de longue date. Ou en roulotte avec sa famille, ses amis, son plaisir de vivre et son attachement à ce mode de vie, son parler clair sur les problèmes rencontrés, sa revendication toute simple de paix, de tranquillité et surtout de liberté. Angelo Debarre qui ne sait respirer que dans la nature : les étangs, les arbres, les champs ... Il se ravitaille en eau à une pompe à incendie en bordure de forêt. Avant, il y avait des fontaines de village; aujourd'hui ... Et il faut bien de l'eau pour vivre. Et l'électricité ? Au groupe électrogène, placé sous caisse pour en atténuer le bruit. Quand il rentre de concert, la nuit, pas de douche, pas de steak, pas de lumière : il faudrait relancer le groupe électrogène, et ça réveillerait les amis. Alors dormir et attendre le lendemain. Un point d'eau, une alimentation électrique, un emplacement pour s'arrêter : c'est prévu par la loi, mais pas appliqué. Le carnet de circulation ? Une contrainte d'un autre âge, stigmatisante. Moreno a choisi de vivre en appartement : ras le bol des coups brutaux frappés à la porte de la caravane par la maréchaussée, tôt le matin, démo à l'appui. Tchavolo Schmidt et sa famille : il présente sa femme, son frère, avec amour, un frère qui cherche ses mots mais dont l'émotion déborde, et tous les autres. Pour Tchavolo, lui c'est eux. Car s'il y a bien une constante, c'est la vie en groupe, en famille. Et la transmission aux enfants : on début on montre comment faire; après il faut apprendre en observant. Moreno enfant "singe" un accord qui vient d'être joué par un maître, en plaçant ses doigts sur son bras pour ne pas oublier, et gardant la posture jusqu'à son retour chez lui pour le jouer, ou du moins tenter de le reproduire. Et la musique partout, pas seulement sur scène mais entre soi. Avec d'abord une vénération sans bornes de Django, cet handicapé aux mains brulées dans un incendie. Moreno parle de l'invention d'une nouvelle main à force de volonté. Angelo Debarre constate le jeu faramineux joué avec seulement deux doigts : il faut voir et accepter de ne jamais pouvoir. Mais si les manouches sont en France depuis 5 siècles, quelle musique faisaient-ils jusqu'à Django ? On la devine, bien sûr, mais le jazz manouche est maintenant la tradition musicale. Leur musique c'est du jazz. C'est une capture. On aussi peut dire à l'inverse que le jazz a conquis la famille manouche. Qui s'en plaindrait ? Au sortir du film, plein de questions : Pourquoi n'y a-t-il pas de grande figures féminines ? Combien de temps encore cette vie du voyage sera-t-elle possible ? Quelles évolutions du jazz manouche ? Pourquoi les espagnols mettent en avant la culture gitane alors qu'en France ... Ce film est une invitation à ouvrir les yeux sur ce qui est là, juste à côté de nous : il suffit d'aller à Saint Ouen. Des gens porteurs d'une identité différente mais particulièrement attachante, originale au milieu d'une culture de masse ultra balisée. Et la musique, la fraternité partout. Ce documentaire, "Les fils du vent" de Bruno Le Jean, sort le 10 octobre prochain. Vous rateriez ça ? »
Par Guy SITRUK – JAZZ A PARIS



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